par Bernard PLOUVIER
Les symboles ne paraissent universels qu’aux humains qui partagent une même croyance. Car il en va des symboles comme de toute autre pensée humaine : ils sont acceptés ou repoussés en fonction de la structure mentale des observateurs et de leurs intérêts, personnels ou communautaires.

On en revient toujours, en dernière analyse, à la programmation génétique des individus. Certains êtres sont génétiquement voués à l’ordre et à la construction, d’autres destinés au fouillis plus ou moins artistique et à la destruction. Au plan éthique, certains êtres sont programmés pour être le plus souvent possible bons et miséricordieux, altruistes et dévoués à leur idéal, d’autres pour l’égoïsme, le plus étroitement individuel ou de nature tribale.

La faculté de transcendance, propre à l’humanité, n’apporte que des tentatives de justification et des représentations symboliques. Les poètes et les philosophes qui ont élaboré de jolis contes ou des œuvres fantasmagoriques sur le thème de l’éternel recommencement, du cycle perpétuel création-destruction- reconstruction sont aussi nombreux que leurs concurrents qui préféraient considérer la fuite inexorable du temps et la disparition des êtres sans espoir de retour.

Du Crépuscule des dieux hindou et de l’Armageddon babylonien à la formule d’Héraclite « Penta rei » (Tout s’écoule), il existe en effet une énorme différence de conceptions de l’histoire et du destin de l’être humain. Les deux premières légendes font référence à une conception cyclique des époques et au cycle des réincarnations. La phrase d’Héraclite est une explication linéaire de l’histoire, selon laquelle rien de nouveau n’est jamais semblable au passé.

Et l’on peut trouver des arguments pour ces deux conceptions opposées. Le déroulement des faits historiques démontre en effet que, si l’histoire ne se répète jamais stricto sensu, « elle bégaie ». Amenant au jour des situations très voisines à défaut d’être identiques, l’histoire des communautés humaines, dont l’essentiel du matériel génétique n’a guère varié depuis des dizaines de milliers d’années, provoque des réactions qui suivent des schémas déjà connus, les nations empruntant, consciemment ou non, des chemins déjà explorés.

Il n’est pas étonnant que les hommes des civilisations panthéistes ou polythéistes, dont le dogme eschatologique est en faveur de la réincarnation des âmes selon un cycle indéfiniment prolongé ou limité à quelques expériences, adoptent un symbole de dynamique récurrente : la roue ou le moyeu d’une croix quadri-potencée (prenant, pour les Grecs, l’aspect d’un quadri-gamma d’où le nom de Croix gammée). (https://www.radha.name/news/india/swastika-in-indian-culture)

Le symbole du Swastika n’est nullement associé à une race ou à une civilisation précises, mais témoigne d’un parti pris de pluralité des existences, de la croyance en une histoire cyclique des êtres et des civilisations. On aurait pu croire en une spécificité asiatique et amérindiennes, si nombre de poteries crétoises et grecques antiques n’en faisaient un élément décoratif fréquemment utilisé. De même, la Renaissance Carolingienne des VIIIe et IXe siècles en a abusé.

Le Swastika symbolise presque de façon parfaite le mouvement perpétuel. Il permet toutes les divagations imaginables sur le thème de « l’éternel retour ». Et Martin Heidegger, le philosophe à l’esprit le plus lourd du XXe siècle, qui n’hésitait jamais à balancer un pléonasme inutile, a insisté sur « l’éternel retour du même », ce qui – du point de vue de l’historien – frise l’imbécillité.

Sur ce thème de l’éternel recommencement, une multitude de penseurs et de fumistes ont beaucoup brodé, singulièrement sur le sens de rotation, dextrogyre ou lévogyre, certains pontifes estimant leur sens bénéfique et l’autre maléfique, tandis que les génies de la chapelle concurrente se faisaient une joie de soutenir l’inverse.

On a multiplié parfois le nombre de « bras » issus du moyeu, créant un dessin comportant de moins en moins de vide, d’où l’expression « Soleil noir », qui a ouvert la voie à d’autres divagations. Car, inévitablement, l’on a fait appel à l’avatar local du Satan perse antique pour stigmatiser les ennemis des autres tribus ou nations et les déviants au sein du groupe régional ou national. L’adoption de la forme opposée à la représentation jugée « démoniaque » donnait l’assurance d’appartenir au groupe protégé par la divinité bienfaisante. Entre occultistes de clans ennemis, on se fait une guerre à outrance, aggravée par la perversité de sujets « agités du bocal » (en termes plus nobles : « mentalement dérangés », voire, pour les savants, des psychotiques délirants).

Il n’est pas étonnant qu’Adolf Hitler, un panthéiste, convaincu de l’existence du cycle des réincarnations des âmes, elles-mêmes émanations du Grand Tout, (qu’on lise ses Propos sur la guerre et la paix), ait trouvé bon et très utile le Swastika, remis au goût du jour par divers combattants allemands de la Grande Guerre, puis par les indépendantistes finnois et lettons et par ceux qui combattaient les hordes judéo-marxistes en Europe Centrale et Orientale. En digne positiviste – si l’on préfère, en homme féru de sciences et de techniques -, Adolf Hitler a imposé le Swastika dextrogyre, celui de l’écoulement du temps mesuré par les horloges occidentales.

Si la flèche ou un torrent peuvent symboliser la conception linéaire du temps et de l’histoire, le Swastika symbolise la conception cyclique. On ne voit aucune raison de renoncer à cette symbolique vieille de plusieurs millénaires et adoptée par de nombreuses nations dans tous les continents, quand bien même un lobby de haine voudrait s’y opposer.

L’humanité est riche d’une multitude de traditions. Cette diversité est un signe du génie protéiforme de l’esprit humain. Que cette réalité plaise ou non à certains théocrates et ploutocrates n’est d’aucune importance. Chaque être humain doit être libre de penser ce qu’il veut et d’exprimer cette pensée, la censure n’étant légitime qu’en matière de calomnie et de pornographie.

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