RÉFLEXIONS SUR LA VIOLENCE POLITIQUE

par Franck BULEUX

Le meurtre de Quentin Deranque à Lyon le 12 février 2026 (date de l’agression) par des militants qualifiés de proches de la Jeune garde antifasciste, organisation fondée en 2018 et dissoute le 12 juin 2025 a renvoyé l’image de la violence en politique, thème extrêmement délicat à aborder même s’il demeure récurrent.

Une scène de conflit impliquant plusieurs personnes dans un espace urbain, avec des gestes agressifs et des mouvements chaotiques.

Le principe des rapports entre violence et politique reste pourtant relativement simple : la violence est prohibée pour les particuliers (les militants) et seul l’État, détenteur de la souveraineté et des fonctions régaliennes (sécurité intérieure et extérieure notamment), a son monopole sur un territoire donné et reconnu. Aussi, dans un État de droit, il n’est pas question de supprimer la violence mais de la monopoliser au profit de l’État souverain. Les forces de l’ordre peuvent intervenir, créant une forme de violence légitime. C’est l’institutionnalisation de la violence exercée par le commandement légitime de la loi. La violence est illégitime sauf si elle est encadrée par la loi.

Des voitures en feu sur une rue, avec des flammes s'élevant autour d'elles.

Plus largement, le politique, par l’exercice de son pouvoir, vise à limiter, voire à supprimer toute violence illégitime. La notion de légitime défense reste une possibilité réservée aux particuliers en cas d’attaque et de riposte proportionnée à celle-ci. La violence semble donc totalement exclue du champ d’intervention de la personne humaine au sein de la société.

Pompiers intervenant sur un incendie de voiture, avec des flammes et de la fumée s'élevant dans l'air.

La politique absorbe la violence. En matière politique, la violence s’identifie à la guerre, continuation de la politique selon le général Carl von Clausewitz (1780-1831). Mais cette violence, pour extrême qu’elle soit, reste du domaine du pouvoir. Hormis la guerre, on parle parfois de « terreur d’État » lorsque la violence vient frapper les opposants, à condition qu’elle émane du régime lui-même. La violence d’État prend corps, selon la philosophe Hannah Arendt (1906-1975), lorsque le pouvoir central est affaibli. Les violences inconsidérées contre les gilets jaunes sont une forme d’expression de cette violence abusive mais cautionnée par l’État. Ce type de violence peut renvoyer nos mémoires à « la stratégie de la tension » en Italie dans les années 1970 et la première moitié des années 1980 mais aussi au fondateur de l’expression du gouvernement par la « Terreur », le révolutionnaire français Maximilien Robespierre (1758-1794). Si la violence émane de l’État lui-même, il apparaît difficile de s’y opposer sauf dans un cadre de résistance à l’oppresseur, qui reste reconnu par le droit international sous la forme parfois imprécise du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, permettant ainsi, sous certaines conditions, la résistance armée.

Manifestation violente avec des manifestants en gilets jaunes affrontant la police, barricades en métal et tensions visibles.
Sous les ordres d’EDOUARD PHILIPPE, ne jamais l’oublier !

Car, effectivement, et cela est plus fréquent, la violence peut être d’essence révolutionnaire, nécessaire pour renverser un ordre oppressif : c’est notamment la théorie marxiste pour laquelle la lutte des classes peut être violente, puisqu’elle répond à une violence sociale étatique. Il s’agit donc d’une forme de « légitime défense sociale » et non plus individuelle. L’ordre était violent (la violence est dans nos assiettes… disait il y a peu une élue écologiste végétalienne), la riposte à cet ordre est justifiée. La violence révolutionnaire est un accélérateur de l’histoire : la révolution bolchevique accélère un processus que les protocoles électoraux ou de pure négociation ne donneraient que bien plus tardivement.

Manifestation avec un feu de joie, des agriculteurs brandissant des drapeaux et des pancartes, en face des forces de l'ordre.

La violence révolutionnaire se fonde aussi sur les travaux du philosophe Georges Sorel (1847-1922), qui a déterminé la violence comme un instrument d’émancipation morale et politique, au-delà du déterminisme marxiste. Face à la force de l’État pour maintenir l’ordre, la violence prolétarienne représente l’action contre l’ordre bourgeois. Sorel valorise la valeur morale de la violence, fruit d’une action militante, fruit esthétisant d’une volonté prolétarienne, qui le distingue de la violence « utilitariste » de Karl Marx (1818-1883) , faisant que certains auteurs rapprochent le socialiste Sorel du fascisme italien avant son accession au pouvoir au début des années 1920.

Image stylisée de Georges Sorel sur fond rouge, avec le texte "GEORGES SOREL : LA VIOLENCE PROLÉTARIENNE CONTRE LE CONSENSUS BOURGEOIS".

Pour résumer notre propos, il peut exister une violence d’État comme une violence révolutionnaire visant à l’abattre.

Une foule dense manifestant dans une rue, avec des barricades en bois en arrière-plan et des personnes portant des casques de protection.

Si l’on tente de transcrire la violence qualifiée d’antifasciste à nos concepts, les résultats semblent difficiles à obtenir car si cette violence émanait du pouvoir, elle en serait l’expression de sa faiblesse et si elle était révolutionnaire, elle ferait une erreur de cible en matière d’incarnation du pouvoir.

Des manifestants tenant des tulipes blanches et des affiches avec un portrait d'un homme sur fond tricolore.

En effet, considérons que la violence des amis du député dont l’alias est Arnault (né en 1995… depuis quand un député siège-t-il sous alias ?) émane du pouvoir d’État, cela ne semble pas sérieux car ce type de violence nuit à l’image de l’exécutif : le peuple, dans son bon sens qui le caractérise, constate que Macron, Lecornu et Nunez sont incapables de garantir la paix civile et ne permettent plus la sécurité de la vie publique. La Jeune Garde n’est pas un proxy de Renaissance, convenons-en ! Pour La Jeune Garde, Renaissance est l’aile gauche du Rassemblement national.

Un groupe de personnes rassemblées sur un trottoir, apparemment en train de se battre ou de lutter ensemble pendant la nuit.

Considérons maintenant qu’il s’agisse de violence révolutionnaire, celle qui est de nature à déstabiliser, voire à renverser un pouvoir bourgeois autocrate. Cette hypothèse serait plus logique à l’aune de la pensée idéologique des acteurs présumés de l’acte criminel. Les militants de l’ex-Jeune Garde, dissoute juridiquement mais active sur le terrain de la rue, semblent principalement animés par le refus du fascisme. Puisqu’ils se revendiquent antifascistes. Mais en quoi le pouvoir est-il « fasciste » ? En clair, en quoi l’attaque criminelle contre un jeune homme de 23 ans, issu des milieux identitaire et catholique traditionnaliste est-il l’incarnation d’un pouvoir qu’il convient d’abattre ? Nous employons ici le terme « abattre » de manière littérale. En quoi le combat mené est-il révolutionnaire ? Hurler « Lyon antifa » et « Tuez-le » en cognant à cinq ou six (ou sept) personnes sur un seul homme est-il révolutionnaire ?

Image avec un fond noir et des yeux rouges, avec des gouttes de sang rouge s'écoulant en haut. Le mot 'ULTRAGAUCHÉ' est écrit en rouge en bas.

Lorsque l’extrême gauche européenne pratiquait l’action directe dans les années 1970 et 1980, leurs groupes anarcho-communistes s’attaquaient à des cibles représentant le pouvoir : des militaires de haut rang, des politiques dont les mouvements étaient au pouvoir, des hauts responsables patronaux, des présidents de sociétés nommés par le pouvoir… Les cibles des Brigades rouges italiennes, de la Fraction armée rouge (RAF) allemande, d’Action directe (pour la France) étaient des cibles représentant le pouvoir : la Démocratie chrétienne italienne (DCI), le grand patronat allemand, l’ancien P-DG de Renault, Georges Besse… Action directe, dont il a été mis fin aux activités violentes à la fin des années 1980, aurait largement eu le temps de « liquider » un militant voire un élu du Front national, présent dans les assemblées depuis 1984. L’ont-ils même tenté ? Je n’en ai nul souvenir.

Un homme portant un t-shirt avec le mot 'ANTIFA' conduit une moto sur une route dégagée.

Cette violence ne s’inscrit donc pas dans un processus révolutionnaire. Nos « cellules combattantes » qui rentrent dans leurs chambres bourgeoises éclairées et chauffées après leur accès de violence post-pubère ne veulent rien renverser du tout. Ils ne s’inscrivent dans rien. Ils dénoncent le « R Haine », slogan appris probablement lors des repas de famille trop arrosés regroupant les élites du secteur.

Alors évidemment, nos révolutionnaires « en peau de lapin » sont peut-être des combattants de l’État, des révolutionnaires « sous faux drapeau » (les fameux False Flag…). Ne leur faisons pas cet honneur.  

Quatre panneaux rouges en forme d'octogone affichant le mot 'HATE'.

Tuer pour rien. Ces militants qui s’inscrivent dans un parcours criminel pour protéger une « causerie » (comme on dit en Normandie) d’une députée européenne dont le combat s’arrête « du fleuve à la mer » (ni la Seine, ni la Saône, ni le Rhône) ne sont ni des régimistes, ni des révolutionnaires.

Ils se retrouveront, n’en doutons pas, devant une cour d’assises. Pas une cour politique, une cour de droit commun où il leur sera difficile de prouver le danger fasciste imminent pour justifier la mort d’un homme.

La justification de la violence, de Marx à Sorel, mérite mieux que des admirateurs du député d’Avignon.

"Facho" : définition humoristique d'un cri émis par une personne de gauche confrontée à la vérité.

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Un commentaire

  1. Bernard Plouvier
    L’article expose fort bien les faits
    Toutefois, l’exposé est incomplet, pour cause de délicatesse morale
    La droite-centriste molle et corrompue (Chirac – l’un des trois responsables du nouvel édit de Caracalla, celui du regroupement familial des travailleurs immigrés, pour accroître les bénéfices des producteurs et des vendeurs des biens de consommation -, puis Sarkozy, suivi de gras Holande et maintenant de Macron le dictateur mou, arrogant et totalement inapte à la direction d’un État) a laissé pourrir la situation, faute de volonté, faute de connaissances historiques, faute surtout de virilité
    On se retrouve face à la même situation que celle des années 1750-87 : une société pseudo-dirigeante pourrie se meurt dans l’abjection. Après la mort d’un roi intelligent, mais faible et adonné à ses plaisirs sensuels, arrive au pouvoir un colossal mollasson, cultivé, bon mari et bon père, un gros bourgeois ultra-catholique, incapable de gouverner dans une situation pré-révolutionnaire et l’on connaît trop mal la suite dans la France où règne depuis 1848 une propagande abjecte à force d’être mensongère sur la « Grande et Glorieuse Révolution », qui fut une véritable ignominie, jusqu’à ce qu’un homme à poigne crée les institutions qui permirent de diriger le pays et la nation (alors exclusivement d’origine européenne), de 1798 à 1968
    Puis vinrent les gaucho-crétins, en grande partie casher, qui cassèrent les cadres institutionnels avec l’aide de la bourgeoisie la plus molle et féminisée de notre histoire. La cerise sur le gâteau, ce fut la mesure immonde de 1976 et les débuts d’une immigration-invasion extra-européenne, ultra-violente depuis les années 1980 et l’agitation des résidus putrides du PCF stalinien associés à leurs ex-ennemis, plus putrides encore, gaucho-trotskistes… jusqu’au Mélenchon new look, l’hyper-ambitieux qui veut asseoir son pouvoir sur la lie gaucho-immigrée, qui sera elle-même détruite par une vague islamique-djihadiste
    Notre Nation, qui fut grande, n’est plus qu’un paillasson sur lequel les héritiers des « sans-culottes » et des « poissardes du Tribunal Révolutionnaire » s’essuient les pieds en attendant d’organiser un nouveau cycle de tueries et de vols massifs (des « transferts » à la nouvelle caste ou classe dominante).
    Il y a pourtant des moyens d’éviter la Révolution ultra-sanglante qui vient : ordonner à la police de tirer à balles réelles sur les émeutiers ; rétablir la peine de mort pour les tueurs et l’appliquer ; expédier dans leurs continents d’origine les immigrés délinquants (les criminels devant être exécutés : ils ne sont bons nulle part) ; fermer l’accès à toute immigration extra-européenne et cesser de nous casser les… pieds (pour rester poli) avec les « réfugiés » politiques, économiques etc… qu’ils aillent AILLEURS ! Enfin et surtout, chasser les pitres corrompus de notre vie politique nullissime, molle et dévirilisée.

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