FRANCE : LE DERNIER COMBAT

par Marie-Hélène CAILLOL

Un homme en costume, sortant d'une voiture noire avec un assistant qui l'aide, regardant vers la caméra.

Dans les années 80, la France de Mitterrand a poussé pour la création de la monnaie commune en échange de la réunification allemande voulue par Kohl[1]. Elle l’a certes obtenue mais pas complètement : tant que les dettes ne sont pas mutualisées, l’euro reste une monnaie incomplète, sans capacité d’émission monétaire vers l’extérieur, sans statut de vraie monnaie internationale.  Après tout, nos amis Américains ne veulent pas d’un vrai challenger à leur dollar, alors gardons notre euro pour nos petites affaires entre Européens, l’heure de la grandeur de notre continent est derrière nous de toutes façons

Sauf que, au passage, les pays membres de la zone euro ont tout de même abandonné leur souveraineté budgétaire et monétaire sans que cet abandon ne soit compensé par des mécanismes de solidarité fiscale.

Vue du fleuve avec un bateau noir naviguant près d'un pont orné de drapeaux, et un bâtiment moderne en arrière-plan.

Le fait d’être resté au milieu du gué n’a mis que 7 ans pour poser problème : la crise grecque a tapé dur sur l’euro, obligeant la BCE à mettre en place des mécanismes ultra complexes et contraignants de stabilité (MES) pour ne surtout pas mutualiser la dette. Pas question en effet pour les pays riches de risquer de déprécier leurs bons à cause de l’incurie de quelques-uns.  Même la France, dirigée par Nicolas Sarkozy à l’époque, n’appelait pas à la mutualisation.

Emanuel Macron en revanche, dans la foulée de François Hollande, est sur le sujet depuis 2017, appelant à la création d’un budget commun de la zone euro et d’un ministre des finances pour mutualiser les risques. En 2020, la Covid lui a même permis d’obtenir d’Angela Merkel la création d’un Fonds de relance européen de 500 milliards d’euros financé par une dette commune (conduisant au mécanisme NextGenerationEU) qui constitue de fait la première instance de mutualisation de la dette au niveau de l’Union européenne. Mais depuis lors, c’est à nouveau chacun pour soi.

Affiche de protestation sur un téléphone portable, mentionnant un arrêt prévu le 10 septembre 2025 contre le plan Bayrou et pour la justice sociale.

La France de Macron continue pourtant à rêver d’une Europe qui compterait au niveau global, pas seulement pour son marché de consommateurs, mais en termes d’innovation, d’autonomie stratégique,… C’est pour ça qu’elle a construit l’Europe ! Pour que les budgets combinés permettent de tenir tête aux Chinois, aux Indiens et aux Américains.

Or la course s’accélère. Comme expliqué dans l’article suivant, l’Arabie Saoudite, la Chine, le Nigéria, le Japon, le Royaume-Uni, la Suisse… ayant tous le contrôle de leurs monnaies, sont en capacité de monter à bord du train de ce système multi-monétaire émergent. Alors que la zone euro n’est même pas sur la ligne de départ…

Alors, après tout, cet endettement de la seconde puissance économique du continent, en faisant atteindre ses limites à l’euro inachevé qui nous sert de monnaie, devient un argument de négociation. De toutes façons, la situation est bloquée : une commission européenne qui pousse à l’investissement (et donc à l’endettement), une zone euro qui interdit toute mutualisation des dettes, une population française qui refuse tout plan d’austérité, une Assemblée Nationale aux mains des lobbies rejetant toute taxation des supra-riches, des marchés qui veulent de la stabilité, une Amérique qui détruit les anciens systèmes de solidarité,…

Et cette fois, ce n’est plus la Grèce qui fait défaut, mais la France. Le reste de l’Europe est-il prêt à en assumer les conséquences ? Parce que dans tous les cas, l’euro à l’ancienne va disparaître : soit on mutualise la dette, soit on renationalise la monnaie… La France est un trop grand pays pour rester coincé dans un carcan monétaire qui lui coûte cher, lui coupe les ailes, et ne permet même pas de rester dans la course globale. Si Macron perd, la France passera aux mains de politiciens qui pensent que pour compter sur la scène internationale du XXIème siècle, il y a d’autres moyens que de faire cause commune avec ses voisins…

Voilà les termes du bras de fer qui se joue d’après nous entre la France et le reste de la zone euro.

Tout comme de l’autre côté de l’Atlantique, la rationalité budgétaire de la banque centrale cèdera-t-elle à l’injonction du politique ? Pas gagné… La France est bien seule en Europe à rêver de grandeur européenne…

Source : geab.eu

Image d'un panneau vert avec le texte 'à noter!' en blanc, accompagné d'un point d'exclamation.

La contribution de la France au budget de l’Union européenne devrait atteindre 28,8 milliards d’euros l’an prochain, soit une hausse de 25 %.

Union européenne. Grosse inquiétude à Bruxelles suite à la déclarations de Marine le Pen de raboter la contribution de la France au budget européen et de faire ainsi 8 Mds€ d’économie. D’autant que Paris constitue, derrière Berlin, le deuxième « contributeur net » au budget de l’UE : en 2023, la France a fourni près de 26 milliards d’euros à l’UE, qui a, elle, investi 17 milliards dans notre pays.

Illustration d'un mégaphone avec le texte 'NE PAS OUBLIER !' en lettres orange sur un fond blanc, soulignant l'importance de ne pas oublier un message.

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https://www.terreetpeuple.com/economie-reflexion-43/10548-qui-commande-reellement-en-europe.html

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