par Alonso CUETO
« Il fut un temps où le monde n’avait pas de télévision »,
« Ce que Logie Bard a fait, c’est donner aux êtres humains l’illusion d’un pouvoir infini que nous avions toujours recherché : celui de regarder ce qui se passe ailleurs »
Un monde sans télévision a-t-il jamais existé ? Pourrait-on vraiment vivre sans écran dans ce foyer qui est devenu le cœur, l’autel, la lampe d’Aladin de nos désirs ? La télévision a à peine un siècle.

Le 26 janvier 1926, en Angleterre, un scientifique timide et discret nommé John Logie Baird (https://en.wikipedia.org/wiki/John_Logie_Baird#/media/File:John_Logie_Baird_and_Stooky_Bill.png) réalisa la première démonstration mondiale de la télévision. Fils de pasteur de l’Église d’Écosse, Baird choisit l’Italia Bar, situé au 22 Frith Street à Londres, pour cette première diffusion. Le miracle se produisit alors : une personne était placée dans un lieu visible par des téléspectateurs à des kilomètres de distance. C’était la télévision électromagnétique, et plus rien ne serait jamais comme avant.

Logie Bard voulait commencer par chez lui. En 1926, sa première action fut de fusionner Glasgow et Londres en une seule image, reliées par un câble téléphonique. Il souhaitait ainsi connecter la ville de son pays natal à une capitale mondiale. Car jusqu’alors, savoir ce qui se passait à des milliers de kilomètres de distance était un privilège réservé aux dieux. Seuls les êtres de l’Olympe pouvaient connaître les activités de chacun. Seul le dieu de chaque religion, omniprésent mais invisible, était capable de veiller sur nous. Dans sa pièce « Henri IV », Shakespeare présente le personnage de la « Rumeur », un être aux mille langues, une source incertaine qui transmet ce qui se passe aux confins du monde. Logie Bard offrit aux êtres humains l’illusion d’un pouvoir infini qu’ils avaient toujours recherché : le pouvoir des dieux, celui de voir ce qui se passe ailleurs.

Et la magie continua. Puis vinrent la télévision couleur (1940) et la télécommande. Le salon devint la pièce maîtresse de la maison. Nous étions à la fois maîtres et esclaves de ce qui se passait à l’écran (les deux pires tragédies domestiques étant la perte de son téléphone portable et de sa télécommande). La technologie s’empara de notre quotidien. On pouvait voyager entre réalité et fiction, confortablement installé sur un canapé. Finalement, chaque membre de la famille eut sa télévision dans sa chambre, et il y en avait une autre dans la cuisine. Les images s’intégrèrent à nos vies. Les mots perdirent de leur importance.

Avec le temps, la télévision a cessé d’être un luxe. Chaque foyer, même le plus modeste, pouvait aspirer à en posséder une. Et l’image reste le facteur décisif. Dans les mois à venir, ce grand spectacle moderne qu’est la politique s’accrochera à nos écrans de télévision et aux réseaux sociaux. Interviews, publicités, déclarations grandiloquentes. Reportages avec les derniers sondages. Chansons, soutiens, célébrations prématurées. Et les spots publicitaires, bien sûr. Le meilleur candidat est celui qui a le plus beau sourire et celui qui prend le plus de compassion pour les enfants pauvres. Absolument. C’est une véritable fête de la solidarité, concentrée dans un rectangle. Nous le verrons bien assez tôt.

Même si nous sommes critiques envers l’influence de l’écran, même si nous souhaitons y échapper, pouvons-nous vraiment nous passer de cette magie raffinée et omniprésente ? À propos de la télévision, Julián Marías, grand écrivain espagnol a un jour cité ce proverbe andalou : « Ni avec toi ni sans toi, mes chagrins n’ont de remède. Avec toi, car tu me tues. Sans toi, car je meurs. »

Source : elcomercio.pe
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