LA FIN DU PASS CULTURE ?

par Michel LHOMME

Milieux enseignants et culturels en colère après le gel du Pass Culture collectif

Les établissements scolaires ont appris jeudi de manière brutale et unilatérale le gel jusqu’à la fin de l’année scolaire du budget alloué à la part collective du Pass Culture, un dispositif qui permet aux collèges et lycées de mener des projets culturels (cinéma, spectacles vivants, etc.). Cette annonce surprise a suscité de vives réactions des syndicats d’enseignants et de chefs d’établissements. Sont en particulier visées, les sorties cinéma pourtant essentielles à l’éducation à l’image des nouvelles générations addictes aux écrans.

De la Comédie française qui se dit lundi soir « très inquiète » à un lycée de Marseille dans lequel « une grande partie des projets » culturels sont financés via la part collective du Pass Culture, la suspension de ce dispositif a fait en quelques jours l’unanimité contre lui. 

Tous dénoncent la violence et la brutalité de la décision après l’annonce par les rectorats en fin de semaine dernière du gel du budget alloué à la part collective du Pass Culture – pendant pour les établissements scolaires de ce Pass (qui accorde aux jeunes de 15 à 18 ans 300 euros à dépenser dans la culture). Toutes les programmations de sorties théâtrales par exemple de mars à juin non validées la semaine dernière sont désormais supprimées et par conséquent de nombreuses compagnies amateurs ou professionnelles se retrouvent en réalité menacées car sans travail.

L’accès des jeunes à la culture serait donc sacrifié par Elisabeth Borne. Sur cette dernière incartade de la rigueur budgétaire, le monde de la culture est en train de monter au créneau.

En salles, des élèves prévus pour assister à des projections cinématographiques ou à des représentations théâtrales ont été renvoyés car ces sorties n’étaient plus financées. Les proviseurs et les chefs d’établissement, les intendants de lycées ont été prévenus sans anticipation au dernier moment. C’est donc du jour au lendemain que les sorties prévues ont dû être supprimées (moyens de transport compris), une suppression rendue possible à effet immédiat parce que l’argent public du dispositif pass-culture n’était pas géré localement par les rectorats mais centralisé par une société privée, une de ses nouvelles start-up du macronisme qui obéissant à un budget fiscal annuel peut ne pas tenir compte du budget alloué aux établissements par année scolaire (de septembre à juin).

Outre le dommage pour l’éducation des jeunes à l’image et au théâtre pourtant plus que nécessaires  au lieu de l’éducation sexuelle au genre promise par Elisabeth Borne, la nouvelle de cette suppression budgétaire des sorties culturelles affecte grandement de nombreux artistes et acteurs culturels menacés désormais de chômage ou pour certaines salles ou compagnies de fermeture de leurs portes.

Notons que la presse aux ordres est restée muette sur le gel immédiat du budget de la semaine dernière comme vous l’avez peut-être remarqué, elle n’a pas aussi couvert les voyages à Mayotte de la Ministre de l’Education et celui des Outre-mers alors que Mayotte a subi toute la semaine dernière des actes de vandalisme et d’agressions physiques contre les biens et les personnes ainsi que l’arrivée de nouveaux kwassas remplis de clandestins africains en particulier somaliens et congolais.

Lundi après-midi, une quarantaine de personnes se sont en tout cas rassemblées devant l’Assemblée nationale contre le gel brutal du Pass culture collectif. Tout ce qui était en cours de tractations (entre compagnies, salles de cinéma et établissements) est annulé depuis jeudi dernier. Le site de réservations s’est même trouvé hors service lorsque les enseignants n’avaient plus que deux jours jusqu’à vendredi pour confirmer leurs ultimes projections.

Dispositif géré par le ministère de l’Éducation, le Pass Culture collectif devrait disposer en 2025 d’un budget de 72 millions d’euros. Mais en ce début 2025, au regard de la situation budgétaire, il a été demandé aux rectorats d’inciter les établissements n’ayant pas encore réservé d’action pour l’année en cours à le faire en deux jours pour bloquer les crédits: un blocage de 50 millions d’euros jusqu’en juin et 22 millions d’euros entre septembre et décembre, a expliqué le ministère. S’en est suivi un emballement naturel des enseignants sur la plateforme dédiée aux inscriptions de projets, qui s’est trouvée très vite saturée et le plafond de 50 millions a été atteint vendredi soir, dernier délai posé par  le Ministère.

Derrière ce scandale, se cache encore indirectement la figure controversée de Eric Garandeau, haut fonctionnaire et ancien inspecteur des finances, président du CNC de 2011 à 2013, conseiller culture de Jean-Jacques Aillagon (ministre de la Culture de 2002 à 2004) et Nicolas Sarkozy, devenu un macroniste zélé créateur de la plateforme du pass culture par sa société privée Garandeau Consulting. L’utilisation d’une société privée pour gérer les fonds publics du pass culture n’ont jamais été réellement éclaircis alors que dès le début Garandeau (photo ci-dessous) se félicitait en coulisses d’avoir ainsi accès aux coordonnées d’une cohorte de jeunes majeurs, ce qui ne manquerait pas selon lui d’intéresser les banques.

Reste donc à se demander si non seulement, le pass-culture était une machine à gaz mais aussi une vaste escroquerie en bande organisée de hauts fonctionnaires ?

Car le pass culture était – mais on s’en souvient peu – une des grandes promesses électorales d’Emmanuel Macron à la jeunesse française, considérée à l’époque comme « le chantier culturel prioritaire du quinquennat », et même présenté comme « une clé vers la liberté pour les jeunes » par le député ex-républicain de Seine et Marne, Franck Riester.  Le projet consistait à offrir 500 euros d’offres culturelles aux jeunes âgés de 18 ans qui sera ramené en réalité à 300 euros ? Or la réalité des chiffres montre que la généralisation du dispositif aux 800 000 jeunes d’une classe d’âge accédant chaque année à la majorité, ne fut jamais atteinte et que les conditions financières de la pérennisation du Pass Culture n’ont en réalité jamais été réunies.

Déjà en 2019, le site Mediapart écrivait que « le pass Culture procurait surtout des passe-droit » touchait peu de jeunes et n’enrichissait que ceux qui l’administraient de par une gouvernance chaotique faite d’un curieux mélange des genres entre public et privé. Le Pass Culture fut ainsi un outil culturel transformé à la fin en un véritable instrument politique de spoliation administrative.

(https://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/011119/le-pass-culture-procure-surtout-des-passe-droits).

En effet, très tôt ont été dénoncées les rémunérations aberrantes des deux principaux dirigeants de la Société par actions simplifiée (SAS) Pass Culture, qui appartient à 70 % à l’Etat et à 30 % à la Caisse des dépôts et consignations. Dans le viseur, Mediapart dénonçait Damien Cuier, président de la SAS, et Eric Garandeau, son conseiller. Damien Cuier, ancien conseiller de Jean-François Copé et dont le nom a été cité dans l’affaire Bygmalion (mais qui n’a pas été poursuivi), aurait ainsi touché 170.000 euros par an et pour Eric Garandeau, à la tête de sa société de consulting, 6.000 euros mensuels. Garandeau Consulting, c’est précisément la plateforme du Pass Culture qui fut également grassement rétribué (651.600 euros par exemple entre septembre 2018 et mai 2019). (https://www.ouest-france.fr/societe/faits-divers/6-000-eu-pour-un-tiers-temps-les-remunerations-de-dirigeants-du-pass-culture-font-tousser-6617537 et https://www.capital.fr/economie-politique/les-folles-remunerations-des-dirigeants-du-pass-culture-1354419 )

L’une des principales missions de Garandeau était au départ de trouver des fonds privés pour financer le Pass mais comme aucun acteur du privé n’avait voulu mettre la main à la poche pour une telle usine à gaz, ce dispositif a été financé entièrement sur des fonds publics mais qui nonobstant étaient gérés par une société privée, la société du pass culture, Garandeau Consulting !

Une enquête  a d’ailleurs été ouverte pour favoritisme et détournement de fonds publics en lien avec les activités de conseil d’Éric Garandeau pour le Pass Culture par le parquet national financier (PNF) en novembre 2023 pour favoritisme, détournement de fonds publics (entre 1 million et deux millions d’euros) et recel de ces délits après un signalement de la Cour des comptes.

(https://www.lefigaro.fr/flash-actu/pass-culture-une-enquete-ouverte-pour-favoritisme-et-detournement-de-fonds-publics-20240619 ).

Cette enquête, confiée à la Brigade de répression de la délinquance économique (BRDE) de la police judiciaire, se penche actuellement sur les nombreuses activités de l’ancien président du Centre national du cinéma, missionné par l’ancienne ministre Françoise Nyssen, l’éditrice d’Actes-Sud comme l’un des pilotes de la mise en place du Pass Culture. Depuis Éric Garandeau a démissionné du Pass culture mais est devenu directeur des affaires publiques pour le réseau social chinois TikTok, maintenant néanmoins sa société-écran comme sous-traitant numérique du dispositif du Pass !

La Cour des comptes avait en tout cas épinglé en juillet 2023 le recours du gouvernement «dans des conditions discutables » à des  consultants extérieurs lors de la mise en place du Pass. Elle avait dressé «un bilan sévère de la phase de préfiguration» de ce dispositif phare de la politique culturelle, voulu par le président Emmanuel Macron, entre 2017 et 2022 mettant  en cause notamment, la façon dont a été piloté le projet en 2017 et 2018, «de manière excessivement informelle» par le biais d’une «start-up d’État», qui a elle-même fait appel à des prestataires privés et des sous-traitants. La juridiction administrative chargée de s’assurer du bon usage de l’argent public avait souligné n’avoir pu «reconstituer la liste et les fonctions précises» des consultants ayant travaillé sur la mise en place de l’outil culturel «qu’avec difficulté» ! Pour la Cour des Comptes, le pilotage du Pass Culture a été emblématique des dérives du recours extensif à des consultants extérieurs pour des missions de nature administrative et politique, tous ces machins et officines que les hauts fonctionnaires ne cessent artificiellement de créer pour en réalité se remplir les  poches, pointant ainsi de fait le rôle nuisible à l’intérieur de l’Etat des hauts fonctionnaires en particulier de Bercy, de leur recrutement par les biais des classes préparatoires et des grandes écoles sélectives de l’entre-soi bourgeois. La véritable plaie de l’Etat français se trouve en réalité logée là au creux même de son fonctionnement bureaucratique et administratif n’ayant de cesse de confondre argent public et argent privé et pas forcément chez les grands entrepreneurs privés, ces « rats du navire » dont parlait récemment la secrétaire de la CGT, Sophie Binet. C’est en fait cette caste administrative auquel appartient aussi l’élite syndicale qui est la véritable plaie de l’Etat français.

(https://www.msn.com/fr-fr/actualite/france/pass-culture-enqu%C3%AAte-pour-d%C3%A9tournement-de-fonds-publics-sur-les-activit%C3%A9s-d-un-ancien-consultant-devenu-repr%C3%A9sentant-de-tik-tok/ar-BB1owZpa) .

Si le pass individuel de culture peut être questionnée, la suppression du pass culture collectif qui permet aux jeunes élèves du primaire au lycée en passant par le collège de voir des spectacles et très souvent de découvrir des classiques du cinéma qu’ils ne verraient jamais autrement est un très mauvais signe donné à l’éducation, une éducation des générations futures sacrifiée sur l’autel de la dette et l’on se rappelera ici la phrase d’Abraham Lincoln :

Par ailleurs et pour rester un peu dans le domaine du cinéma, depuis quelques semaines, une campagne de dénigrement secoue la Cinémathèque française dans sa gestion avec en plus, un rapport rendu public très opportunément par la Cour des Comptes hier 4 février (https://www.liberation.fr/culture/cinema/cinematheque-francaise-dans-un-nouveau-rapport-la-cour-des-comptes-questionne-des-statuts-obsoletes-et-une-forme-dentre-soi-20250204_DUGSEBL46JDMDIKKBOALCMH7RE/)

Ne nous y trompons pas, même si des critiques peuvent être formulées à l’encontre de la politique culturelle de la maison, ces campagnes de déstabilisation ne visent qu’à diminuer drastiquement le budget, à en supprimer les capacités créatives de production, bref à réduire la Cinémathèque française à n’être plus qu’un musée de cire délabré du Septième art ! (https://www.lefilmfrancais.com/cinema/170473/repenser-la-cinematheque-francaise)


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