LE PÉROU, ALLIÉ PRIVILÉGIÉ DES ETATS-UNIS

par Michel LHOMME

Nous énoncions il y a quelques jours (https://metainfos.com/2025/12/12/venezuela-libre/) le fait qu’il fallait comprendre le retrait américain en Europe à la lumière des nouvelles priorités stratégiques américaines à savoir l’accent mis sur le pivot Pacifique. Cela va très vite.

Deux hommes posent ensemble dans un environnement officiel, avec des drapeaux du Pérou et des États-Unis en arrière-plan, illustrant le rapprochement du Pérou vers les États-Unis.

Suite à la « conversation-convocation » du Ministre des Affaires étrangères péruvien avec Marco Rubbio, le président Trump vient de désigner vendredi le Pérou comme un « allié majeur des Etats-Unis non membre de l’OTAN« . En Amérique latine, le Pérou rejoindrait ainsi l’Argentine, la Colombie et le Brésil parmi les pays bénéficiant de cette désignation.

La Maison Blanche a ainsi fait part vendredi au Sénat américain de son intérêt à renforcer la coopération stratégique avec le Pérou, notamment dans les domaines de la défense et du trafic de drogue, dans le cadre d’une politique extérieure visant à renforcer les liens régionaux avec les pays qui partagent les mêmes priorités en matière de sécurité et de lutte contre le crime organisé.

Un groupe de policiers et de militaires interagissent avec un jeune homme dans une rue urbaine, en mettant en avant une opération de coopération en matière de sécurité au Pérou.

La décision a été annoncée dans un message officiel adressé à la commission des affaires étrangères du Sénat américain, conformément à la procédure établie pour ce type de nominations, Donald Trump soulignant que les deux pays partagent les mêmes objectifs stratégiques.

Des soldats péruviens en uniforme militaire, armés et alignés lors d'une cérémonie, avec un véhicule militaire en arrière-plan.

Quelques jours avant cette annonce, le ministre péruvien des Affaires étrangères, Hugo de Zela (photo ci-dessous), avait rencontré à Washington le secrétaire d’État Marco Rubio. Au cours de cette réunion, il a été souligné que la lutte contre le trafic de drogue et le crime organisé étant une priorité pour le gouvernement américain tout comme le gouvernement de transition péruvien (qui a déclaré l’état d’urgence), cette lutte nécessite une coopération régionale renforcée.

Rencontre officielle entre le ministre péruvien des Affaires étrangères et un responsable américain, avec les drapeaux du Pérou et des États-Unis en arrière-plan.

Une délégation américaine du FBI est arrivée cette semaine à Lima pour réorganiser la police nationale du Pérou. L’objectif de ces spécialistes en sécurité de haut niveau est de fournir des conseils techniques et de rencontrer les autorités péruviennes afin d’élaborer une stratégie commune de lutte contre la délinquance et les bandes criminelles. Ce voyage s’inscrit dans le cadre des engagements pris entre les deux pays et constitue une étape concrète vers une coopération plus efficace en matière de sécurité et de défense avec pour objectif une réorganisation complète de la police péruvienne régulièrement affectée par des problèmes de corruption.

Deux policiers péruviens en uniforme, équipés de boucliers transparents, se reposent près d'un bâtiment historique, avec des sacs à leurs côtés.

Couverture du document intitulé 'National Security Strategy of the United States of America', daté de novembre 2025, avec le sceau du président des États-Unis.

Lors de cette rencontre, De Zela et Rubio ont également évoqué la récente Stratégie de sécurité nationale publiée en novembre par le gouvernement américain. (https://metainfos.com/2025/12/06/trump-prend-acte-de-la-fin-proche-de-leurope/). Ils ont constaté une convergence des priorités stratégiques des deux pays et se sont donc engagés à renforcer leur coopération en matière de défense.

La décision de « pays allié » s’inscrit dans le cadre de la campagne menée par l’administration américaine pour renforcer ses alliances en Amérique latine tout en intensifiant sa pression contre le Venezuela (mais aussi le Mexique, la Colombie tenus par des gouvernements gauchistes). Cette initiative témoigne de la volonté de Washington d’éviter à Lima les dérives récentes d’anciens terroristes au pouvoir (coup d’état raté de Castillo (2021-2022) et le désastre administratif du gouvernement de Dina Boluarte (2022-2025), d’intégrer Lima à un groupe de gouvernements alignés sur sa politique extérieure et de reprendre totalement le contrôle du sous-continent en particulier pour l’exploitation de ses matières premières (mines d’or du Pérou, métaux rares de Bolivie e du Chili, mines de lithium d’Argentine) :

Vue des salines de Maras, avec des bassins d'eau salée entourés de collines majestueuses sous un ciel partiellement nuageux.
Mines de lithium en Argentine

Cette annonce coïncide au Pérou avec l’investiture récente du président José Jeri, (droite libérale, photo ci-dessous), désigné par le Congrès après la destitution pour incompétence de Dina Boluarte. Jeri qui constitutionnellement ne peut pas se présenter préside actuellement un gouvernement de transition qui est en place jusqu’en juillet prochain date de la prochaine investiture présidentielle après les élections générales qui se préparent actuellement pour le 12 avril prochain.

Un homme en costume portant un symbole national et une écharpe, marchant dans un environnement de cérémonie.

Jeri qui rentre d’un voyage d’une journée en Equateur pour coordonner en autres l’afflux probable de Vénézuéliens aux frontières suite à leur prochaine expulsion du Chili a adopté une position ferme contre le crime organisé, les extorsions et les assassinats qui affaiblissent actuellement le Pérou qui est pourtant avec 4 % de croissance en novembre en bonne santé économique. (https://metainfos.com/2025/12/08/perou-en-crise-et-venezuela-en-attente/)

Un homme marchant dans une rue sombre, tenant une arme à feu.

Washington est en tout cas en train de construire une architecture de sécurité régionale dont le Pérou fera partie intégrante, architecture pas seulement de papier car prévoyant clairement des interventions armées et des offensives militaires comme celles en cours contre les navires appartenant à des trafiquants de drogue présumés dans les eaux proches du Venezuela.

Un bateau rapide se déplaçant sur l'eau, avec un drapeau vénézuélien en bas à gauche et une flèche rouge pointant vers le bateau.

voire à d’éventuelles débarquements directes au Venezuela si le dictateur criminel Maduro ne se résigne pas seul à quitter le pouvoir.

Des soldats marins américains descendent d'un hélicoptère sur un navire de guerre.

Cette désignation d’« allié privilégié » accorde au Pérou un accès préférentiel à la coopération militaire américaine, aux financements et à la participation aux contrats de défense américains – des avantages similaires à ceux récemment obtenus par l’Arabie saoudite et 19 autres pays bénéficiant du même statut. Bien que largement symbolique, cette désignation ouvre la voie à une collaboration opérationnelle plus étroite avec le département de la Défense et les agences de sécurité américaines. Cette mesure permet de plus au Pérou de rejoindre le groupe des principaux alliés des États-Unis dans la région, aux côtés de l’Argentine, de la Colombie et du Brésil.

Cette décision doit aussi être interprétée comme un message politique de Washington visant à renforcer un axe latino-américain aligné sur Washington au moment où l’influence chinoise dans la région est manifeste (voir photo ci-dessous). La menace principale, et en même temps le défi pour les Etats-Unis, se trouve en effet dans la région indo-pacifique. La Chine est clairement désignée dans le dernier rapport stratégique américain comme le principal adversaire, dont la montée économique et militaire menace la position de leader mondial de l’Amérique. Selon ce nouveau posItionnement, la réponse n’est pas une confrontation militaire directe, mais une dissuasion systématique: strangulation technologique, restrictions à l’exportation, renforcement du réseau d’alliés ( ce qui est fait avec le Pérou) et rapatriement des chaînes de valeur critiques. Par ailleurs, la stratégie met en garde contre la propagation de l’influence chinoise en Amérique du Nord, en Afrique, et justifie un contrôle plus strict de l’Amérique sur son propre continent, sur toute l’Amérique centrale et du Sud. Tout cela signifie un déplacement clair des ressources vers le Pacifique et vers l’arrière-cour latino-américaine des États-Unis mais aussi celle de l’Asie du Sud-Est (Indonésie, Philippines, Thaïlande, Cambodge, Birmanie) en tout cas hors d’Europe abandonnée à elle-même et du Moyen-Orient que devrait être appelé à gérer Israël, l’Egypte et l’Arabie Saoudite.

Une infographie illustrant la rivalité entre les États-Unis et la Chine, présentant des cartes des deux pays avec des graphiques et des données en arrière-plan.

On peut alors se demander si le rapprochement public du Pérou avec les Etats-Unis (le lien a toujours été présent par le pouvoir militaire péruvien qui orchestre en réalité la politique nationale) n’affectera pas aussi les liens du pays avec la Chine, principal partenaire commercial du pays.

Vue du terminal portuaire de Chancay avec des grues et des travailleurs en gilet de sécurité, illustrant les infrastructures de transport maritime au Pérou.
Chancay, port chinois en eau profonde du Pérou

Apparemment non car la relation chino-péruvienne demeure avant tout économique et commerciale, confortée par la diaspora chinoise très présente et qui elle se trouve bien sécurisée elle par des triades locales clandestines. Ceci étant une telle alliance aussi rapprochée avec les Etats-Unis restreint de fait l’autonomie de la politique extérieure du Pérou, pays qui ne l’oublions pas est ouvert sur l’Océan Pacifique, enjeu décisif des prochaines années.

Carte du monde montrant les États-Unis en orange et le Pérou en vert, avec le reste du monde en gris.

Image avec un mégaphone illustrant une annonce ou une alerte, avec le texte 'ATTENTION PLEASE' en grandes lettres.

http://euro-synergies.hautetfort.com/archive/2025/12/13/le-c5-modele-maga-de-la-multipolarite-une-alternative-a-la-d-6574679.html

Couverture du livre 'The Trump Revolution' par Alexander Dugin, présentant un portrait de Donald Trump en arrière-plan du drapeau américain.

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