QUI GOUVERNE LE VENEZUELA ?

Par Andrès OPPENHEIMER

Lors d’un séjour de près de trois semaines en Argentine et au Pérou, où j’ai interviewé les présidents des deux pays, de nombreux amis m’ont posé la même question : « Qui gouverne le Venezuela ? » Ma réponse a été de hausser les épaules et de dire : « Les mêmes personnes corrompues qu’auparavant. »

Femme souriante portant une robe verte, assise sur une chaise ornée, avec des lunettes, dans un cadre formel.

Le président Donald Trump affirme « diriger » le gouvernement vénézuélien suite à la capture de l’ancien dictateur Nicolás Maduro. Il a même publié une photo de lui sur les réseaux sociaux, se présentant comme « président par intérim du Venezuela ». Il a également déclaré avoir longuement discuté avec l’ancienne vice-présidente de Maduro, désormais présidente par intérim, Delcy Rodríguez, qu’il a décrite comme une « personne fantastique » qui suivra vraisemblablement ses ordres.

Collage d'images montrant des visages de Donald Trump et d'autres figures politiques, avec le drapeau du Venezuela en arrière-plan.

Mais le Venezuela reste gouverné par le régime de Maduro. Bien que Rodríguez ait libéré des dizaines de prisonniers politiques, des centaines d’autres sont toujours détenus, selon l’organisation de défense des droits humains Foro Penal.

Des manifestants tenant des pancartes demandant la libération de prisonniers politiques et dénonçant la torture, lors d'une manifestation pacifique.

Rodríguez a également promis d’augmenter les livraisons de pétrole aux États-Unis, une mesure que Maduro avait proposée à plusieurs reprises en échange de la levée des sanctions pétrolières américaines.

Plus important encore, Rodríguez et les hauts responsables de la dictature, notamment le puissant ministre de l’Intérieur, Diosdado Cabello, (photo ci-dessous) et le ministre de la Défense, Padrino López, continuent de contrôler l’armée, la police, les services de renseignement, les escadrons paramilitaires connus sous le nom de « colectivos », le système judiciaire et les médias d’État.

Portrait d'un homme en chemise rouge avec le logo du PSUV, parlant devant un microphone, avec un drapeau vénézuélien en arrière-plan.

De plus, Rodríguez continue d’appeler son ancien patron le « président légitime », et la télévision d’État décrit sa capture comme un « enlèvement ». Autrement dit, pour les Vénézuéliens, peu de choses ont changé. Au contraire, il existe un « madurismo sans Maduro ». (https://metainfos.com/2026/02/09/le-venezuela-sans-maduro/)

Un homme portant un grand portrait de Hugo Chávez, entouré d'une foule lors d'une manifestation en plein air, avec des drapeaux vénézuéliens en arrière-plan.

Des responsables de l’administration Trump estiment qu’il serait imprudent d’inviter les chefs de l’opposition à former un nouveau gouvernement maintenant, citant l’exemple de l’Irak après l’invasion américaine. Ils craignent qu’un tel gouvernement ne se heurte à l’opposition de l’armée et de la bureaucratie, ce qui pourrait engendrer le chaos. Mais cet argument risque de perpétuer une dictature sanglante et de faire fuir les investisseurs étrangers.

Au lieu de faire l’éloge de Rodriguez et d’affirmer à tort que la chef de l’opposition, Maria Corina Machado, « n’a ni le respect ni le soutien nécessaires au Venezuela pour diriger le pays », Trump aurait dû présenter un plan comportant des mesures concrètes pour le rétablissement de la démocratie. Or pour le moment, Trump n’a présenté aucun calendrier précis de mesures visant à organiser des élections libres, telles que le rétablissement de la liberté de la presse et du droit de vote pour les plus de huit millions de Vénézuéliens résidant à l’étranger.

Un groupe de personnes marchant dans une rue, certaines portant des couvertures et un enfant sur les épaules.

Lors de sa première conférence de presse après la capture de Maduro, Trump a longuement évoqué le pétrole, la drogue et l’immigration, sans jamais prononcer le mot « démocratie ». Il a déclaré qu’une transition pourrait prendre des années. L’ancien ambassadeur des États-Unis au Venezuela, Charles Shapiro, affirmait cependant il y a peu que le maintien du régime actuel n’apporterait pas la stabilité, mais bien le contraire. Shapiro propose que Trump nomme un groupe de personnalités pour préparer le terrain à des élections libres. Les négociations pourraient se tenir à la nonciature apostolique à Caracas, a-t-il ajouté, la diplomatie vaticane étant actuellement très active à Caracas. Sans calendrier précis pour le rétablissement de l’état de droit, Trump risque d’oublier le Venezuela, le régime de Rodríguez de se consolider en une dictature « tolérable » pour la Maison-Blanche, et le Venezuela de devenir ni riche ni libre.

Source : elcomercio.pe


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