REINDUSTRIALISER LA FRANCE ?!

par Jean-François GENESTE

C’est l’un des nouveaux mots clés : « réindustrialiser », sous-entendu, la France. Ce slogan ira très probablement rejoindre, dans les poubelles de l’histoire, la blockchain, l’IA (qu’on appelait programmation dans les années 70 du siècle dernier), le calcul quantique et j’en passe. Non pas que ces technologies ne seront pas employées, mais elles seront très loin d’être l’eldorado promis ! Mais, là, ce sera encore pis, car notre pays maintenant n’est pas industrialisable à nouveau, en tout cas, pas comme on l’entend habituellement ! Nous allons tenter d’expliquer pourquoi.

Commençons par constater que l’activité manufacturière, surtout pour des produits complexes, c’est d’abord un écosystème composé d’une myriade de petites entreprises. Or, ce tissu, à l’origine présent, a tout à fait disparu dans la plupart des secteurs. Le reconstituer est franchement impossible.

Que nous reste-t-il donc ? Nous avons quelques grands groupes spécialisés qui sont davantage internationaux que français. Les décisions y sont prises par les actionnaires et nous avons vu récemment certains des patrons qui les dirigent menacer de se délocaliser sous des cieux fiscalement plus accueillants, à l’instar de Bernard Arnaud[1] ou Florent Ménégaux[2]. A leur décharge, leur rôle est de satisfaire leurs actionnaires qui ne sont pas français en immense majorité. Il leur faut donc justifier pourquoi ils restent dans un pays parmi les plus taxés au monde.

Modèle conceptuel de l'Airbus ZeroE, un avion à hydrogène, survolant un ciel bleu avec des nuages.

Nous sommes par conséquent contraints d’étudier quelques fleurons particuliers. Commençons par Airbus et un scandale qui fait très peu de bruit alors que ce devrait occuper la Une des journaux. En effet, la compagnie vient d’annoncer qu’après avoir consommé 1,5 milliard de subventions d’État qui lui ont été précipitamment attribuées durant l’épisode Covid, elle arrête le développement[3] de l’avion à hydrogène et, soi-disant, le reporte de 10 à 15 ans. Cela est tout simplement honteux ! Il convient de stigmatiser cette bévue d’Airbus qui a laissé penser que l’hydrogène est le carburant de l’aéronautique alors que ce gaz était connu au tout début de l’aventure, c’est-à-dire au début du XXe siècle ! Et si on ne s’en est pas servi à l’époque, c’est bien que ce n’était pas adéquat. Et en plus ils prennent nos anciens pour des demeurés !

Plus grave, on savait, depuis la mode du vert en tout genre et des transitions foireuses, qu’un avion à hydrogène n’était t pas faisable pour bien des raisons que nous ne détaillerons pas ici. On ne comprend donc guère comment, malgré de nombreux rapports internes, on a réussi le tour de force de dire que c’était l’avenir quand ce ne pouvait l’être.

Infographie présentant les concepts d'avions Airbus ZERoE, mettant en avant trois modèles : Turboprop, Blended-Wing Body, et Turbofan, chacun avec des spécifications sur la capacité de passagers et l'autonomie.

Étonnant encore cette idée saugrenue de l’État de lâcher 1,5 milliard d’euros sans discussion pour un développement dont on savait à l’avance que ce serait un flop. On se demande bien comment cela a pu être présenté et validé. Après tout, Airbus n’est pas motoriste et du côté de Safran, on doit quand même être au courant de ce que veut dire un engin à hydrogène, non ? On aurait aussi pu se renseigner chez Renault ou PSA avant de raconter n’importe quoi. Enfin, si l’on avait simplement lu les rapports du Department of Energy (DOE)[4] américain, on aurait vu que cela était pour ainsi dire écrit en toutes lettres : dans un réservoir d’hydrogène, le contenant représente 95% de la masse et l’augmenter à 7% était considéré comme extrêmement disruptif !

Mais certains n’hésitent pas à annoncer, sur des radios ou télévisions complaisantes, qu’ils raseront gratis demain et, dans la coulisse, disent qu’ils s’en fichent quand ils sont interrogés par les équipes techniques, car, comme leur carrière est relativement limitée, lorsque la non-faisabilité apparaîtra au grand jour, ils affirmeront tout bonnement que leurs successeurs n’ont pas été à la hauteur… Belle mentalité !

Les mêmes médias conciliants qui ont fait les gros titres lors des déclarations tonitruantes seront, bien entendu, nettement moins démonstratifs au moment où il faudra reconnaître, la queue entre les jambes, que rien n’a marché.

Et que dire de l’État qui semble être une volaille sans tête, incapable d’avoir des services techniques ou des conseillers dignes de ce nom, aptes à détecter ce qu’il convient d’appeler des fraudes ? On peut se gausser des avions renifleurs de Giscard, mais ce qui se fait en ce moment est bien pis !

Camp de Canjuers, le 3e régiment d’artillerie de marine CAESAR à 4 pièces armé par la 1ere batterie qui réalise des tirs avec l’appuis du système de mini drone de renseignement (SMDR).

Restons plus ou moins dans le secteur et regardons l’armement, domaine qui, lui aussi, a le vent en poupe, puisque, soi-disant, il faudrait réarmer. Et, comme la défense échappe aux règles de l’OMC et de l’UE à la fois, on pourrait y mettre des conditions de très nette distorsion de concurrence. Mais, là encore, la corruption intellectuelle règne. A deux titres !

Le premier, c’est le résultat de ce que nous avons vu sur le champ de bataille ukrainien : tous nos équipements ont été déclassés par ceux des Russes. Et que nous propose-t-on ? De produire davantage d’armements… obsolètes ! C’est tout aussi vrai qu’ils soient européens ou américains. Et donc, les 800 milliards que l’UE n’a pas, mais qu’elle souhaite avoir, seraient dépensés en vain. Espérons que ce système se bloquera avant que les profiteurs, en particulier ceux de Bruxelles, s’en mettent plein les poches comme cela s’est fait, potentiellement, avec Pfizer & Co. pendant le Covid.

La deuxième raison a fait l’objet d’une déclaration russe. Avec 150 millions d’habitants pour 17 millions de km² (contre 500 millions pour 4,5 millions de km² pour l’Europe), Moscou ne peut se permettre une guerre symétrique du type de celle menée en Ukraine. Le conflit serait donc nucléaire, voire, avec un peu de chance, après des bombardements d’avertissement par Oreshnik. Reste à savoir comment l’on répondrait, mais le risque de dégénérescence en affrontement nucléaire serait alors important. Dans ces conditions, il ne sert à rien de produire et de réindustrialiser via la fabrication massive d’armements déjà existants et inutiles.

Or, a priori, même si c’est absolument faux, la propagande nous assène que nous avons un seul ennemi, la Russie. La logique voudrait donc que l’on se développât en fonction de cette menace principale et que l’on agisse efficacement. Or, tout ce qui est proposé est… nul ! Et à force de dire que c’est la Russie notre adversaire, nous ferions bien de faire attention à ce que le danger ne soit pas autre, non prévu par les augures, bien entendu, et qui nous « surprendrait comme un voleur » le jour venu.

Panneau d'accueil d'ArcelorMittal à Florange, indiquant les bureaux de l'entreprise.

Gaussons-nous d’abord de ceux qui veulent le faire avec de piètres recettes qui ne fonctionneront pas ; de ceux qui n’hésitent pas à magouiller jusqu’au fond du pot de la compromission et du mensonge – bien que là, il vaudrait mieux pleurer ; et moquons-nous de ceux qui répètent comme des perroquets les antiennes du moment : réchauffement climatique, biodiversité, IA, quantique, blockchain… et toutes celles à venir, car, en ce domaine, la bêtise semble être illimitée. Au passage et pour le plaisir de la provocation : les Américains ont su aller sur la lune avec des règles à calcul et, quand ils ont commuté sur l’ordinateur, ils n’y sont plus arrivés. Peut-être que l’on peut prendre l’avion aujourd’hui et que, dans quelques années, dans l’idiocratie[5] occidentale, lorsque l’on sera passé à l’électrique et/ou à l’hydrogène, on ne le pourra plus !

En attendant, comme le disent les Chevaliers du fiel[6], nous, on cotise !


[1] https://www.youtube.com/watch?v=jfPNpvrfnfA

[2] https://www.youtube.com/watch?v=72mZK5G4YxI

[3] https://www.novethic.fr/economie-et-social/business-model-en-transition/avion-hydrogene-difficultes-filliere-hydrogene

[4] https://www.energy.gov/

[5] https://fr.wikipedia.org/wiki/Idiocracy

[6] https://www.leschevaliersdufiel.com/fr/

Source : https://cf2r.org/tribune/gaussons-nous-de-ceux-qui-veulent-reindustrialiser-la-france/


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