LES ENFANTS-CHIENS

par Jaume VIVES

« Les enfants ne sont plus un cadeau qu’on accueille avec joie, mais un caprice qu’on exige. Et on finit toujours par se lasser des caprices. »


Les cliniques de fertilité sont les nouveaux refuges pour chiens. Les couples s’y pressent, cherchant un remède à leurs problèmes émotionnels et aux peines de cœur infligées par le monde moderne. Certains s’attachent à un chien pour se tenir compagnie en rentrant dans leur appartement froid après une longue journée de travail. D’autres décident d’avoir un enfant lorsqu’ils se lassent de l’animal. Et bien que l’écart soit important, la différence n’est pas si grande.

Nous avons refoulé nos responsabilités et  laissé libre cours à nos caprices pour les transformer en droits . Le protagoniste, c’est moi et mes désirs, aussi chaotiques soient-ils, au point de les ériger en droits pour moi et en responsabilités pour autrui. Plus c’est absurde, plus il faudra y investir d’argent pour que, socialement, cela finisse par être reconnu comme des droits et des responsabilités. Chose qui serait autrement impensable.

Cela se manifeste peut-être le plus clairement dans la question de la dysphorie de genre, de la transsexualité, ou quel que soit le terme employé par les gardiens du politiquement correct. Mais ce n’est pas le sujet du jour. Aujourd’hui, nous parlons d’enfants. Et dans ce domaine, comme dans d’autres, les caprices des adultes ont fait des enfants les esclaves de leurs propres désirs.

L’enfant est un produit, un animal de compagnie,  mis au monde pour satisfaire  les parents A  et  B. À tel point que  les menstruations , l’amour dévoué, une relation solide ou l’ouverture à l’inconnu ne sont plus nécessaires. Le sexe n’est même plus requis. Il suffit de satisfaire un caprice. Peu importe qu’il s’agisse d’une mère célibataire, d’un couple en crise, d’un couple homosexuel ou d’un groupe d’amis qui le désirent.

L’enfant n’a aucune importance. Personne ne le prend en compte. Ce qui compte, c’est que les acheteurs soient satisfaits du produit.  Le client a toujours raison . Et pour le satisfaire, on peut louer un utérus, féconder une éprouvette, concevoir le bébé parfait ou choisir un pays exotique qui corresponde à ses goûts.

Les enfants ne sont plus un cadeau à recevoir, mais un caprice à exiger. Et, bien sûr, on finit toujours par se lasser des caprices. Si le caprice est un chien, on l’abandonne sur un terrain vague au début de l’été. Mais si c’est un enfant, on le néglige comme un chien. On le nourrit, on l’habille, on le toilette, on s’en occupe et on l’envoie à l’école, mais on ne consacre pas une seule minute à son éducation.

Et bien sûr, si  on adopte  des enfants comme on va à la SPA, il est normal qu’ils finissent par se comporter comme des chiens. C’est pourquoi il n’est pas surprenant que le monde soit plein de  jeunes qui aboient quand les choses ne se passent pas comme ils le veulent . Des jeunes qui se contentent de n’importe quoi à manger et qui se précipitent au premier McDonald’s venu. Des jeunes qui se cachent dans les buissons pour avoir des rapports sexuels bestiaux. Et des hommes qui, après avoir copulé, disparaissent avant même que leur partenaire ait eu la chance de recevoir un soupçon d’affection.

Des jeunes qui, au final, n’éprouvent ni plaisir sexuel ni plaisir gustatif, même s’ils ne pensent qu’à manger et à faire l’amour. Et pendant leurs moments de détente, ils dorment comme des chiens, accablés par la chaleur.

Les adultes gâtés engendrent souvent des enfants gâtés. Et une société d’enfants gâtés est vouée à devenir une meute où règne la loi du plus fort, même si tous mènent la même vie bestiale. Voilà l’avenir que nous construisons.

Source : https://elmanifiesto.com/


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