par Michel LHOMME
Le résultat toujours provisoire des élections péruviennes de 2026 donnent les deux candidats de droite, Keiko Fujimori et López Aliaga en tête, dans un contexte d’incertitude pour ne pas dire de « bordel » après que plus de 700 000 électeurs de la grande Lima populaire (San Juan de Miraflores, Lurin, Pachacamac) n’ont pu accéder aux urnes faute de matériel électoral livré à temps. Dans certains bureaux de vote, il y eut parfois un retard de plus de quatre heures dans l’installation des urnes . Aux Etats-Unis, la diaspora péruvienne très nombreuse n’a pu voter à Orlando et à Paterson dans le New Jersey. Au Chili, les autorités consulaires péruviennes ont été débordées par l’affux des résidents souhaitant voter. C’est donc près de 700 000 électeurs qui retourneront voter en une journée pourtant laborable ce lundi dans la banlieue de Lima. Tout ce dysfonctionnement de l’Offine National péruvien du Processus Electoral (ONPE) qui gère pourtant un budget de près de 700 millions de soles (environ 180 millions d’euros) et ne cessait – peut-être à juste titre – de réclamer des rallonges suscite de vives critiques depuis hier soir. Des manifestants se sont présentés devant le siège criant à la fraude :

L’Office national des processus électoraux (ONPE) est de fait accusé publiquement de fraude par le second candidat de droite arrivé en tête, Lopez Aliaga et d’autres outsiders.

Soyons clair : il n’y a pas eu fraude mais une incompétence réelle, l’ONPE ayant contracté dans sa logistique pour Lima une entreprise de transport qui avait pourtant auparavant été sanctionné pour le non respect de ses obligations. Il y a une semaine elle ne disposait que de 13 ouvriers et faisait une demande publique de contractation de camions !

Les bureaux de vote qui étaient « fermés « hier resteront donc ouvert depuis ce matin 7 h jusqu’à 6 h ce soir. Cela concerne plus de 700 000 électeurs. Le pourcentage total sur le scrutin est faible (0,1 %) mais peut-être en effet décisif pour la deuxième place très disputée du second tour où l’écart en effet est très étroit entre les prétendants.

En tout cas, ces « incidents « plus que regrettables prouve que le pourcentage de l’abstention contrairement aux prévisions sera faible. Les Péruviens ont voulu voter hier en masse : ils se sont déplacés contrairement à certains pronostics, preuve qu’ils souhaitent le changement, ils veulent largement que le chaos politique cesse, ils aspirent dans un pays fragilisé par l’insécurité intérieure à l’ordre. Ainsi, la gauche corrompue, viciée comme partout ailleurs ne parviendrait-elle-même pas selon les résultats provisoires au second tour même si – hélas ! – , elle gardera sans doute une influence forte au nouveau Parlement bicaméral et dans les institutions qu’elle gangrène depuis des années.
D’après les résultats provisoires officiels, c’est donc Keiko Fujimori qui est en passe de remporter avec une certaine avance ce premier tour, tandis que l’annonce officielle qui sera sans doute proclamée tardivement ce soir devrait déterminer qui occupera la deuxième place et l’accompagnera au second tour, prévu le 7 juin. Comme nous l’écrivons plus haut l’enjeu de la deuxième place est serré entre Lopez Aliaga (droite conservatrice) favori et Oscar Nieto (centriste de gauche) qui semble-t-il a récolté les suffrages des 2 millions 500 000 jeunes qui votaient hier pour la première fois et Roberto Sanchez (gauche modérée) qui de manière surprenante n’appelle pas à la fraude. Ricardo Belmont dont nous parlions hier (https://metainfos.com/2026/04/11/le-perou-vote-dimanche/) suit de près mais comme nous l’avions prévu ce vieux briscard de la politique ne remportera pas la mise.
La question restera donc celle des alliances du second tour.
Or, les réserves de voix pour Keiko Fujumori sont faibles. Nous avons l’impression qu’elle a fait le plein. Tout dépendra des reports de voix car se présentant pour la quatrième fois à la présidentielle, son parti a participé aussi à toutes les combines parlementaires, n’a pas non plus fait grand chose et elle est – doit-on l’avouer ? – détestée réellement par une grande frange de la population, chez les jeunes en particulier et dans les classes populaires, certaines régions lui étant particulièrement et viscéralement hostiles. C’est en quelque sorte la Marine le Pen du Pérou, éternelle perdante, insultée de toute part (voir le dernier débat présidentiel) portant difficilement son nom et l’héritage de son père Alberto Fujimori (1938-2024) accusé d’avoir été un dictateur criminel violant les droits de l’homme mais aussi d’avoir vendu en bon libéral le pays aux entrepreneurs privés ou à des intérêts étrangers (Japon, Chine, Chili).

Les nombreux disfonctionnements du processus électoral jusqu’au bug même de la plateforme numérique de l’ONPE mériteront enquête, démissions et explications : matériel électoral non fourni, problèmes techniques de connexion électrique, panne des équipements essentiels, absence de recharge d’imprimante dans de nombreux bureaux de vote à Lima comme en province.
La Commission électorale nationale a donc décidé de prolonger aujourd’hui le processus électoral afin que les personnes qui n’ont pas pu voter le jour du scrutin puissent le faire ce lundi 13 avril. De plus, la Commission a exhorté semble-t-il en vain – car rien légalement ne les y oblige- les instituts de sondage à suspendre la publication des enquêtes et des résultats préliminaires le temps que la situation électorale soit clarifiée. On aurait pu faire mieux !

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