DON TRUMP : QUELLE DOCTRINE, MONROE OU POLK ?

par Bernard PLOUVIER

La véritable histoire des USA est fort mal connue des Européens, qui s’en tiennent aux mômeries des westerns et aux batailles de la Civil War, où des généraux mûrs pour l’asile psychiatrique ont fait tuer environ 185 000 hommes (110 000 du côté de l’Union, 75 000 du côté confédéré où les généraux devaient économiser la matière première humaine).

En 1823, James Monroe, 5e Président des petits Etats-Unis d’Amérique du Nord, lance sa proclamation qui peut se résumer par le slogan : « L’Amérique aux Américains ». C’est un anglophobe acharné, qui aide diplomatiquement les pays d’Amérique Latine qui se libèrent de la tutelle espagnole, d’ailleurs à bout de souffle. En 1821-22, il encourage une association charitable à créer des réimplantations d’esclaves noirs affranchis dans ce qui deviendra en 1847 le Liberia… un pays où « l’élite » très corruptible deviendra l’humble servante des multinationales US. La remigration a débuté il y a deux siècles et s’est soldée par un fiasco ! 

À cette époque, les chefs des USA ne se posaient pas en conquérants mais en « grands frères républicains ». D’ailleurs le sympathique Andrew Jackson, 7e Président, (portrait ci-dessous) se refusait à toute aventure guerrière et ne voulait que développer le commerce extérieur de son pays : Trade, not War.

Tout change avec le 11e Président. William Polk est le premier de ce que l’on appellera les « Présidents-Empereurs » et qu’on ferait bien mieux de qualifier de Présidents impérialistes : de Polk à Trump, on peut relever les noms d’Abraham Lincoln, l’homme qui a planifié la Civil War pour asservir les États agricoles du Sud aux États industriels du Nord, de William McKinley, de Theodor Roosevelt, du pseudo-saint Thomas-Woodrow Wilson, du lointain petit-cousin de « Teddy » : FDR ou plus tard de Lyndon Johnson, l’homme de la 2e Guerre d’Indochine (alias « Le Merdier »), de William Clinton et ses interventions en Somalie et en ex-Yougoslavie, de George W Bush, l’homme de la Croisade contre les rogue states (les « états voyous »), d’où les nouveaux « merdiers » afghan, irakien, puis plus tard ceux de Libye, de Syrie.

En résumé, ces Présidents impérialistes sont ceux qui poussent à la guerre, voire y entrent, sans accord préalable du Congrès, en violation totale de la constitution. La bonne question est effectivement : « Comment distinguer une crise authentique, mettant en péril la République des USA, des rêveries d’un Président paranoïaque, stimulées par des conseillers eux-mêmes paranoïaques ? » (Arthur Schlesinger junior, 1973). C’est en effet la question posée par la Doctrine Polk.

Le président James K. Polk. Portrait officiel par George Peter Alexander Healy, 1858

Dans les années 1840, le puritain très agressif James Polk, crée le concept d’Unquestionable destiny (Sam Haynes, 1997), que l’on traduit fort mal par « Destin manifeste », alors que la bonne traduction serait « Destinée incontestable », ce qui est l’esprit même de la conception mégalomaniaque de Polk, pour lequel, sur Terre, la planète du carnage universel, la Force seule crée le droit une fois acquise la victoire durable du plus fort… et pour les très hypocrites Nord-Américains, imprégnés jusqu’à plus soif de folies vétéro-testamentaires, le vainqueur est toujours « le béni de dieu » !  

Reconstitution de la maison natale de Polk sur le James K. Polk State Historic Site près de Pineville

Au XXe siècle, l’ambition de rassembler les peuples européens autour du néo-colosse germanique deviendra le Mal absolu inspiré par Satan, tandis que l’USDestiny reste le Bien : c’est la doctrine de Wilson – l’homme qui a tenté de voler les gisements pétroliers mexicains à la faveur de la guerre civile – qui se croit, en 1917-19, missionné par son dieu calviniste pour pacifier à jamais les Terriens – un accident vasculaire cérébral balaie vite cette prétention. L’US-Destiny revient en force avec le roublard Roosevelt-II : Franklin Delano ou FDR :

On reconnaît volontiers que depuis la seconde moitié du XXe siècle, pour d’autres fous furieux, le Bien absolu consiste à faire adorer en tous lieux Allah le Tout-Puissant et en principe le miséricordieux ; chez d’autres, le Bien est de créer un Grand Israël, première étape de la domination planétaire par la « race pure, sainte, élue de Yahvé-El Chaddaï », comme le promettent les rabbins ivres de Talmud

Au milieu du XIXe siècle, l’Unquestionable destiny était initialement la volonté de s’étendre à l’Ouest jusqu’au Pacifique et au Sud jusqu’au Golfe des Caraïbes (aux USA, on évite de parler de Golfe du Mexique, qui est la Mer septentrionale de l’énorme Golfe d’Amérique Centrale). On ne voulait encore que faucher des terres peuplées d’Amérindiens restés à l’ère paléolithique et d’autres territoires dominés par des Espagnols assoupis. Sous le règne de Polk, les USA s’enrichissent de l’Oregon, de la Californie, du Texas et du Nouveau-Mexique. Tout naturellement, les successeurs de Polk vont lorgner les îles antillaises et les États d’Amérique Centrale – ainsi de McKinley et de son successeur Theodor Roosevelt.

Proclamation par laquelle le président Polk déclara officiellement la guerre au Mexique

La Guerre de 1898, lors du règne de William McKinley, un homme très brutal assassiné en septembre 1901 par un anarchiste, fut déclenchée par l’explosion volontaire d’un navire US. Elle permit de coloniser temporairement Cuba, les Samoa et les Philippines, définitivement Porto-Rico, l’archipel des Hawaï, Guam, Wake et l’archipel des Midway. (https://metainfos.com/2024/06/11/lamerique-nest-pas-le-camp-du-bien-1/)

Explosion du Maine

Dès 1933, FDR s’intéresse de près aux Antilles françaises et y expédie son cousin Vincent Astor en missions d’exploration et de sondage auprès des Antillais. Bientôt, il propose d’intégrer aux USA le Groenland, qui appartient effectivement à la plaque tectonique américaine. En novembre 1941, il ordonne la « protection » militaire de la Guyane néerlandaise (riche en bauxite) et de l’île de Curaçao (riche en phosphates).

Parallèlement il cherche à fédérer ce qu’il nomme les Trois Amériques : celles du Nord, du Centre et du Sud, une façon élégante d’éliminer la notion d’Amérique de langues latines (espagnole et portugaise). Déjà au printemps de 1939, la presse judéo-US évoquait l’existence d’une base aéronavale allemande en Colombie, d’où partiraient des bombardiers pour saboter les installations du Canal de Panama, ainsi qu’un « complot nazi en Patagonie », ouvrant la porte à une invasion nazie de l’Argentine (Ronald Newton, 1992) !

Ce n’est pas sans raison que le Président populiste du Brésil Getulio Vargas, ennemi tant des USA que de l’URSS stalinienne, dénonce le 11 juin 1940 « les États forts qui imposent leur volonté », opposant « le sentiment national [à] l’ère du libéralisme imprévoyant, de l’individualisme égoïste et des fauteurs de désordre » (Harold Callender, 1945). Depuis l’été 40, FDR fait mine de craindre, en activant la presse juive des USA, une offensive allemande contre le Brésil, via Dakar, et contre l’Islande, le Groenland et le Canada, via la Norvège. [Il est alors sous l’emprise en réalité des services secrets britanniques; NdR]. Arguant de la « nécessité », du « risque d’invasion du continent américain » (terminologie proche du gag), FDR va systématiquement annuler, de 1939 à 1941, les lois neutralistes et isolationnistes, les remplaçant par d’autres de sens opposé.

Mais après-tout, si les USA étaient la patrie des Droits de l’Homme, on pourrait imaginer que face aux totalitarismes européens (Reich et URSS) ou asiatiques (Japon mais aussi la Chine de Tchang Kaï-chek, le chouchou de FDR, ou les Indes et la très riche Malaisie que les Britanniques refusent de moderniser), la protection du Grand frère de Washington serait une solution acceptable.

 

Or, les USA sont d’abord et avant tout la patrie des multinationales (très mal en point depuis 1929 et qui ont besoin d’une guerre pour relancer le Big Business) et la patrie des mafias (il y en a pour tous les goûts : juifs, irlandais, polonais, italo-siciliens et même des bandes de « negroes »). En outre, envisagés comme puissance coloniale, les USA ne sont pas plus reluisants que les Européens dans le même rôle. En 1898, le gouvernement McKinley achète l’archipel philippin au Espagnols battus à Cuba : les richesses naturelles (cannes-à-sucre, chanvre et noix de coco) sont nettement moins alléchantes que la situation géopolitique : c’est un relais portuaire vers la Chine, le Japon et le sous-continent indien. Certains négociants nord-américains posent des jalons, en prévision de la fin de la domination britannique aux Indes, en Birmanie ou en Malaisie, des Néerlandais en Insulinde et des Français en Indochine.

De Mc Kinley à FDR, l’objectif politique reste inchangé. Les Présidents US attendent l’affaiblissement des puissances coloniales européennes ; FDR pousse donc à la guerre en Europe pour affaiblir au maximum les puissances riches en colonies.

Aux Philippines, où l’agitation indépendantiste existe depuis 1899, on installe un Parlement de notables en 1912, mais de 1921 à 1929, l’archipel est gouverné par des hommes à poigne qui tuent de l’indépendantiste. Pour tenter de calmer l’agitation, le Congrès US – sous l’administration du très sage Herbert Hoover – vote en 1932 une Loi prévoyant l’indépendance à l’horizon de 1945, par une « transition douce ». Le fin renard FDR offre en 1934 l’autonomie, via le Tydings-McDuffie Act du Congrès, qui entre en vigueur le 1er mai 1934. Le chef des indépendantistes, Manuel Quezon, (photo ci-dessous) devient Président de la nouvelle République, mais doit accepter une tutelle US jusqu’au 4 juillet 1946, et la cession à bail jusqu’en 1992 de 23 bases militaires US.

En 1939-41, FDR joue sur du velours : après sa victoire écrasante de mai-juin 1940, le Führer germanique a peur d’être attaqué par l’Armée Rouge et lance une attaque préventive le 22 juin 1941, alors que son réarmement ne doit se terminer que vers 1943-44 & les Nippons sont très susceptibles, d’autant que le grand chrétien Roosevelt multiplie les provocations économiques, au nom de Dame Démocratie et de la Liberté des Chinois (dirigés par un dictateur inepte et sanguinaire). En 1940-41, l’US-Army boute les Britanniques hors du Groenland et de l’Islande : Truman proposera en vain aux Danois de racheter le Groenland… quand Trump réclame cette île gigantesque, sise sur d’énormes gisements de pétrole et de gaz, il ne fait que poursuivre des buts fixés il y a presque un siècle.

Car la doctrine de « Donroe », soit celle de Monroe, à la sauce impérialiste de Polk et très corrigée par le 47e Président Donald Trump est extensible ad libitum. Lorsqu’il était le 45e monarque US, Trump avait débarrassé l’Occident du fou furieux Abou Bakr-II, (photo ci-dessous) le calife autoproclamé de Mossoul et bientôt Daesh-Daech disparut des écrans.

Après divers essais de pacification en Europe de l’Est et dans la guéguerre sans fin des Sionistes et des Antisionistes en 2025, il semble vouloir se lancer dans une croisade contre les rogue states (les « États voyous »), chose qu’il avait condamnée sous les deux principats de GW Bush ! Et c’est un vaste programme, car entre chefs d’États corrompus, paranoïaques dangereux, cocaïnomanes et simples inaptes, il y a de quoi faire !

Mais qui va surveiller le nouveau « missionné » de Dame Démocratie ou du Dieu des US-Citizens ?

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H. Callender : Prologue pour la paix, Tallandier, 1945

S. W. Haynes : James K. Polk and the expansionist impulse, Longman, New York, 1997 (en libre lecture sur le Net)

R. C. Newton : The “nazi menace” in Argentina, 1931-1947, Stanford University Press, Palo Alto [Californie], 1992

A. M. Schlesinger Jr. : The imperial presidency, Houghton, Mifflin, and Company, Boston, 1973 :


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