par Jordi GARRIGA
Le slogan « Nous ne voulons pas servir de chair à canon » (Wir wollen keine Kanonenfutter sein) est scandé par des milliers de jeunes Allemands (photo ci-dessous), sidérés par la politique belliciste du gouvernement allemand qui tente de les persuader que la guerre est souhaitable.

Heureusement, pour l’instant, la Constitution allemande garantit le droit de ne pas effectuer son service militaire contre sa conscience. L’article 4 stipule, entre autres, que « Nul ne peut être contraint d’effectuer un service militaire avec les armes contre sa conscience. » C’est là qu’intervient la fameuse stratégie de la grenouille dans l’eau bouillante, ou la technique du salami…
De même qu’on peut faire bouillir une grenouille en augmentant progressivement la température pour qu’elle ne saute pas hors de l’eau, et qu’on ne mange pas un salami entier d’une seule bouchée, mais plutôt en tranches, de la même manière, ils veulent réintroduire le service militaire obligatoire dans ce pays, aboli depuis 2011. Pour ce faire, ils offriront des incitations financières, instaureront un climat de peur et utiliseront des procédures légales. Et si cela ne suffit pas, ils modifieront les lois.

Depuis l’Espagne, on a tendance à penser que tous les pays européens sont dans une situation similaire à la nôtre, mais c’est loin d’être le cas : le service militaire obligatoire reste en vigueur en Autriche, à Chypre, en Croatie, au Danemark, en Estonie, en Finlande, en Grèce, en Lettonie, en Lituanie, en Norvège et en Suède. D’autres pays, outre l’Allemagne, comme la France, la Belgique et la Pologne, tâtent également le terrain. On peut imaginer que les motivations seront similaires, car les notions de loyauté, d’honneur et de sacrifice ne sont plus valorisées dans l’Europe contemporaine. On offre aux jeunes les seules choses qu’une civilisation européenne décadente puisse offrir : argent, peur et chantage affectif.

Argent : Les jeunes Allemands effectuant leur service militaire volontaire recevront environ 2 000 euros. Cela attirera évidemment des personnes ayant peu d’avenir dans le secteur privé et détournera également du personnel et des ressources des services sociaux. Certes, l’Allemagne, ce pays qui nous paraît si puissant, compte de nombreuses organisations et institutions qui dépendent du volontariat pour fonctionner, comme les hôpitaux, les maisons de retraite, les services d’urgence, etc. Mais la priorité du gouvernement est la guerre contre la Russie, et non le gaspillage d’argent public en aide sociale.

Peur : Ils seront contraints de remplir un questionnaire et de se soumettre à un examen médical, sous prétexte que cela n’oblige personne à porter des armes ni à commettre d’actes belliqueux… Or, c’est précisément le simple fait de devoir se soumettre à tout cela qui enrôle déjà les jeunes dans l’armée.
Chantage émotionnel : critiquer la rhétorique belliciste et les préparatifs de la prochaine guerre sera qualifié de trahison ou de lâcheté, selon la source de la critique – qu’elle provienne de la gauche progressiste ou de la droite mondialiste.

Des décennies de discours pacifistes, visant à préserver les sociétés européennes de toute rébellion alors que leurs pays se dégradaient, semblent sur le point d’être balayées par des discours appelant à la guerre pour défendre la démocratie, la liberté et toutes ces choses que sortent de la bouche des menteurs professionnels.
L’objectif est de faire passer la responsabilité de la culpabilité historique des Européens à la dénonciation d’autrui ; du « Plus jamais ça » (Nie wieder) de la Seconde Guerre mondiale au « Allez, on recommence, on n’en a pas assez » ; de l’aversion pour tout ce qui est militaire à la perception du militaire comme une voie professionnelle ; et des décisions morales à la consultation de l’IA… En réalité, presque tout cela pourrait même avoir des aspects positifs sans cette phrase latine qui résume parfaitement la situation :
Qui prodest ? À qui cela profite-t-il ?
Parce que nous n’achèterons plus de gaz et de pétrole russes bon marché, mais du gaz et du pétrole américains coûteux ; nous achèterons des armes américaines, et de jeunes Européens y perdront la vie ; nous utiliserons la technologie américaine en matière de télécommunications ; nous achèterons des voitures américaines ; nous consommerons de la viande et des produits laitiers américains, moins contrôlés sanitairement… Et s’il y a guerre, le modèle ukrainien sera appliqué : l’Europe fournira les morts et la destruction, tandis que les États-Unis fourniront l’argent jusqu’à ce que cela ne soit plus rentable pour eux.

En clair, ils veulent nous convaincre, ici comme en Allemagne, de la nécessité d’une guerre. Mais nous sommes de plus en plus nombreux à refuser de servir de chair à canon pour grossir leurs poches.

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