INCESTE, VIOL ET PÉDOPHILIE 3/3

par Claude TIMMERMAN

Giuseppe Bertini, Parisina, 1854

– Parisina Malatesta (fille du condottiere Andrea Malatesta), est la deuxième épouse de Nicolas III d’Este, marquis de Ferrare (autre condottiere célèbre du temps). Arrivée dans une cour fort libertine et peuplée des innombrables bâtards de son nouvel époux, l’adolescente sera surprise en plein adultère avec son beau-fils Ugo en mai 1425. Emprisonnés, les deux amants seront exécutés le 21 mai.

L’histoire romancée du drame sera contée et vécue quatre siècles plus tard par lord Byron qui écrit le poème Parisina  en 1816. (Ce texte sera repris par Felice Romani pour rédiger un livret d’opéra mis en musique par Gaetano Donizetti en 1833).

Girolamo Domenichini, La condanna di Ugo e Parisina (1836), Museo dell’Ottocento, Ferrara.

Mais la date de 1816 est d’importance : Lord Byron vient aussi de rompre avec sa femme Anne Isabella Milbanke dite  « Anabella » lassée de ses frasques, de son infidélité incestueuse et de sa bisexualité. Lord Byron s’est décidé en effet à clore la grande et dramatique histoire d’amour de sa vie qui finit en scandale : Augusta Leigh est sa demi-sœur (fille du premier lit de son père) mariée avec son cousin le colonel George Leigh, dont elle a de nombreux enfants :

Byron vivra avec elle cinq ans d’une passion dévorante marquée par la naissance de sa fille Elisabeth Médora Leigh-­Byron ce qui provoquera un scandale le contraignant à quitter définitivement l’Angleterre.

Julien et Marguerite de Ravalet sont les enfants de Jean III de Ravalet, seigneur de Tourlaville. Julien de Ravalet naît en 1582 et Marguerite en 1586 au sein d’une famille qui compte onze frères et sœurs. Rapidement, leur complicité fraternelle se mue en relation incestueuse, qui contraint leurs parents à les séparer. Ils envoient Julien au collège de Coutances à treize ans. Trois ans plus tard, au retour de Julien, Marguerite est mariée à Jean Lefevre de Haupitois, plus âgé qu’elle de trente-deux ans, le 20 mars 1600.

Elle n’avait pas 14 ans !

Son mariage n’est pas heureux et elle fuit le château conjugal, pour retrouver son frère. Ils se cachent à Fougères puis à Paris. Arrêtés le 8 septembre 1603, sur demande de Jean Lefevre, ils sont  emprisonnés, jugés pour adultère et inceste, et condamnés à la décapitation. Jean Lèvre fera pression avec acharnement pour que sa femme soit condamnée. Malgré une requête de grâce de leur père, ils sont exécutés le 2 décembre 1603 au matin, en place de Grève à Paris, après que Marguerite a accouché. Il avait 21 ans, elle en avait 17.

La Mort de Jean d’Armagnac, lithographie de Delaunois d’après une peinture d’histoire de Louis-Henri de Rudder exposée au Salon de 1835.

Jean V d’Armagnac, fils de Jean IV, comte d’Armagnac et de Rodez, et d’Isabelle d’Évreux-Navarre, est né en 1420 et mort le 6 mars 1473 à Lectoure. Vicomte de Lomagne, il devient comte d’Armagnac, de Fezensac et de Rodez à la mort de son père en 1450. Jean V revient alors en Gascogne, il a 30 ans, n’est pas marié, et se retrouve à Lectoure avec sa sœur qui a 10 ans de moins que lui et qui, si on en croit le chroniqueur Mathieu d’Escouchy, « était pour ces temps une des plus belles femmes du royaume de France« . Mais, dit-on, « si la beauté lui avait été largement dispensée, elle avait la tête un peu faible ». Jean V songe sérieusement à épouser Isabelle. Des hommes de loi, des théologiens sont consultés et concluent qu’il faut obtenir une dispense du Pape Nicolas V. On en fait la demande, mais le « ménage » a déjà deux enfants. La réponse du Pape est nette : non sous peine d’excommunication pure et simple. Jean V attend quelques mois, fait courir le bruit qu’il détient la dispense du Pape, fait célébrer son mariage officiel avec Isabelle par un curé qu’il réussit à circonvenir en le menaçant de le jeter dans la Loire s’il n’obtempère pas. Puis Isabelle a un troisième enfant. Le Pape, apprenant cela, enrage contre ce « couple » et prononce à leur égard une excommunication majeure. Le 17 juin 1455, le Roi, par écrit, réclame Isabelle pour la faire surveiller et exige de son frère une obéissance absolue. Jean V se réfugie alors dans la Vallée d’Aure en lieu sûr ; car de là il peut en quelques heures franchir la frontière espagnole. De son côté, Isabelle atteint le Comté de Palhars à la limite de la Catalogne et de l’Aragon puis élit domicile à Valence, la capitale de cette Seigneurie. Jean V, repoussé par l’armée du Roi se réfugie en Aragon chez son oncle maternel Jean II d’Aragon. Celui-ci lui conseille de faire une nouvelle démarche auprès de la Cour de Rome. En effet, le Pape Nicolas V, décédé, est remplacé par Callixe III. Obstiné, Jean V n’abandonne pas du tout l’espoir d’obtenir du nouveau Pape la fameuse dispense régularisant son mariage incestueux. Charles VII meurt en juillet 1461, le Dauphin, futur Louis XI, accède au trône. C’est une aubaine pour Jean V car ils se trouvent être compagnons de guerre. Alors, le pardon est accordé, et ses titres et biens confisqués sont restitués. Il rentre en France, bientôt suivi par sa sœur, et se retrouve à la tête de ses Seigneuries. L’année suivante, 1462, Isabelle reçoit de son « mari-frère » la jouissance des quatre petites Seigneuries dites de Quatre-Vallées (Aure, Neste, Barousse et Magnoac) sous condition formelle qu’elle ne se (re)marie pas ou entre en religion. Elle élève les trois enfants qu’elle a eus de son frère, les désignant comme ses neveux et nièces. Après une attaque elle devient paralysée, et elle mourra le 4 août 1476 à 45 ans.

Quant à Jean V, après maintes péripéties, il avait succombé lors de la prise de Lectoure sous les coups d’un archer français du nom de Pierre de Gorgias  le 6 mars 1473. Un inceste qui tint la monarchie française et la papauté en haleine durant vingt ans ! Un cas unique.

Mme Denis par Joseph Duplessis.

Fille de Pierre-François Mignot, seigneur de Mortigny, conseiller du roi, et de Marguerite-Catherine Arouet, Marie-Louise Mignot dite Mme Denis est la nièce de Voltaire. Elle épouse par amour Nicolas-Charles Denis, officier, le 25 février 1738 à Paris, ce qui provoque sa brouille avec Voltaire qui lui voyait un meilleur parti. Elle prend alors le nom de «Madame Denis» et signe ses écrits avec cette signature. Son époux meurt prématurément le 12 avril 1744. Elle ouvre alors un salon à Paris et renoue avec Voltaire, qui va en faire sa « gouvernante ». Et dès 1745 ils entament une relation amoureuse qui durera 33 ans jusqu’à sa mort (1778). Mais on ne songe jamais au caractère incestueux de cette relation…

Plaque de rue en hommage à Marie-Louise Mignot.

Marie-Louise Mignot liquide aussitôt les biens de Voltaire, dont elle est l’héritière, et se remarie à Paris le 8 janvier 1780 à François du Vivier, commissaire des Guerres, plus jeune qu’elle de treize ans. Une pseudo veuve joyeuse…                                          

Enfin pour clore cette liste des « mondanités » il nous faut évoquer une grande égérie littéraire du XIXeme siècle : Jeanne Françoise Julie Adélaïde Bernard, dite Juliette Récamier.

Fille « officielle » de Jean Bernard, notaire royal, et de Marie-Julie Matton, son épouse, Jeanne Bernard nait en 1777  à Lyon où elle sera très tôt mise en pension chez les religieuses. Ses parents vont monter sur Paris la veille de la révolution où ils seront rejoints par le banquier yonnais Jacques Rose Récamier, ami de la famille et surtout amant de très longue date de Marie Julie. Jeanne rejoindra ses parents en pleine révolution. Le 5 floréal an I (24 avril 1793), à 15 ans, en pleine Terreur, elle est mariée à Jacques-Rose Récamier. Elle nouera avec lui une relation dira-t-on affectueuse et platonique étant est très vraisemblablement sa fille naturelle !

Juliette Récamier, femme d’esprit, célèbre pour sa beauté et muse du poète François-René de Chateaubriand (1768-1848).

À partir de 1797, Juliette Récamier, à 19 ans, commencera sa vie mondaine, tenant un salon qui devient bientôt le rendez-vous d’une société choisie. La beauté et le charme de l’hôtesse, l’une des « Trois Grâces » du Directoire, avec Joséphine de Beauharnais et Theresa CabarrusTallien !

Theresa Cabarrus Tallien

Joséphine de Beauharnais

                                                   

                                                             


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