SEPARONS LA POLITIQUE DE LA MEDECINE !

Par Franck BULEUX

Dans les années 1980, une opposition est apparue, dans les milieux de la psychanalyse aux États-Unis (qui ont toujours quelques décennies « d’avance » sur nous), entre les tenants de la « mémoire retrouvée » et ceux des « faux souvenirs ».

En effet, un peu comme en France en ce moment dans la Jet Society, on assistait à une explosion de plaintes de personnes déclarant, longtemps après les faits d’ailleurs initialement oubliés, des abus sexuels caractérisés, attouchements ou viols, pendant l’enfance. Des adultes se mirent soudain à se souvenir qu’ils avaient été abusés sexuellement par des (très) proches, plus de vingt ou trente ans après les faits. Cette explosion de témoignages a pris pour nom la théorie des « faux souvenirs ». Pour les détracteurs de ces révélations, il ne s’agissait, en effet, que d’une création pure née d’une thérapie psychanalytique. Toutefois et en réponse, d’autres reprochèrent à ces nouveaux théoriciens de mettre en cause la parole, notamment et surtout des femmes qui se déclaraient victimes.

Les « faux souvenirs » comme résultante d’une thérapie ont ainsi laissé place à la théorie dite de la « mémoire retrouvée ». Les tenants de cette autre théorie expliquaient que nos troubles psychiques pouvaient s’expliquer par l’enfouissement de souvenirs d’évènements oubliés. Pour guérir, il fallait donc se souvenir et déterrer ce passé douloureux. S’inspirant de Freud, ce système psychanalytique se reportait au refoulement des abus sexuels subis dans l’enfance.

Le problème de la « mémoire retrouvée » est qu’elle faisait parfois appel à de « faux souvenirs » d’abus sexuels. Les nuages du passé laissent parfois apparaître des cauchemars. Ce débat était, bien évidemment, pollué par les actes de pédophilie.

Cette épidémie de faux souvenirs engendra des conflits et détruisit des familles (qui parfois l’étaient d’ailleurs déjà). Des groupes de défense des familles se mirent en place au début des années 1990 (toujours outre-Atlantique) et les tribunaux américains devinrent prudents sur les abus sexuels supposés et dénoncés par des enfants devenus majeurs ayant recouvré la mémoire.

On voit que, quelques décennies plus tard, ce débat commence à poindre avec les dernières affaires concernant des personnes et des familles, plus décomposées que recomposées, connues, en France.

Sans s’engager dans un débat qui concerne le tréfonds des personnes, l’inconscient dirait Freud, deux éléments semblent à prendre en considération dans cette controverse : la politique et la psychanalyse.

D’abord, la politique par l’intégration de la sexualité dans son large périmètre selon l’acception « Tout est politique ». Il apparaît évident, preuves matérielles à l’appui, que des politiques et des intellectuels ont lié, dans les années 1970, leurs propres pratiques sexuelles au politique. Il se devait que le réactionnaire, l’homme de droite, n’eut qu’un conjoint, celui épousé devant Dieu. Le réactionnaire provincial (voir les films de Claude Chabrol, fameux réalisateur mais militant tout de même pour ceux qui ont des yeux pour voir et de l’esprit critique pour décrypter) pouvait – et avait forcément souvent – avoir une vie sexuelle dépravée mais toujours cachée (la taverne la plus cachée de la commune de 20 000 habitants…). L’homme de gauche était épanoui car il pratiquait, à découvert, toutes les sexualités possibles, quitte à en inventer. La boîte de nuit glauque et hostile retenait le notaire provincial (voir l’affaire de Bruay-en-Artois sur la dénonciation gauchiste de la vie privée d’un homme célibataire notaire) aux mœurs torrides et horribles (sur ce point, la Gauche prolétarienne de l’immonde Sartre était d’accord avec ce constat peu réjouissant de l’être humain) et la piscine ou le lit ouvert à tous, dans un contexte quasi-familial (la mode de la literie la plus large avec des miroirs partout autour), réjouissait les ébats des intellectuels de gauche, qui d’ailleurs, racontaient cela à Bernard Pivot dans Apostrophes, qui s’en léchait le bout de sa monture de lunettes d’envie. Eh oui, sur ce point, être de gauche permettait d’être libre et être de droite, d’être malsain en se retirant dans un bar à hôtesses comme un homme de foi (catholique, forcément catholique) se libérerait de ses propres vices dans une rue malfamée parisienne (Paris pour se cacher de la province où tout se sait). L’homme de droite quittait sa province pour devenir anonyme à Paris et l’homme de gauche quittait la capitale pour vivre ses passions dans les régions de France. Comme la fille Kouchner semble détester Sanary aujourd’hui. Et cette conception du monde, ce combat LGBTQ (dont les lettres ne semblent plus finir tellement les concepts sexuels semblent nombreux) se portait comme politique, en écharpe. La libération du monde ne passe-t-elle pas par la libération de l’enfant ? Même les mairies communistes de Seine-Saint-Denis, dans les années 1970, soutenaient leurs « animateurs » sportifs dont les actes étaient pénalement répréhensibles. La politique portait la sexualité à son apogée, celle du « laissez faire, laissez passer (sic) ». Lorsque la politique est entrée dans la sexualité du fait de nos « boomers » nés après la Seconde Guerre mondiale, le ver était dans le fruit.

Ensuite, car la politique n’est pas tout, le monde de la psychanalyse. Car il est évident que les personnes, largement majeurs, qui dénoncent parents, beaux-parents et proches ont suivi et subi de longues années de psychanalyse. Ils passent dix ans devant un psychiatre puis direction l’éditeur sans même passer par la case « justice ». C’est la mode chez les « sachants », ceux qui connaissent. Ils savent tout sauf ce qui provient d’eux-mêmes. Quelle crédibilité donner à ces nouveaux rois de la pensée ?

Bien sûr, loin de moi de rejeter toute révélation post-délai de prescription juridique mais il est nécessaire de constater que ces personnes agissent sous une influence médicale, un environnement psychiatrique. Quid de la responsabilité des médecins ? La loi Kouchner (dont le nom est bienvenu ici) de 2002 exige que le plaignant doive prouver la faute du praticien pour le mettre en cause (pas de responsabilité sans faute en la matière). Alors, un psychiatre peut tout dire, mieux même tout faire dire, c’est quasiment la théorie du ventriloque.

En matière de sexualité, la politique avait pris trop de place. En matière de vie publique, la médecine prend trop de place. Avant de continuer ce débat, que je reprendrais au fil du temps dans mes messages, il serait peut-être temps de dire aux docteurs Knock, à la manière de la division entre la cité terrestre et le Ciel, qu’il est temps de séparer la politique du médical. Avoir élu un fils de médecins à la présidence de la République nous donne, sur un autre sujet, celui de la gestion de la crise sanitaire, un goût de même nature.

Un commentaire

Les commentaires sont fermés.