LA GAUCHE RESISTERA-T-ELLE AU PÉROU ?

par Michel LHOMME

Le 12 avril 2026, le Pérou a tenu des élections générales pour élire le président, deux vice-présidents, 60 sénateurs, 130 députés et cinq membres du Parlement andin dans un  processus électoral qui est au Pérou une procédure obligatoire à laquelle participent tous les citoyens âgés de 18 à 70 ans. Une amende est infligée en cas d’absence au bureau de vote sans motif valable, le montant dépendant de la région de résidence.

Carte illustrée de l'Amérique du Sud, mettant en avant des visages stylisés et des éléments culturels traditionnels.

En raison de problèmes logistiques liés à la distribution des bulletins de vote dans plusieurs bureaux du sud populaire de Lima comme à l’étranger, les élections avaient été curieusement prolongées jusqu’au lundi 13 avril alors que les résultats continuaient de tomber. La « fraude » qui semble avoir été programmée et organisée pour près de 700 000 électeurs semble avoir permis par quelques voix d’assurer la présence de la gauche au second tour du 7 juin avec le maintien du candidat Roberto Sanchez, le candidat au sombrero :

Un homme portant un grand chapeau blanc, s'exprimant avec passion lors d'une conférence de presse, devant un fond rouge avec des logos.

Les politiciens gauchards qui vivent pourtant comme en France dans les quartiers les plus aisés de la capitale aimant comme partout « faire peuple », peuple qu’en réalité, il méprise et trahisse tout le temps et trahiront demain comme partout ailleurs sans aucun doute au Pérou.

Nos précédents articles ont souligné le fait que ses élections se sont déroulées dans un contexte d’instabilité politique interne avec neuf présidents successifs en dix ans !

Cela dit, contrairement à ses voisins, nous avons souligné hier (https://metainfos.com/2026/05/03/perou-entre-chaos-politique-et-croissance-economique/) que le Pérou connaît une situation économique plus ou moins stable, que la croissance du PIB pour 2026 était prévue à plus de 3%, et que compte tenu de la hausse des prix du cuivre et d’autres minerais, dont le Pérou est un grand exportateur, ainsi que de la mise en service du mégaport de Chancay, tenu par les Chinois aucun effondrement économique n’est prévu à terme.

Les principales exportations du Pérou avec les valeurs en milliards de dollars USD, y compris les minerais, fruits, articles en cuivre, café, vêtements, pierres précieuses, et plus.

Aussi voudrions-nous revenir dans cet article sur l’aspect législatif du vote, les élections au nouveau parlement bi-caméral. Parmi les candidats au poste de députés et sénateurs figuraient près de 37 partis, parmi lesquels des personnalités assez extravagantes, ou déjà compromises au pénal dans des procès pour corruption ou terrorisme. Or, en définitive, seuls sept partis ont réussi à franchir le seuil des 5% nécessaire pour entrer au Congrès. Il s’agit de Renovación Nacional, le Partido del Buen Gobierno, Fuerza Popular, le Partido Cívico Laborista, Nación Ahora, Juntos por el Perú et Un Mundo para Todos.

Le parti de gauche Perú Libre, dont le président Pedro Castillo avait été élu lors du dernier scrutin, n’a même pas réussi à atteindre 0,5%. Des résultats tout aussi faibles ont été enregistrés par des partis tels que les Verdes Democráticos, Integración Democrática, Cooperación Popular, Fuerza y ​​Libertad, Fe en Perú, Acción Perú, Perú Moderno, Otro Camino, el PRIN, Salvar Perú et le Partido Democrático Federal. Les autres partis, parmi lesquels on trouve aussi bien des formations de gauche que de droite et du centre, ainsi que des combinaisons idéologiques diverses, ont obtenu des scores légèrement supérieurs, mais tout aussi insuffisants pour entrer au Parlement.

Diversité de logos de partis politiques au Peru, incluant des symboles distinctifs et des palettes de couleurs variées.

En dépit de la présence surprise d’un candidat de gauche au second tour, nous voulons souligner ici afin d’éviter toute équivoque que la désagrégation du spectre politique de gauche fut effective du point de vue législatif et est révélatrice de la dépréciation des dits partis «  progressistes » dans les récentes élections latino-américaines similaires comme celles qui se sont produites en Bolivie auparavant, en Equateur, au Costa Rica ou au Chili, pays où cependant la gauche ne parvint pas à remporter la victoire.

Au Pérou, la baisse de confiance envers les partis de gauche s’explique par des motifs idéologiques et politiques, notamment des divisions internes entre gauche modérée et gauche extrémiste, des leaders particulièrement incultes (les anciens présidents Castillo, Dina Bolluarte, l’actuel Président en exercice, le sinistre et cynique José María Balcázar (83 ans) et l’activité accrue de deux droites, celle conservatrice et populiste de Lopez Alliaga et la néo-libérale de Keiko Fujimori :

Keiko Fujimori lors d'une conférence de presse, s'adressant à des journalistes et exprimant ses opinions sur la volonté populaire.

Cependant, parmi les candidats à la présidence, le candidat de gauche Roberto Sánchez, du parti Juntos por el Perú (« Ensemble pour le Pérou ») (12%), a réussi à se hisser à la deuxième place. En tête se trouve Keiko Fujimori (17%) de Fuerza Popular (« Force populaire »), fille de l’ancien Président Alberto Fujimori. Elle a été députée au Congrès de 2006 à 2011. Lors de l’élection présidentielle de 2011, elle avait perdu face à Ollanta Humala (gauche populiste). Elle a été arrêtée dans le cadre d’une affaire de corruption et a été incarcérée. Mais elle a continué à faire de la politique avec acharnement dans ce mouvement si particulier qu’on appelle sur place le fujimorisme. C’est en quelque sorte la Marine Le Pen du Pérou, une forte personnalité, toujours active et combattive mais éternelle perdante (elle se présente cette année au poste suprême pour la quatrième fois).

Un homme souriant, portant une casquette et un polo bleu, fait un geste avec les mains. En arrière-plan, des caméras et du matériel audiovisuel sont visibles. Le texte indique un événement en direct concernant des preuves de fraude, programmé pour le mercredi 22 à 20h30.

Au cours des premiers jours du dépouillement, Rafael López Aliaga, du parti Renovación Nacional (« Renouveau national »)la talonnait comme l’avaient prédit tous les sondages mais il a été finalement relégué à la troisième place (11,9%) dans un premier tour de scrutin particulièrement douteux ce qui signifie qu’il ne pourra pas participer au second tour de l’élection présidentielle. C’est sans doute pour cette raison qu’Aliaga, milliardaire, candidat de Washington,  ami personnel de Marco Rubio dont il est le voisin à Miami conteste le résultat du premier tour, affirmant qu’il y avait eu de nombreuses irrégularités et que 600.000 habitants de Lima n’avaient pas pu réellement voter objectivement. Il a même promis de verser une prime de 5800 dollars américains à toute personne qui signalerait et confirmerait ces irrégularités. De leur côté, les observateurs internationaux (UE et OEA) n’ont pas constaté de violations graves mais quelle confiance leur accorder sachant que tous ces fonctionnaires grassement payés et logés dans des hotels de luxe ne sont que des observateurs de gauche et donc ne voient jamais rien lorsque la fraude manifeste favorise leur courant de pensée ?

Aliaga, ancien maire de Lima et oligarque, est surnommé Porky en raison de sa ressemblance avec un personnage de dessin animé américain. Il avait précédemment déclaré soutenir les initiatives de Donald Trump, ce qui lui a valu d’être qualifié de « trumpiste » local. Son parti a été créé en octobre 2020 sur la base du parti Solidaridad Nacional (« Solidarité nationale »). Il allie conservatisme (au sens religieux et catholique), néolibéralisme et populisme de droite. Avant les dernières élections, le parti comptait dix députés et un gouverneur au sein des structures du pouvoir. Lors des précédentes élections présidentielles, remportées par Pedro Castillo, López Aliaga avait soutenu Keiko Fujimori au second tour – la droite avait ainsi uni ses forces pour empêcher le candidat de gauche de l’emporter, mais sans succès.

Un homme en veste rouge prenant la parole lors d'un rassemblement, avec un fond de banderole affichant des portraits politiques.

Pedro Castillo, actuellement en détention, a bien évidemment  appelé à voter pour son ami Roberto Sánchez (photo ci-dessus) qualifiant de «traîtres» les membres du parti Perú Libre («Pérou libre»), sous la bannière duquel il s’était lui-même présenté auparavant. Or, Perú Libre a de quoi être critiqué : accords avec la mafia locale,  contrôle absolu sur les organes de l’État, tels que la Cour constitutionnelle et le Conseil national de la justice, ainsi que le ministère public et l’ONPE, organisme chargé des élections, compromission avec le fujimorisme ce qui a sans doute facilité toutes les magouilles pendant de nombreuses années, en échange de juteux avantages personnels et familiaux

C’est pourquoi, en ce qui concerne la course à la présidence et le deuxième tour du 7 juin, l’histoire semble se répéter: au second tour s’affronteront Keiko Fujimori, qui s’était déjà présentée la dernière fois et avait également atteint le second tour, et le candidat de gauche, le candidat au sombrero, Roberto Sanchez. Il est évident que cela se déroulera non seulement sur fond de polarisation droite-gauche, mais aussi dans un contexte de tentatives manifestes de diabolisation des adversaires de chaque côté. On doute que tous les militants de Lopez Aliaga reporteront leur bulletin de vote sur Keiko ce qui devrait être la normalité. Nous pensons que l’union des droites au Pérou reste un concept bien fragile et que cette absence d’union permettra sans doute au gauchiste de Sanchez de l’emporter alors que de toute évidence, le pays penche à droite et souhaite avec raison un retour à l’ordre au plus vite.

L’ancien ministre de l’Économie et des Finances du Pérou, qui a également occupé le poste d’ambassadeur aux États-Unis, Luis Miguel Castilla, estime que Sanchez est dangereux. Certains capitaux disent quitter le pays en cas de victoire. Nonosbtant, s’il l’emporte au second tour, nous pensons qu’il pourra difficilement mener à bien les réformes socialisantes promises ou le changement de constitution car il se heurtera de suite à une forte résistance au Congrès, où la droite occupe maintenant des positions suffisamment solides.

En ce qui concerne les élections législatives, deux de ces partis figurent parmi les trois premiers. Il s’agit de Fuerza Popular de Fujimori et Renovación Nacional d’Aliaga.

Affiche électorale pour Nieto Président avec une photo de l'homme souriant, texte en rouge et jaune indiquant la date et l'heure de l'événement.

Le Partido del Buen Gobierno,  (« Parti de la bonne gouvernance » ), créé en août 2023 par Jorge Nieto – ancien ministre de la Défense et de la Culture du gouvernement de Pablo Kuczynski –, a obtenu un excellent résultat pour ses premières élections générales (environ 15%). Le parti célèbre le Pérou en tant que civilisation andine, et défend à la fois les principes démocratiques, notamment l’État de droit, la protection des droits des femmes, le développement technologique, etc. Jorge Nieto vient de la gauche idéologisée avec lequel il dit avoir pris ses distances et se place donc comme modéré au centre-gauche. Il plaide en faveur de la mise en œuvre de réformes sociales. Son programme ne précise cependant pas les principes qui régiront la politique étrangère de l’État, soit pour le Pérou sa position vis-à-vis des Etats-Unis. Selon les critères des idéologies traditionnelles, ce parti peut être classé parmi les partis libéraux-centristes, toujours prêts à mettre de l’eau dans leur vin pour se maintenir au pouvoir (une sorte de François Bayrou en quelque sorte). Ce sont les classes aisées urbanisées, les « bobos » péruviens ayant des titres universitaires qui semblent avoir voté en masse pour lui le plaçant en troisième position là où l’on attendait le vieux briscard et démagogue Ricardo Belmont, ancien maire de Lima du Partido Cívico Laborista (  » Parti civique du Travail  » )

Un homme âgé pointant du doigt, s'adressant à un public dans un cadre politique, avec un texte en espagnol annonçant une promesse radicale visant à réformer les salaires des congressistes.

Ce parti se définit, selon ses principes déclarés, comme national-démocrate et réformiste. Il se positionne comme anti-Fujimoriste. On peut classer ce parti aussi comme de centre-gauche. Il a été créé en 1989. Le chef du parti est le présentateur de télévision Ricardo Belmont, qui s’était auparavant allié à divers blocs lors des élections (depuis 2018, il a coopéré avec Perú Libre et donc soutenu paradoxalement Pedro Castillo !

Nación Ahora (« Nation maintenant ») est un parti relativement jeune, fondé le 13 mai 2023 par l’économiste et ancien recteur de l’Université nationale d’ingénierie Alfonso López Chau. Sur le plan idéologique, il se positionne comme un parti nous dirions « communiste » et nationaliste, défendant la justice sociale, le développement durable, la transparence dans la gestion publique et le respect des droits de l’homme. De fait, auparavant, López Chau avait annoncé qu’en cas de victoire aux élections présidentielles, il gracierait Pedro Castillo.

Juntos por el Perú, (« Ensemble pour le Pérou ») est une coalition politique de centre-gauche fondée en 2017. Elle rassemble des partis de gauche et progressistes, des organisations politiques et des mouvements sociaux. Elle a également obtenu 12% des voix pour l’élection au Sénat.

Homme en costume bleu pointant du doigt, s'exprimant devant une affiche avec le texte 'Pays pour Tous'.

Un País para Todos (« Un pays pour tous ») est également un nouveau parti, créé en avril 2023, mais qui n’a été légalisé qu’en août 2024. Il s’agit d’un parti libéral-conservateur avec des éléments populistes, c’est-à-dire de centre-droit. Le chef du parti est l’ancien gouverneur de la province de Juárez, Vladimir Mesa Villareal (photo ci-dessus), qui fait actuellement l’objet d’accusations de corruption. Le comédien comique et imitateur homosexuel Carlos Álvarez a été désigné candidat à la présidence par le parti.

Bilan : Même s’ils s’unissent, les partis de gauche ne parviendront pas à former une majorité ni à la Chambre des députés ni au Sénat. Le parti du centre gauche Buen Gobierno de Nieto pourrait donc jouer un rôle clé dans cette situation car c’est finalement de son choix lors des prochains votes que dépendra l’adoption ou le rejet des projets de loi.

Bien que ce processus électoral du premier tour ait été marqué par les promesses de plusieurs candidats de mettre fin aux troubles et au chaos, il est difficile d’y croire tout à fait avec un Parlement sans réelle majorité, une absence réelle de contenu des programmes et une telle division politique où avec les suspicions de fraude sur le processus du premier tour, les tensions et les rancœurs entre les divers groupes politiques restent extrêmes et désormais fortement aiguisés.


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