par Dionysos ANDRONIS
- A propos de Pierre Clémenti et Raymond de Witte, Le Christ n’est pas juif, Ars Magna, Nantes, 2020, 122 pages.

Comment être à la fois chrétien et antisémite ? Houston Stewart Chamberlain, l’auteur de La Genèse du XIXe siècle nous donne la réponse : il suffit de considérer que le Christ n’était pas Juif et que le peuple Galiléen n’avait rien à voir avec la race sémite. Simple en apparence, voire caricaturale, cette thèse demandait à être approfondie pour être crédible, c’est ce que firent, en 1978, Raymond de Witte et Pierre Clémenti en mettant en forme et en éditant un recueil de textes de Chamberlain qu’ils intitulèrent, non sans provocation, Le Christ n’est pas Juif. Publié chez un éditeur confidentiel, ce livre était depuis longtemps introuvable. Il est disponible de nouveau pour les non-conformistes politiques et religieux qui s’interrogent et qui cherchent.

Les deux compilateurs Pierre Clémenti et Raymond de Witte avaient d’abord édité cet ouvrage en 1977 aux Comités d’action européenne. Le nouvel éditeur Christian Bouchet, d’Ars Magna en a reproduit son contenu en 2020 pour offrir à la nouvelle génération de lecteurs francophones une perle épuisée depuis plusieurs décennies.

La phrase « notre 19e siècle » revient plusieurs fois puisque les deux co-auteurs commentent abondamment la Genèse du 19e siècle de Houston Stewart Chamberlain (1855-1927), ouvrage paru en 1899. Sur la page 33, ils disent « les juifs, ce terme semble toujours désigner quelque chose d’étranger » (op.cit., page 33). Et Chamberlain ajoute un peu plus loin : « il est fort probable que Jésus n’avait pas dans ses veines une seule goutte de sang juif » (op.cit., page 38).

Le grand historien du droit Jhering ajoute aussi : « le christianisme marque au contraire une victoire sur le judaisme » (op.cit., page 40).

Nous avons été étonnés par le fait que plusieurs ouvrages très anciens cités par Chamberlain n’étaient pas encore traduits en 1977. Même si nous avions écrit un article sur Martin Luther dans le passé, nous n’avons pas aimé ses commentaires nous disant que « nous chrétiens, sommes tout un avec le turc » (op.cit., page 51). « Et puis le Christ n’a pas dit tout ce qu’il fallait faire si la joue gauche était frappée. Pour ma part, je suis chrétien mais dans ce cas je cogne » (op.cit., page 106) nous confirme un autre commentaire sur Chamberlain.

Un peu avant la fin Chamberlain affirme « car d’abord le Christ n’était pas un juif » (op.cit., page 114). Nous aimerions seulement changer le temps du verbe en « est », comme le titre de cet ouvrage courageux nous y incite. Une conclusion péremptoire de Pierre Clémenti (1910-1982) : » Aujourd’hui nous voyons le prêtre-ouvrier cégétiste en passant par les cardinaux et les évêques en pleine hérésie, se jeter sous la botte soviétique avec soumission et ravissement pour répudier toutes les traditions qui firent la force de l’église« . (op.cit., page 119).
C’est vraiment dommage que le regretté Pierre Clémenti (1910-1982) n’a pas le même nombre de lecteurs que son acteur cinéaste homonyme d’aujourd’hui lui-aussi disparu (1942-1999) avec lequel on évitera de le confondre.
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