par Yves MONTENAY
On s’inquiète du climat, de l’inflation, des guerres…et l’on retarde l’arrivée des enfants, sans se rendre compte que l’on creuse ainsi sa propre tombe…
Moins d’enfants, c’est triste, mais ça ne vous empêche pas de vivre… du moins les 20 premières années. Mais 20 ans, 30 ans, 40 ans plus tard, vous ne pourrez plus vivre, car il n’y aura plus assez de monde pour produire votre nourriture, vous transporter ou vous soigner !
Moins d’enfants : un mauvais calcul !

Et dans beaucoup de pays, où il n’y a que très peu de naissances depuis 10 ou 20 ans, cet avenir, c’est demain !,C’est déjà le cas de la Chine, du Japon, de la Corée, de l’Italie. Alors, pourquoi moins d’enfants : pour sauver la planète ?

Non, je vais vous expliquer plus bas pourquoi c’est un mauvais calcul. Parce qu’« un enfant, c’est beaucoup de travail, de responsabilités, cela coûte cher, cela gêne ma carrière, etc. » ? C’est vrai, mais ces raisons ne pèsent pas lourd face aux drames annoncés !
Un peu de mathématiques élémentaires
Faites le petit calcul suivant : soit une population de 100 personnes où toutes les générations sont égales et où tout le monde meurt d’un seul coup à 90 ans (pour simplifier le calcul, mais vous pouvez raffiner … et vous trouverez un résultat analogue). Si la fécondité baisse brusquement à 1 enfant par femme au lieu de 2 (la tendance actuelle), et que les parents ont 30 ans à sa naissance, alors :
- en 30 ans, la population parentale est divisée par deux.
- en 60 ans, elle est divisée par quatre.
- et en 90 ans le pays n’existe plus.
Cela pourrait même être encore plus rapide en cas de famine, comme expliqué ci-dessous.
La 60e année, la pyramide des âges devient :
- 30 vieux,
- 15 adultes de 30 à 60 ans
- et 8 jeunes de 0 à 30 ans.
Soit environ 16 plus de 25 ans pour nourrir 30 vieux et 7 jeunes.
Conséquence : une partie des vieux, les moins riches, mourront prématurément, faute de nourriture et de soins.
« Sauver la planète ? »

Nous sortons à peine d’une époque où l’on affirmait : «Il y a trop de monde, c’est mauvais pour la planète. Soyons moins nombreux, nous émettrons moins de gaz à effet de serre et épargnerons les ressources … donc ayons moins d’enfants ! »

Sans penser qu’à terme, c’est condamner à mort des vieux, qui n’auront plus personne pour les nourrir ou les soigner.

Dans la conclusion de mon livre d’il y a une vingtaine d’années, Retraites, familles et immigration en France et en Europe, j’imaginais un président chinois demandant aux plus de 75 ans de se jeter par la fenêtre, dans l’intérêt national. Nous n’y sommes pas encore, mais le président actuel se révèle autoritaire et catastrophé par la baisse des naissances. Passera-t-il à l’acte ? Probablement indirectement, en les laissant sans ressources, de manière à ce qu’ils meurent plus vite ou se suicident. Il préférera vraisemblablement consacrer ce qui restera des ressources du pays à monter une armée pour concurrencer celle des États-Unis et envahir un jour Taiwan. Bref, nous nous préparons peut-être à des solutions radicales inquiétantes.

Détruire sa propre vieillesse en voulant en profiter

Les manifestations contre la retraite à 64 ans ont été nombreuses. (https://metainfos.com/2024/10/21/retraites-entre-illusion-financiere-et-crise-demographique/) À cette occasion, j’ai invité 6 manifestants à discuter. Je leur ai demandé ce qu’ils feraient s’ils prenaient leur retraite à 60 ans. Les réponses étaient prévisibles : voyages, croisières, loisirs (restaurants, cinéma…), parfois, plus rarement, s’occuper de leurs parents. Je leur ai alors posé une autre question : « Avez-vous conscience que vous supposez que d’autres continueront à travailler pour rendre tout cela possible ? Les agences de voyages, les conducteurs de bus, les serveurs de restaurant, les soignants des EHPAD… Or, si tout le monde part plus tôt, ces services disparaîtront. Vous devrez alors vous occuper de vos parents vous-mêmes, et votre retraite rêvée risque de ressembler davantage à une vie de contraintes. Seuls les plus riches pourront se payer les services nécessaires ». Sans enfants, on peut mener une belle vie dans sa jeunesse, mais on risque une grande solitude plus tard. Nous commencerons par nous épuiser à soigner nos parents, avant de nous retrouver nous-mêmes démunis, faute de jeunes pour nous aider. Nous serons obligés de travailler pour survivre jusqu’à la limite de nos forces. Et ensuite…
Un système social qui nous aveugle
Nous avons pris l’habitude d’être servis, au restaurant mais aussi à l’hôpital ou en voyage. Nous trouvons donc contraignant de nous occuper d’enfants. Pourtant, notre confort actuel repose sur le renouvellement constant des générations donc, encore une fois, sur les enfants des autres !
Le mythe du financement des retraites

On entend souvent : « On trouvera bien un moyen de financer les retraites. » mais ce n’est pas une question d’argent : https://metainfos.com/2024/10/21/retraites-entre-illusion-financiere-et-crise-demographique/ . Vous pouvez taxer, redistribuer, emprunter autant que vous voulez : s’il n’y a plus assez de jeunes actifs pour travailler, alors il n’y aura plus personne pour produire les biens et services nécessaires aux retraités : https://metainfos.com/2024/08/09/on-manque-de-bras-et-de-cerveaux/
Le fait que notre système de retraites soit par répartition rend cette question évidente. Mais pour la capitalisation, si le lien avec la démographie est moins direct, il est improbable que des entreprises ayant moins de personnel et devant servir moins de clients, puissent apporter suffisamment de ressources financières aux retraités, devenus trop nombreux pour les actifs restants.
L’argent seul ne peut pas remplacer des travailleurs.

C’est l’offre de travail qui est insuffisante et qui le sera de plus en plus, si on ne fait rien pour inverser la tendance. Un système de retraite idéal serait celui qui pousserait les gens à travailler davantage, que ce soit en fin de vie (passer à 67 ans comme nos voisins !), ou tous les jours (adieu les 35 heures ou les 5 semaines de congés payés)
La conscience du fait que les Français ne travaillent pas assez au long de leur vie pour maintenir leur système social actuel est en progrès chez les économistes. Citons notamment Xavier Fontanet, ancien président d’Essilor, qui le répète depuis plus de 10 ans dans ses cours d’économie et ses interventions dans les réseaux sociaux. Mais le lien avec la composition par âge de la population, suite à la baisse des naissances, n’est pas encore assez souvent explicité. Et ces arguments restent inaudibles du grand public, peu disposé à remettre en cause ces « avantages acquis« , perçus comme un progrès social.
La solution par l’immigration ?

Certains avancent que l’immigration pourrait combler le déficit démographique. C’est mathématiquement exact, si elle est composée de travailleurs. Mais cette solution est plus mathématique que concrète :
- Elle suppose que d’autres pays continueront à fournir une main-d’œuvre jeune, ce qui n’est pas garanti, car la baisse des naissances touche le monde entier, à part l’Afrique subsaharienne : https://metainfos.com/2025/11/21/la-demographie-explique-presque-tout/
- Or les autres pays déficitaires nous concurrencent en attirant, eux aussi, les immigrants : c’est déjà ce que fait l’Allemagne, au détriment de l’Italie, qui y perd une partie de sa jeunesse, déjà rare.
- Par ailleurs, une intégration réussie demande du temps et des efforts considérables.
- Enfin, l’opinion publique est défavorable à l’immigration.
Par ailleurs, la date d’arrivée de cette immigration massive joue un grand rôle. Si elle a lieu progressivement à partir d’aujourd’hui l’intégration restera possible pour la grande majorité comme nous le constatons autour de nous : https://metainfos.com/2021/01/08/immigration-ne-pas-confondre-integration-et-assimilation/
Mais si on retarde cette immigration, pour tenir compte des réticences actuelles de l’opinion publique, elle risque d’arriver trop tard pour être intégrée. C’est-à-dire à une époque où il aura moins d’adultes pour l’encadrer et où la masse des « encadreurs » ne sera pas en position d’autorité comme aujourd’hui, mais plutôt en situation de dépendance.
Conclusion : une bombe à retardement
Les conséquences de la baisse de la fécondité sont existentielles et ne peuvent pas avoir de solution financière. Il ne s’agit donc pas seulement d’un choix individuel, mais d’une question de survie pour nos sociétés. Réfléchir aux politiques familiales, au soutien à la parentalité et à la valorisation du rôle des enfants dans notre avenir est essentiel. Il faut également faire prendre conscience de la vieillesse catastrophique que se préparent ceux qui ne veulent pas enfants pour profiter de la vie aujourd’hui. Nous risquons de payer très cher notre insouciance actuelle.
Source : yves montenay.com

Mon article était mondial. La France est un cas très modéré avec une fécondité voisine de 1,7 des générations relativement nombreuses nées au début des années 2000, et une immigration moyenne. En Europe l’Angleterre et l’Allemagne sont en mauvais situation, mais compensée mathématiquement par une assez forte immigration (vu sur 10 ans), l’Italie est en très mauvaise situation aggravée par une forte émigration. Les États-Unis sont grossièrement dans la même situation que la France. C’est l’Asie orientale (Chine, Taiwan, Corée du Sud, Japon) qui est dans la pire des situations, aggravée par une hostilité à l’immigration.


Démographie : le défi du siècle ? – Yves Montenay
La démographie est un aspect essentiel des questions de puissance et de l’univers économique. Mais comment répondre au mieux aux évolutions futures de la population, qu’elle soit française ou mondiale ? Dans cet épisode, Alain Juillet et Claude Medori reçoivent Yves Montenay, docteur en démographie politique et centralien, collaborateur régulier de Métainfos. Celui-ci nous donne des clés d’analyse par rapport aux tendances futures de la population, aux statistiques démographiques ou à l’épineuse question des retraites.
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