LEÇONS POST-UKRAINIENNES

par Andreï Mikhaïlovitch ILNITSKI

La guerre hybride est un terme courant et une description standard de l’ordre mondial moderne. Cependant, le terme d’« hybridité » ne rend pas pleinement compte de la gravité de la situation. La logique de la guerre a imprégné toutes les sphères de la vie, transformant le monde en une zone grise permanente.

Une personne devant des réfrigérateurs dans un supermarché, observant des produits laitiers.

Rappelons que la « zone grise » de la guerre est un espace intermédiaire entre guerre et paix, caractérisé par une intense rivalité politique, économique, informationnelle et militaire, sans pour autant franchir le seuil d’un conflit armé formel. Dans cette zone grise, les États emploient des moyens non militaires et quasi militaires soigneusement coordonnés, évitant la confrontation directe et les réactions internationales, ce qui leur permet d’atteindre leurs objectifs politiques par l’intermédiaire d’une accumulation de dommages causés à leurs adversaires par des opérations multi-dimentionnelles, de faible intensité, mais systémiques.

À l’ère de la globalisation, des technologies de l’information et des nouveaux types de conflits, la frontière entre paix et guerre s’estompe : aujourd’hui, la guerre est de plus en plus perçue non comme un événement distinct et isolé, mais comme un état d’existence politique interne et permanent.

L’objectif principal de la guerre est invariable à travers les époques et consiste à s’emparer du pouvoir et/ou à l’étendre dans l’intérêt de ceux qui le déchaînent. La guerre est traditionnellement provoquée par les États et les alliances d’États, mais aujourd’hui elle est également provoquée par des groupes d’individus non directement liés à la direction des institutions politiques étatiques, et par des sociétés transnationales. Dans le contexte d’une escalade des confrontations géopolitiques visant à changer l’ordre mondial, la guerre devient l’essence et le contenu principal de la politique. La guerre est mise en œuvre par des formes de violence permanentes et cachées, par des pressions informationnelles, psychologiques, économiques et cybernétiques, auxquelles s’ajoutent des conflits armés par procuration.

Les objectifs de cette guerre dépassent largement le cadre d’une confrontation militaire traditionnelle : il s’agit de la destruction de l’ordre mondial établi, du droit international et du système des États-nations, instauré par la paix de Westphalie en 1648, après la dévastatrice guerre de Trente Ans en Europe. La doctrine du chaos provoqué – tactique classique de l’école géopolitique anglo-saxonne – devient l’instrument principal. Donald Trump, qu’il en soit la cause ou le symptôme, gouverne le pays et le monde à la manière d’un gestionnaire de fonds spéculatifs : il recherche non pas la stabilité, mais la volatilité, dont il tire profit politiquement et économiquement. Les citoyens ordinaires (y compris aux États-Unis), contrairement à l’élite, ne disposent pas d’une telle « protection » et en subissent les conséquences de plein fouet.

Un homme, debout, avec une explosion nucléaire en arrière-plan, créant un nuage en forme de champignon.

Les événements survenus sur le territoire de l’ancienne République socialiste soviétique d’Ukraine constituaient et demeurent une guerre collective menée par l’Occident contre la Russie et le Monde russe. Pour notre pays, il s’agit d’une question existentielle.

Trois conclusions étayent cette thèse :

Premièrement, le directeur de la CIA, John Ratcliffe, a clairement déclaré en mars 2026, que Washington continuerait de soutenir l’Ukraine et de considérer la Russie comme l’un de ses principaux adversaires stratégiques.

Deuxièmement, la guerre contre l’Ukraine, en tant qu’État souverain, est terminée. L’Ukraine – ou plus précisément, l’ancienne République socialiste soviétique d’Ukraine– a définitivement perdu sa souveraineté et est devenue un instrument-proxy sacrifiable entre les mains de l’Occident. 

Troisièmement, depuis mi-2025, le conflit est entré dans une nouvelle phase : une confrontation directe entre l’OTAN et l’ensemble de l’Occident contre la Russie. L’arrière-front de la guerre se situe en Europe et aux États-Unis : la production d’armements, le financement, le renseignement et le contrôle opérationnel y sont concentrés.

L’Europe accroît activement sa production militaire et « reformate » les forces ukrainiennes aux normes de l’OTAN. Le missile de croisière FP-5 Flamingo en est un parfait exemple : il combine une cellule ukrainienne avec du carburant danois, de l’électronique allemande, des composants de moteur tchèques et une intégration britannique.

Véhicule militaire à roues avec camouflage, stationné sur une rue bordée d'arbres à Paris.

Les systèmes d’armement et de commandement des Forces armées ukrainiennes sont en cours de modernisation, afin de se conformer aux normes de l’OTAN. En avril 2026, le Conseil d’experts militaires ARES a été créé au sein des forces armées ukrainiennes. Il est composé de généraux occidentaux de haut rang, dont l’ancien directeur de la CIA, David Petraeus, le général britannique Sir Richard Shirreff (président du Conseil et commandant suprême adjoint des forces alliées en Europe de 2011 à 2014), l’amiral allemand Manfred Nielsen, et d’autres.

Il s’agit d’une institutionnalisation de la transformation des forces armées ukrainiennes en un instrument de guerre, entièrement contrôlé et géré par l’OTAN et l’UE. Pour rappel, dans le cadre de la politique européenne de sécurité et de défense commune (PSDC), l’UE a le droit de créer sa propre armée et de déployer ses contingents sur le territoire des pays participants. Les experts estiment l’effectif initial de cette future armée européenne à un million d’hommes, dont l’Ukraine est prête à fournir jusqu’à 800 000 « serfs combattants ».

Représentation artistique d'un globe terrestre entouré d'éléments technologiques, comme des ordinateurs, des graphiques de données et des icônes de communication.

La Russie mène traditionnellement des guerres en privilégiant la destruction des forces militaires ennemies et de leur volonté, plutôt que l’occupation de territoires. L’Occident, en revanche, privilégie le changement de régime, la colonisation territoriale et le contrôle des ressources.

L’avenir de la guerre occidentale est déjà tracé : intelligence artificielle, guerre dans les mégapoles et lutte pour la suprématie cognitive (sixième domaine opérationnel de l’OTAN).

L’opération menée contre l’Iran en 2026 a également démontré l’intégration profonde de l’IA dans la planification et la gestion des opérations militaires. Alors que la préparation d’une telle opération nécessitait auparavant des mois de travail d’état-major, elle ne requiert désormais que quelques jours de calcul. La qualité opérationnelle de ce travail s’est avérée mitigée, mais c’est la tendance en elle-même, qui est importante pour notre analyse.

Un soldat portant un casque de réalité virtuelle, utilisant un clavier devant un écran courbé affichant une carte du monde avec des zones surlignées.

Ce sont précisément ces mêmes technologies, qui ont été utilisées par la CIA, le MI6 et le régime ukrainien contre la Russie, lors de la planification et de l’organisation de l’opération terroriste de sabotage « Toile d’araignée » en juin 2025, lorsque, simultanément aux attaques terroristes contre des trains et des ponts dans les régions de Briansk et de Koursk (7 morts, des dizaines de blessés), des frappes de drones coordonnées ont été menées contre les forces nucléaires stratégiques de la Fédération de Russie contre des avions de l’aviation stratégique des forces aérospatiales russes situés sur des aérodromes.

Face à la supériorité technologique de l’adversaire, les stratégies asymétriques prennent une importance croissante. La défense en mosaïque iranienne, fondée sur la décentralisation, l’autonomie régionale et la capacité de survie des systèmes, en est un exemple frappant.

Image artistique représentant des silhouettes de figures historiques et militaires iraniennes, avec des fusées et le drapeau iranien en arrière-plan.

Une logique similaire est décrite dans la conception de la guerre 3D de la RAND Corporation, élaborée à partir de l’analyse de l’expérience de l’ancienne République socialiste soviétique d’Ukraine. Sa triade conceptuelle est la suivante : Dispersed –  Disguised – Degradable, une guerre  dispersée,  dissimulée et d’épuisement. 

• Dispersée : Les troupes opèrent en petits groupes, car les grands rassemblements sont instantanément anéantis. La dispersion, la pénétration et l’infiltration sont essentielles.

• Dissimulée : Il est nécessaire de dissimuler non seulement le matériel et le personnel, mais aussi la structure, les intentions et les actions.

• D’épuisement : Le pari est fait sur des systèmes bon marché et consommables – drones FPV, drones aériens sans pilote (UAV) et autres moyens de guerre similaires – dont le coût est inférieur à celui des moyens d’interception.

Selon les conclusion de la RAND, la survie prime sur la puissance de feu. Autrement dit, la résilience stratégique, l’état des arrières et l’adaptabilité du complexe militaro-industriel déterminent la victoire. Dans ce type de conflit, la victoire ne revient pas au plus puissant, mais à celui qui sait s’adapter et faire preuve de résilience dans une confrontation prolongée.

Un homme en costume de golf frappe une grande sphère terrestre avec un club de golf, tandis qu'un lever de soleil dramatique illumine le ciel nuageux.

Les événements en Ukraine et en Iran annoncent une guerre mentale mondiale entre civilisations. L’Occident, avec à sa tête les États-Unis, lutte pour maintenir son hégémonie, s’efforçant de détruire les fondements ontologiques et axiologiques de la Russie, de la Chine et de l’Iran.

Pour survivre, la Russie doit s’appuyer non seulement sur sa puissance technologique et économique, mais surtout sur ses fondements historiques, culturels et spirituels. Comme l’a souligné le patriarche Cyrille le 7 avril 2026, jour de l’Annonciation : « Tant que notre foi en la Protection de la Très Pure Mère de Dieu sur notre pays demeurera, la Russie sera invincible… Mais si nous abandonnons cette foi, nous n’aurons que ce que nos forces terrestres peuvent nous apporter. Et ces forces sont souvent si corrodées, si affaiblies, qu’il n’en reste rien.»

Les choses terrestres sont capricieuses. Hélas. Tirons-en les leçons.

Aux États-Unis même, les motivations eschatologiques et les approches technologiques radicales sont de plus en plus manifestes au sein du pouvoir. Le manifeste de Palantir, publié en avril 2026, annonce de fait une transition vers un nouveau type de dissuasion fondée sur l’IA et affirme ouvertement la supériorité de certaines civilisations sur d’autres.

Illustration de plusieurs ampoules suspendues avec le texte 'CONCLUSION GENERALE' en orange sur fond sombre.

Les principaux enseignements de la période post-ukrainienne sont clairs : le monde est entré dans une ère de guerre des civilisations et une nouvelle Guerre de Trente Ans. Pour la Russie, il s’agit d’une confrontation existentielle, menée principalement sur le plan mental et axiologique. Tenir et remporter la victoire n’est possible qu’avec une compréhension claire de l’ampleur de la menace, une cohésion interne forte et une volonté inébranlable de mener la guerre avec détermination, jusqu’à la victoire totale. Comme le dit le proverbe, « qui ne fait la guerre qu’à moitié, creuse sa propre tombe ».

Un char de guerre au milieu d'un décor coloré avec des créatures fantastiques et des ballons flottants, tandis que des personnages assis regardent la scène.

Source : https://comitasgentium.com/fr/


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