par Michel LHOMME
L’élection présidentielle péruvienne est au point mort, selon un premier décompte de l’institut de sondage Ipsos-Datum et les résultats officiels et définitifs pourraient prendre des semaines. Point mort ou « match nul » pour reprendre une expression sportive à la veille de l’ouverture de la coupe du monde de football. Dans tous les cas, une profonde division du pays en deux camps qui paraissent inconciliables et qui augurent mal d’un avenir politique stable.

Selon Datum, le résultat provisoire placerait le candidat de gauche Roberto Sánchez en légère avance avec 50,3 % des voix, contre 49,7 % pour la candidate de droite Keiko Fujimori. Bien qu’il ne s’agisse pas d’un décompte officiel, ce chiffre s’est avéré souvent un indicateur fiable du résultat final lors de précédents sondages.

Nonobstant, sur 92 % des bulletins dépouillés, ce matin 8 juin, à 6h du matin, heure locale, l’ONPE, l’office national des élections péruviennes donne gagnante Keiko Fujimori avec 50,12 % contre 49,83 % pour Roberto Sanchez. La différence de 0,29 % entre les deux candidats est si minime qu’on peut affirmer que les deux prétendants à la présidence péruvienne furent en réalité vainqueurs ensemble de l’élection. On parle d’ailleurs à Lima d’ « empate tecnico » c’est-à-dire d’une « égalité statistique » où la différence entre les deux candidats est si faible qu’elle se situe dans la marge d’erreur de la mesure.

Par conséquent, aucun résultat ne peut être considéré comme définitif et le vainqueur réel demeure mathématiquement incertain. Cela augure mal de la légitimité qui sera accordée à celle ou celui qui sera proclamé dans les prochains jours officiellement président même s’il faut noter que vu cette situation quelque peu exceptionnelle d’une division du pays en deux camps symétriques les deux candidats renouvellent ensemble les déclarations publiques où ils s’engagent solennellement à respecter les résultats quels qu’ils soient ce qui conforte la démocratisation du pays en cours, l’une des plus difficiles d’Amérique latine, remplie de soubresauts avec en dix ans, quinze premier ministres, huit présidents, et une tentative de coup d’état.

Les résultats officiels confirment ce que nous écrivions il y a peu à savoir que la course est extrêmement serrée parce que la gauche, les deux gauches péruviennes (https://metainfos.com/2026/06/05/perou-2026-lunion-des-deux-gauches-pour-la-victoire/) ont su faire complètement le plein de leurs électeurs alors que la droite conservatrice, celle du trumpiste Lopez Aliaga ou du démagogue Ricardo Belmont s’est abstenu ou à même voté en partie contre la droite libérale représentée par Keiko.

L’élection opposait en effet Keiko Fujimori, figure incontournable de la politique péruvienne, à Roberto Sánchez, qui a promis de vastes réformes économiques distributives sans jamais les chiffrer. Les préoccupations liées à la criminalité et à l’instabilité politique ont dominé la campagne et ont motivé les électeurs dans cette course présidentielle très serrée où ils ont délibérément voté en masse confiants dans la démocratie et souhaitant un réel changement des moeurs d’une classe politique jugée totalement corrompue. A part quelques tentatives de fraude dans certains bureaux de vote, émanant toujours d’ailleurs de militants de Juntos por el Peru, le parti de gauche de Roberto Sanchez, aucun incident majeur n’est à déplorer et le peuple péruvien s’est rendu pacifiquement et de manière responsable et exemplaire aux urnes.

De toute évidence des recomptages seront nécessaires pour confirmer le vainqueur, un processus qui pourrait prendre des semaines. Mais ce qu’il faut surtout retenir c’est la fracture cette fois-ci profonde et presque dramatique du pays entre la province andine, une partie de l’Amazonie et Lima la capitale et la côte, relativement développée et modernisée.

Keiko Fujimori a dominé largement Lima, la capitale, Callao son port et le nord du Pérou (Tumbes et Piura), elle remporte ainsi et largement les suffrages urbains et côtiers, une partie de l’Amazonie ainsi que les suffrages de la diaspora très présente aux Etats-Unis, en Espagne, Italie, Argentine et Chili tandis que Roberto Sánchez lui rafle avec des scores significatifs et très souvent impressionnants les voix rurales et celles des régions montagneuses des Andes, obtenant par exemple certes dans une région très « rouge », celle de Puno, près de 80 % des suffrages. Il s’agit de la véritable cassure de la nation péruvienne, jacobine et centralisée mais aussi une fracture ethnique et raciale consolidée entre les blancs créoles et les Indiens, les « chollos » des Andes et ceux de l’Amazonie, résultats d’une discrimination sournoise mais hélas, bien réelle.






Dès lors, on peut s’attendre logiquement à ce que Sánchez gagne du terrain une fois que les votes des zones rurales les plus éloignées seront dépouillés ce qui peut prendre plusieurs jours vu l’état déplorable des infrastructures routières provinciales du pays. Car enfin, il faut bien reconnaître que Fuerza Popular, le parti de Keiko Fujimori gouverne en réalité le pays en sous-main depuis des années par des combinaisons politiciennes parlementaires et que sa politique a servi avant tout les intérêts de son électoral créole, blanc, plutôt aisé et éduqué celui de Lima et de la cote. Il faut avoir voyagé dans le Peru Profundo ( « le Pérou profond ») tel que l’appelle Roberto Sanchez pour y relever avec stupéfaction l’état de délabrement des écoles (sans matériel et aux bâtiments la plupart du temps fissurés, non rénovés depuis trente ans), des hôpitaux et centres de soins sans médicaments et appareils modernes, l’absence d’emplois et de formations pour les jeunes, l’extrême pauvreté qui y règne encore et qui est proprement inadmissible, voire scandaleux en 2026 alors que les résultats économiques du pays sont conséquents avec plus de 3 % de croissance annuelle.

Roberto Sánchez a déclaré hier soir à ses partisans que le décompte préliminaire constituait une « avance importante qui réaffirme la volonté du peuple, qui veut la démocratie et la justice ». Ceci étant, c’est en prison dans la « cellule » de Pedro Castillo, l’ancien président destitué pour organisation et tentative de coup d’état qu’il a partagé dans l’après midi d’hier le premier flash électoral des résultats des instituts de sondage ! Cela en dit long sur ses déclarations « démocratiques » de façade mais qu’attendre d’autre de tels partisans des « démocraties populaires » que ce soit en Amérique latine ou ailleurs qu’on songe en passant au tribun de la « nouvelle France » lors de son premier meeting présidentiel plutôt réussi à St-Denis témoignant d’un réalisme politique sur la France que ne saurait cependant voir ni comprendre les droitards hexagonaux immigrationistes à la botte des patrons français et traite à leur patrie depuis tant d’années, artisans d’un grand remplacement dont ils sont entièrement responsables.
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