par Michel LHOMME
La couverture des événements du Venezuela en France est proprement hallucinante. La gauche tait depuis des années la dictature de Maduro, occulte son désastre économique et humain tandis que la droite souverainiste joue les effarouchés comparant l’éminente intervention américaine à celle de l’Irak en dépit de toutes les différences géopolitiques et au nom d’une critique systématique de l’Empire (lire en particulier les articles réducteurs du site https://www.france-irak-actualite.com).

Or, forcer Maduro à démissionner ne devrait pas être vu comme une aventure personnelle de Trump, une énième fourberie états-unienne mais s’inscrire dans un effort international de faire respecter les urnes et la liberté des peuples. Dans tous les bars latinos, les serveurs connaissent le « Cuba libre », whisky plus coca. Nous trinquons tous les jours avec nos amis, parmi lesquels de nombreux vénézueliens exilés au nom de « Venezuela libre ». Or nos « spécialistes » parisiens, les divers médias internationaux ne voient dans la campagne de pression du président Donald Trump contre le dictateur Nicolas Maduro que la preuve d’un énième coup de force de Washington, ou n’envisage le soutien de Trump à la dirigeante de l’opposition vénézuélienne et lauréate du prix Nobel de la paix, Maria Corina Machado comme une énième répétition des tentatives souvent infructueuses d’installer au pouvoir ici ou là des gouvernements fantoches à la solde de la CIA. Il y a de cela bien sûr mais rappelons quelques faits.

En 2019, le chef de l’opposition vénézuélienne de l’époque, Juan Guaidó fut le président légitimement élu de l’Assemblée nationale, ni lui ni son équipe n’avaient remporté d’élection présidentielle. À cette époque, Maduro ne subissait aucune pression militaire américaine comme c’est le cas aujourd’hui. Et bien que Guaidó fût le président légitimement élu de l’Assemblée nationale, ni lui ni son équipe n’avaient remporté d’élection présidentielle. Or à l’inverse, la Prix Nobel de la paix, Corina Machado jouit d’un poids politique considérable : elle a joué un rôle déterminant dans la victoire de l’opposition à l’élection présidentielle de 2024. Après avoir remporté les primaires de l’opposition et avoir été empêchée de se présenter par Maduro, elle a choisi un diplomate peu connu, Edmundo González Urrutia, pour la remplacer, et celui-ci a remporté une victoire écrasante. Or malgré cela, en dépit des résultats sidérants du triomphe de l’opposition, Maduro a volé l’élection et a déclenché une répression brutale.

Aux Etats-Unis, une partie de la base isolationniste de Trump, partisane du mouvement MAGA, prétend que le président américain est entraîné dans une aventure étrangère par des exilés vénézuéliens. Selon cette théorie, tout comme les exilés irakiens ont trompé l’ancien président George W. Bush en 2003 en lui faisant croire que les États-Unis pouvaient maintenir l’ordre en Irak après une invasion, Machado et les exilés vénézuéliens conduiraient Trump à commettre la même erreur. Mais l’Irak, contrairement au Venezuela, n’avait pas connu d’élection présidentielle où l’opposition avait triomphé, comme ce fut le cas au Venezuela en 2024.

Qui aujourd’hui à Caracas serait prêt descendre dans la rue pour mourir pour Maduro ou à lutter contre un gouvernement de transition ? Mes amis « venecos » trinquent « Venezuela libre » en n’espérant qu’une chose abattre un à un toute la clique bolivarienne.

Celso Amorim, principal conseiller en politique étrangère du président brésilien « gauchiste » Luiz Inácio Lula da Silva, a déclaré dans une interview accordée au Guardian, qu’une invasion américaine entraînerait une guerre comme celle du Vietnam, sous-entendant explicitement que de nombreux pays soutiendraient Maduro. Or, il est fort probable que bien peu de pays lèveraient le petit doigt pour défendre aujourd’hui le dictateur vénézuélien. Même la Russie, le principal allié militaire du Venezuela, actuellement ne le fait pas. Contrairement à 2018, l’année où la Russie avait envoyé deux bombardiers Tu-160 capables d’emporter des armes nucléaires au Venezuela, en pleine escalade des tensions entre Washington et le pays, Moscou n’a rien fait de semblable ces derniers jours. On murmure d’ailleurs un deal passé entre Poutine et Trump, sorte d’échanges de bons procédés face à deux dictateurs à abattre, Maduro et Zelenski, deux présidents totalement illégitimes et corrompus jusqu’à la moelle, devenus gênants dans la recomposition multipolaire en cours. Reste la Chine dont les approvisionnements en pétrole serait après la guerre des douze jour en Iran de nouveau légèrement affectés par un changement de régime à Caracas.

Trump aime les jeux de cartes et le poker. Il menace d’une invasion militaire pour pousser au départ Maduro capable de se réfugier en Andorre pour y surveiller ses comptes personnels bien remplis. Insoumis, antifas et communistes français lui rendront sans doute alors visite.

Trump agit unilatéralement et a sans doute tort de le faire comme un dirigeant impérial, – ce qui fournit aux régimes de gauche et aux droitars inconséquents des munitions de propagande pour les générations à venir -, commet l’erreur de ne pas s’allier à d’autres démocraties ou de prétendre vouloir évincer le régime totalitaire bolivarien à cause d’un prétendu trafic de fentanyl vers les États-Unis. En réalité, selon les experts, 70 % du fentanyl introduit clandestinement aux États-Unis provient du Mexique. Mais que fait l’UE contre le Venezuela ?

Maduro est un dictateur brutal qui a forcé plus de huit millions de personnes à l’exil, ce sont huit millions de personnes qui ont fui la misère et la répression depuis l’instauration du chavisme dans le pays, qui ont fui le contrôle permanent du régime dans tous les quartiers, qui ont fui les exactions des milices autoritaires. Les médias européens n’ont pratiquement jamais parlé de cet autre Venezuela, le Venezuela qui souffre, les victimes misérables du régime. On se prostitue, on mange là bas dans les poubelles pour survivre, on gagne 20 dollars par jour comme salaire minimum.

La Nobel Machado, malgré son courage civique et sa légitimité électorale, a commis sans doute une erreur de communication en dédiant son prix Nobel à Trump, sous estimant le fait qu’il a tenté de se maintenir au pouvoir après sa défaite contestée à l’élection de 2020 mais aussi que pour des raisons de politique intérieure, il expulse en ce moment des centaines de milliers de Vénézuéliens sans vraiment discerner administrativement entre délinquants et gens honnêtes.

Concernant ceux qui critiquent le soutien apparent de Machado à une action militaire américaine, le président du Comité Nobel, Jorgen Watne Frydnes, lors de son discours à la cérémonie de remise a souligné qu' »attendre des dirigeants démocratiques vénézuéliens qu’ils poursuivent leurs objectifs avec une pureté morale que la dictature de Maduro n’a jamais démontrée est « irréaliste » et « injuste ».

La démission de Maduro ne doit pas être comprise comme une vengeance personnelle de la part de Trump, mais bien s’inscrire dans un effort international visant à respecter les résultats des élections vénézuéliennes de 2024 et à enrayer le plus grand exode politique, totalement occultée de l’histoire récente. Nous le répétons : huit millions de Vénézuéliens en exil, ce ne sont pas huit millions de touristes en voyage de plaisir !

Le Venezuela : l’idéal de la gauche :




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Bravo pour cet article qui retrace parfaitement la realité de ce malheureux pays.