par Gabriele ADINOLFI
« Bisogna saper perdere » (« Il faut savoir perdre ») est le titre d’une célèbre chanson des Rokes, un groupe italien des années soixante.
« Il faut savoir gagner » est une chanson que nous devrions enregistrer aujourd’hui. Car il est inadmissible qu’à un moment historique, sociologique et psychologique qui nous est absolument favorable, nous devions continuer à être les otages de la propagande et de l’appareil organisationnel des perdants, qui, grâce à leur mentalité et à leurs structures, parviennent à gagner même lorsqu’ils perdent et, surtout, à faire croire aux vainqueurs qu’ils sont des perdants, en les acculant et en les laissant hésitants et désemparés.
Passons outre les excuses habituelles

Il s’agit de structures qui se sont construites au fil du temps, qui bénéficient d’affinités anthropologiques et d’un état d’esprit subversif, disposent de moyens financiers considérables, ont derrière elles des « philanthropes » milliardaires, font commerce de toutes sortes de choses, se soutiennent mutuellement, parfois selon des méthodes mafieuses, bénéficient des derniers vestiges de l’élitisme des baby-boomers, ont constitué de véritables soviets au sein de la magistrature, toujours actifs, et possèdent des organes de presse dont les propriétaires leur sont acquis.
Tout cela est vrai. Mais, indépendamment du fait que ces structures ne sont pas apparues spontanément sous leur forme actuelle, mais sont le fruit de longues années de travail, comment est-il possible qu’aujourd’hui, à l’heure de la démocratisation anarchique des réseaux sociaux et du rejet instinctif des « valeurs » proclamées par ces gens, elles continuent à exercer un monopole incontesté sur la propagande et à violenter quotidiennement notre imaginaire collectif ?
Le problème, c’est que, contrairement aux marxistes-léninistes, les gens sont prisonniers d’un préjugé démocratique. Ils croient — ET SE TROMPENT LOURDEMENT — que tout est affaire de débat, que le consensus s’obtient uniquement en faisant circuler des idées et, enfin, qu’il suffit de remporter la majorité pour gouverner. Or, jamais autant que dans des situations de ce genre, nous ne sommes confrontés au sabotage systémique et en réseau des vaincus, de ceux que l’histoire a dépassés, ce qui est précisément le cas des prétendus « progressistes » (ils sont au progrès ce que les souverainistes sont à la souveraineté : autrement dit, ils en représentent la négation).
Je crois qu’il est temps de mettre en place une véritable école de formation des cadres consacrée au pouvoir, à la sociologie, à la méthodologie et à la communication
Je me contenterai ici de donner quelques exemples succincts qui expliquent pourquoi, dans l’imaginaire médiatique — et pas seulement à cause des médias eux-mêmes —, ce sont toujours eux qui sortent vainqueurs, tandis que ceux qui, quelle que soit leur organisation politique, se situent du côté de la nature, du bon sens et de la bonne volonté, finissent systématiquement par perdre.
Prenons les manifestations étudiantes

Elles ne sont absolument pas spontanées, et nous le savons parfaitement. Elles concernent des établissements scolaires dans toute l’Europe, mais elles ne naissent pas au sein des établissements eux-mêmes. Elles sont extrêmement politisées et portent sur des thèmes qui relèvent presque de la guerre civile. Leurs dirigeants ne représentent pas l’ensemble des étudiants, et probablement même pas leur majorité, mais ils se présentent simplement comme « les étudiants ». Quant aux autres, en Italie on parle d’« étudiants tricolores ». Autrement dit, les uns s’approprient la représentation de l’ensemble, tandis que les autres sont réduits à une faction. Une défaite sur le terrain de l’image.
Mais eux savent comment se positionner. Lorsqu’ils organisent des mouvements de contestation ou même de simples initiatives, ils ne mettent pas en avant les sigles de leurs organisations. Ils ne cherchent pas à donner de la visibilité à leur propre chapelle politique. Ils se présentent comme l’expression unitaire d’une catégorie entière — étudiants, travailleurs, chômeurs, locataires, etc. — et veillent à ce que les éléments les plus combatifs de leur entourage se distinguent, mais comme des composantes qui « prennent la tête » d’un ensemble hétérogène. Souvent, le porte-parole est un idiot utile qui n’appartient pas directement à leurs organisations politiques.
C’est ainsi que, lors de leurs manifestations violentes, voire ultraviolentes, on peut parler d’un « risque d’infiltration », sans que les infiltrés en question soient jamais identifiés par la suite. La responsabilité est alors attribuée à l’exaspération du moment, tandis que la grande majorité des « étudiants » — qui, en réalité, sont tranquillement chez eux — n’aurait rien à voir avec tout cela.
Prenons un exemple qui éclaire mieux que tout autre cette situation. Pensons à l’agitation de novebre 2021 contre le siège de la CGIL (le CGT italien), à la suite duquel des membres de Forza Nuova ont été condamnés à des lourdes peines disproportionnées. Imaginons maintenant que la même chose se soit produite au siège du syndicat UGL (le syndicat de l’Ancien MSI) . Qu’aurait-on dit ? Qu’une manifestation excessive de travailleurs, chauffés à blanc par quelques infiltrés, avait endommagé une vitrine et quelques meubles. Et, dès le lendemain, l’information aurait disparu des journaux.
Mais comment parviennent-ils à ce résultat ? Grâce à une méthodologie de travail extrêmement précise

Lorsqu’ils doivent intervenir dans un environnement social, même au cours d’une assemblée, si quatre d’entre eux sont présents, ils ne s’installent pas tous ensemble et ne prennent pas la parole depuis le même endroit pour dire la même chose, au risque d’être identifiés comme une faction et d’être facilement dénombrés. Au contraire, ils se dispersent. Sans laisser paraître qu’ils se connaissent, ils avancent des idées similaires à des moments différents et depuis différents endroits de la salle.
Cela donne l’impression que les participants réfléchissent réellement, que l’opinion qu’ils souhaitent promouvoir émerge spontanément, prend de l’ampleur, fait son chemin et devient largement partagée. De cette manière, ils rallient les indécis, les timides et ceux qui, par nature, ont tendance à suivre les autres. Ils finissent par devenir LA SALLE TOUT ENTIÈRE, alors même qu’ils n’y sont pas majoritaires.
Le moment est mûr pour des changements radicaux. Mais tant que l’on ne travaille pas, on ne produit rien. On se contente de ramasser les pommes qui tombent de l’arbre, sans empêcher les vers de les faire pourrir. Je vais donner un exemple dans lequel chacun devrait reconnaître ses propres lacunes et chercher à les corriger.
La communication

En raison de la psychologie individualiste qui prévaut dans notre camp, chaque message reçu sur les réseaux ou par courrier électronique semble être considéré comme s’il était personnellement adressé à celui qui le reçoit. À supposer même qu’il le lise, il s’arrête là. Tout au plus, il met un « J’aime ». Parfois, il commet l’erreur stupide de commenter en ajoutant des doutes, des critiques et des nuances, obligeant ainsi l’auteur à répondre. Ce faisant, il déplace complètement l’axe du raisonnement, affaiblit le message et réduit son efficacité. Ce qui aurait dû être un message poursuivant un tout autre objectif se transforme en un exercice dialectique entre celui qui commente et celui qui a publié le contenu. Et, par sa faute, le message initial fait ainsi long feu.
La démarche la plus naturelle et la plus efficace consisterait à faire circuler et à partager le message partout, absolument partout, tout comme on diffuserait l’information concernant un événement. Or, moins d’une personne sur mille le fait ! Et ensuite, ils se plaignent de voir les autres l’emporter, alors que ceux-ci suivent des logiques opérationnelles bien différentes.
Observons les professionnels, aussi indécents que soient leurs méthodes
Prenons, par exemple, les messages répétitifs des trolls russes : ils sont incessants, pressants et créent une fausse image d’une opinion publique largement russophile. Contrairement à ceux qui défendent l’Ukraine, qui argumentent, racontent et expliquent, ces individus ne font que diffuser des slogans et des contrevérités, sur un ton souvent moqueur et provocateur. Dernièrement, ils ont inventé toute une série de faux profils de Japonais, de Polonais et d’Ukrainiens, prétendant soutenir la Russie.
On ne devient pas bolchevique — et donc manipulateur, subversif et menteur — par hasard. Personne ne propose de les imiter dans leur infamie. Mais les étudier, oui. Car si l’on ne sait pas comment ils opèrent, comment peut-on espérer leur répondre efficacement ? En entrant dans une discussion sous l’une de leurs publications, avec pour seul résultat de lui donner encore davantage de visibilité ?

L’exemple des trolls russes et des réseaux coordonnés qui prolifèrent dans les médias est particulièrement révélateur. Celui qui vit isolé dans une bulle et découvre le monde à travers les réseaux sociaux peut avoir l’impression qu’il existe une opinion publique massivement favorable à la Russie.
Mais celui qui vit au contact des gens, fréquente même les organisations politiques de milieux considérées comme prorusses, va au café, à la salle de sport, accompagne ses enfants à l’école ou au football, et ainsi de suite, découvre une réalité bien différente : les prorusses sont partout minoritaires. Pourtant, la propagande utilisée comme une arme — car c’est bien de cela qu’il s’agit — a la capacité de présenter systématiquement une vision déformée de la réalité. Il en va de même pour les actuelles « émeutes » dans nos pays. Et une dernière considération s’impose ici.
Le gouvernement italien a introduit de nombreuses mesures et initiatives dans différents domaines : fiscalité, santé, éducation, énergie, culture et géopolitique, ainsi que diverses interventions concernant les entreprises. Je ne vais pas dresser ici le bilan de son action ni ouvrir un débat sur le sujet. Je tiens simplement à souligner que, jusqu’à présent, il a manqué un travail d’information continu, aussi bien sur les réseaux sociaux que dans la presse, de la part du gouvernement et de ceux qui lui sont favorables. Par conséquent, le seul récit qui domine est celui des saboteurs, qui présentent l’ensemble de son action comme un échec, comme s’il s’agissait d’un fait unanimement reconnu et incontestable.

Dans cette confrontation, le gouvernement et ceux qui parlent en son nom sont contraints de rester sur la défensive, alors qu’ils devraient prendre l’initiative. Tout cela aussi — et peut-être surtout — est le résultat d’une absence de prise de conscience de la véritable importance de la propagande et du fonctionnement de la maudite machine desFils de l’Abîme. Il est temps de remettre les compteurs à zéro afin de comprendre et d’utiliser comme il se doit la communication, la propagande et la psychologie des masses.
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