DELCY RODRIGUEZ LA FIDELITE DANS LA TRAITRISE

par Javier Ruiz Portella

Juan Manuel de Prada vient de publier dans ABC ce qui est sans doute le plus virulent de ses articles incisifs et sarcastiques dénonçant la duplicité démocratique du régime de 1978. Intitulé « Au Venezuela comme en Espagne », l’article (que nous reproduisons ci-dessous) est excellent, et l’on ne peut qu’exagérer deux points concernant sa comparaison accablante entre la transition espagnole et les promesses de la transition vénézuélienne.

Une configuration d'image divisée montrant, à gauche, Nicolás Maduro en tenue officielle avec un collier de distinction et Delcy Rodríguez en train de lire un document, et à droite, un homme en uniforme militaire blanc, assis à une table et consultant des documents.

La première objection tient au fait qu’il y a une différence fondamentale entre la tyrannie à laquelle des satrapes brutaux et grossiers ont soumis un pays qui, possédant l’immense richesse du Venezuela, a été réduit à la misère et à la famine. C’est une chose, et il y a tout autre chose le régime autoritaire stupide et absurde (quel était l’intérêt de cette censure absurde qui visait principalement la dépravation charnelle ?) qui a permis à l’Espagne d’atteindre les sommets du progrès économique que nos propres rustres s’empresseraient bientôt de freiner.

Et puis il y a l’autre question, beaucoup plus générale. Juan Manuel de Prada a tout à fait raison : la Transition, orchestrée depuis Washington, vise à garantir que le Protectorat vénézuélien – dirigé par Delcy Rodríguez, qui est tout autant une traîtresse à Maduro que le roi et Adolfo Suárez l’étaient à Franco – atteigne finalement son objectif : transformer un régime de persécution ouverte des libertés en un régime où ces libertés sont légalement et formellement proclamées.

Mais cela signifie-t-il que le libéralisme partisan qu’ils entendent imposer au Venezuela est un régime de liberté ? N’est-ce pas, au contraire, un régime où le pouvoir des oligarques et la domination d’une vision du monde unique et pernicieuse sont camouflés par la reconnaissance purement formelle – « légaliste » des libertés ?

C’est indéniablement vrai. Mais entre, d’une part, le despotisme ouvert et flagrant des satrapes et des rustres qui ont plongé le Venezuela dans la misère et le désespoir, et d’autre part, le despotisme perfide et subtilement dissimulé sous lequel se cachent les oligarques et les pontes qui, au pays de l’abondance consumériste, trompent et droguent – ​​comme le dit de Prada – « aussi bien les progressistes que les naïfs de droite », lequel de ces deux maux devons-nous choisir ?

Les huit millions de Vénézuéliens qui, sans hésiter, ont fui le despotisme flagrant de leurs despotes et de leurs voyous ; tous ces Vénézuéliens qui célèbrent aujourd’hui avec joie que le Venezuela se dirige vers la domination douce et subtile du parti libéral, tous ces millions de Vénézuéliens semblent avoir une idée très claire — et ils ont sûrement raison — de quel mal est le moindre.

Photo split into two halves showing Donald Trump on the left pointing and speaking passionately, and Nicolás Maduro on the right raising his fists with a serious expression, both in political settings.


Au Venezuela, comme en Espagne

par Juan Manuel de Prada

Ces condamnations progressistes de l’agression américaine au Venezuela sont consternantes. Elles commencent par souligner l’autoritarisme de Maduro, ses violations des « droits de l’homme », ou autres inepties du même genre. Même si Maduro était la réincarnation de saint François d’Assise, les États-Unis auraient commis la même atrocité. Peu leur importe que les régimes politiques des nations qu’ils souhaitent subjuguer et piller soient autoritaires, pourvu qu’ils se soumettent à la volonté des États-Unis. Ainsi, ces progressistes qui s’en prennent à Maduro sont des agents secrets au service de l’impérialisme américain, bien plus perfides que les commentateurs de droite qui applaudissent cette agression.

Il convient de rappeler d’emblée que, dans un monde dominé par l’anglo-sionisme, le droit international relève presque de la fiction. De plus, contrairement à ses prédécesseurs (qui dissimulaient leurs agressions sous des envolées rhétoriques semblant respecter le droit international), Trump ne mâche pas ses mots et déclare sans ambages vouloir s’emparer du pétrole et des ressources naturelles vénézuéliennes. Certes, pour justifier l’enlèvement de Maduro, les Américains ont forgé le récit du « narco-terrorisme », tout comme ils avaient jadis forgé celui des « armes de destruction massive » ; car, comme nous l’enseigne un certain maître de la propagande, toute propagande digne de ce nom se doit d’adapter son ton à son public le plus crédule. Mais, outre ces concessions aux crédules, il faut remercier Trump pour son avidité sans bornes, sa grossièreté et sa franchise brutale, qui ne font que rendre les intentions rapaces des États-Unis d’autant plus flagrantes.

Ceux de droite qui applaudissent des actes aussi odieux que  le naufrage du Maine  ou l’attaque de Dewey contre la flotte espagnole  à Cavite  ont été déconcertés par les propos respectueux de Trump envers Delcy Rodríguez et son traitement méprisant de la femme qui a remporté le prix créé par l’inventeur de la dynamite. Mais Trump applique tout simplement au Venezuela le modèle que Kissinger avait utilisé en Espagne . D’abord, on se débarrasse du dirigeant qui entrave la « transition » que l’on a conçue ( Carrero Blanco en Espagne, Maduro au Venezuela) ; ensuite, on promeut une « transition » supervisée avec l’aide de traîtres de l’ancien régime, auxquels on ajoute, par collusion ou dans une mascarade chaotique, une « opposition » de personnes au service des États-Unis qui offrent une image nouvelle et novatrice. En Espagne, cela s’est fait en condamnant à l’insignifiance des figures comme Carrillo, voire Nicolás Redondo, et en promouvant Felipe González, le jeune homme favori de la CIA. Et maintenant, au Venezuela, Trump se débarrasse de la figure emblématique lauréate du prix Nobel pour faciliter un accord entre les traîtres de l’ancien régime et des candidats fantoches irréprochables, capables de tromper à la fois les progressistes et les naïfs de droite.


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