par Michel LHOMME
Le Pérou vient de confirmer l’achat d’avions de chasse F-16 Block 70 (photo ci-dessous) et le versement d’un premier acompte à Lockheed Martin après une énième mini-crise gouvernementale où l’on reparle encore d’une motion de censure et d’une énième destitution présidentielle suite aux déclarations en début de semaine du président par intérim Balcázar niant l’opération et son contrat d’achat.

Ce mensonge ostentatoire a entraîné la démission immédiate des ministres des Affaires étrangères et de la Défense. Le lendemain même, l’ambassadeur américain Bernie Navarro, ami de Marco Rubio se rendait en personne avec son escorte au Palais présidentiel. Une heure après un échange qu’on peut deviner houleux, José María Balcázar renonçait comme la carpette qu’il a toujours été dans sa carrière à ses positions :

Le président du Congrès de la République , Fernando Rospigliosi, a alors annoncé que le ministère de l’Économie et des Finances avait effectué le premier versement le 22 avril pour l’achat de la première moitié de 24 avions de chasse F-16 Block 70, dont le contrat d’achat-vente avait été effectivement signé le 17 avril à la base aérienne de Las Palmas, malgré le fait que le président par intérim, José María Balcázar, ait déclaré le même jour que l’acquisition était suspendue, ce qu’il avait ensuite confirmé dans des déclarations répétées prenant sans doute ses désirs de gauchiste invétéré pour des réalités.
Dans un événement sans précédent, l’achat d’avions de chasse F-16 Block 70 s’est donc heurté à une forte résistance de la part de celui qui selon ses opposants devrait avoir les intérêts nationaux comme priorité absolue. En effet, le président par intérim Balcázar a refusé officieusement jusqu’à la dernière minute d’autoriser le transfert du premier paiement à Lockheed Martin, malgré les engagements pris par écrit avec le constructeur américain et avec le gouvernement américain lui-même.
La position de Balcázar a provoqué une réaction rapide du ministre de la Défense, Carlos Díaz Dañino, qui a tenté de faire comprendre à Balcázar la nécessité d’honorer les engagements, les sanctions commerciales et individuelles probables qui pourraient résulter du refus de finaliser le paiement des avions de chasse, et les risques pour la sécurité nationale, ne laissant d’autre choix au ministre que de démissionner, ce qui a pris effet le matin du 22 avril. Ce ministre de la Défense a déjà été remplacé. Quelques heures plus tard, le très compétent ministre des Affaires étrangères, Hugo De Zela, démisssionnait également.

En effet, sur la forme, le contrat d’armement avec Lookeed, négocié il y a déjà quatorze ans avait déjà été signé et il fixait une date de paiement précise. La crédibilité internationale du Pérou était donc bien en jeu et le président Balcázar mentait ouvertement et ce dans une déclaration publique qu’il avait voulu solennelle comme « message au peuple péruvien ».
Sur le fond, on peut comprendre sa position et remettre en effet en question l’intérêt d’un tel achat d’avions de chasse de première génération excessivement onéreux pour le budget péruvien quand le pays connaît un système de santé et d’éducation délabrés mais nous touchons ici à la fois à l’orgueil national et à la géopolitique, preuve en est donnée par la réaction qui fut immédiate et inhabituelle de l’Ambassadeur américain se rendant au Palais Présidentiel sans y être convoqué et y entrant et en sortant comme si c’était sa maison. Qui peut dire que le Pérou est alors un pays souverain ? Quant à l’orgueil national, c’est celui de doter la FAP, les forces aériennes militaires du Pérou de chasseurs de combat qu’aucun auitre pays latino-américain ne possède jusqu’alors.
On notera au passage que ce sont des F16 et non des Mistral que le Pérou a acquis alors que jusqu’alors le Pérou achetait beaucoup d’armes à la France. Même si l’argument de vente américain était la proximité logistique pour les réparations techniques et la fréquence des entraînements et exercices habituels de l’armée péruvienne avec les forces armées américaines, il est clair que là aussi, les USA ont tout fait pour que la France soit écartée en son temps du marché, doctrine Donroe oblige.

Ceci étant dans cette affaire, on voit bien que le Pérou reste l’obligé et le vassal des Etats-Unis, élections ou pas.

Concernant ces dernières, la régularité du premier tour de scrutin est de plus en plus contestée de toute part ce qui délégitimera hélas de fait le prochain président ou sans doute présidente qui sera élue le 7 juin prochain, Keiko Fujimori de Fuerza Popular caracolant toujours en tête. La deuxième place se jouerait à 400 000 voix près entre le candidat de gauche Roberto Sanchez et celui de droite, Lopez Aliaga qui demande par conséquent actuellement à l’ONPE de refaite voter Lima ! Les citoyens péruviens aspirent à l’ordre, en dépit de l’état d’urgence et de la mobilisation des forces de police car le pays semble plonger de plus en plus dans une violence endémique faite d’assassinats, d’incessants réglements de compte avec tueurs à gage et extorsions des moindes commerces même les plus humbles, menaçant réellement les investissements et les projets individuels à venir. Polarisé, le pays pourrait aussi traverser, et particulièrement en province, des mouvements sociaux d’envergure violents après la victoire attendue de Keiko Fujimori qui reste détestée chez une grande frange de la population.

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