par Michel LHOMME
Au cours de la dernière décennie, la crise vénézuélienne a profondément influencé les politiques migratoires et étrangères du Pérou et d’autres pays d’Amérique latine. La capture de Nicolás Maduro a engendré une situation en réalité extrêmement incertaine du point de vue économique. Même en cas de transition politique crédible, la reprise de la production pétrolière – et, par conséquent, de l’économie vénézuélienne – se heurte à de sérieuses limitations structurelles et pourrait donc prendre en réalité plusieurs années.
Effondrement et exode

Entre 2013 et 2024, le PIB du Venezuela s’est contracté de près de 70 %, sur fond de dette publique insoutenable et d’hyperinflation prolongée. Selon les données du FMI, l’inflation a culminé en 2018 à 65 374 %. D’ici 2025, l’inflation moyenne au Venezuela devrait atteindre 270 %, un niveau record mondial. Les conséquences sociales sont dramatiques : la pauvreté monétaire est passée de 34 % de la population en 2013, année de l’arrivée au pouvoir de Maduro, à 73 % en 2024, anéantissant les progrès réalisés durant la période de prix élevés du pétrole (2004-2014).

L’effondrement économique et social a déclenché la plus grave crise migratoire de l’histoire récente de l’Amérique latine. Au cours de la dernière décennie, plus de huit millions de Vénézuéliens ont quitté leur pays, redessinant tous les flux migratoires de la région. Le Pérou pour prendre un exemple est devenu l’une des principales destinations – juste après la Colombie – accueillant environ 1,7 million de migrants vénézuéliens, soit 4,9 % de sa population. Selon la Banque centrale de réserve du Pérou (BCR), ce phénomène a fait du Pérou un pays d’accueil net de migrants entre 2014 et 2019, une première depuis au moins 1950.

Le secteur pétrolier en déclin

Le pétrole est évidemment essentiel pour comprendre la situation économique du Venezuela. Bien que le pays affirme posséder les plus importantes réserves prouvées de pétrole brut au monde, estimées à 303 milliards de barils, ce secteur est en déclin. Selon l’OPEP, la production de pétrole brut est passée de 3,7 millions de barils par jour en 1970 à moins d’un million de barils par jour en 2024. Ce repli s’explique par la dégradation des institutions et des carences de gestion, qui ont limité les investissements et les capacités opérationnelles du secteur, une situation aggravée par les sanctions américaines.

De ce fait, le Venezuela représente actuellement moins de 1 % de la production mondiale de pétrole, selon l’Energy Institute. Dans un contexte mondial, le marché pétrolier connaît une surabondance de l’offre, alimentée par l’augmentation de la production dans des pays comme le Brésil et le Guyana. D’après les projections de la Banque mondiale datant de fin 2025, un excédent de 3,3 millions de barils par jour était déjà attendu au dernier trimestre 2026. Par conséquent, le prix du pétrole, qui se situe actuellement autour de 60 dollars américains le baril, continuera de subir une pression à la baisse.
Perspectives incertaines

La compagnie pétrolière nationale vénézuélienne (PDVSA) est confrontée à une grave pénurie de personnel qualifié et à une gouvernance défaillante, ce qui compromet son rôle de partenaire auprès des entreprises internationales. Par conséquent, la relance du secteur pétrolier sera limitée à court et moyen terme.

Par ailleurs, le coût de la modernisation des infrastructures de PDVSA s’élèverait à environ 60 milliards de dollars américains. De plus, la majeure partie de ses réserves est constituée de pétrole brut extra-lourd provenant de la ceinture de l’Orénoque, dont l’extraction est plus complexe et plus coûteuse. Selon Wood Mackenzie, pour exploiter ces gisements, le prix international du pétrole brut devrait dépasser 80 dollars américains le baril, une situation hautement improbable dans le contexte actuel. Dans son scénario le plus optimiste, Oxford Economics prévoit une production d’environ 2 millions de barils par jour d’ici 2028, soit 35 % de moins que le pic de 1998, avant l’arrivée au pouvoir de Chávez.

Étant donné que la reprise de la production pétrolière vénézuélienne est improbable à court terme, une véritable transition politique et des réformes économiques permettant la relance d’autres secteurs du pays seront essentielles. À l’approche des élections, le Venezuela nous rappelle les conséquences désastreuses des politiques économiques populistes qui découragent l’investissement privé et détruisent les capacités de production, engendrant une profonde dégradation sociale qui touche de manière disproportionnée les plus vulnérables et ce n’en déplaise à l’anti-américanisme primaire que l’on voit pulluler ces derniers temps dans la fausse droite française.

En savoir plus sur METAINFOS.COM
Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Partout où le socialisme règne le peuple trinque c’est immuable. Aucun pays socialiste n’a eu une économie florissante ce ne fut que pénurie et misère. Quand les français en grande majorité le comprendront ils ?