LA FRANCE BRIDÉE

par Michel FESTIVI 

Le dernier numéro du trimestriel Frontières, (N°10, Janvier, février, mars 2026), est en tout point passionnant et dense. La revue dont le directeur de la rédaction est Erik Tegnér, nous propose tout un dossier des plus complets sur la censure, la prise en main totalitaire, dont la France subie les prodromes depuis des années.

Couverture de magazine avec un homme pointant du doigt, texte en rouge et noir sur la censure et le contrôle de l'information.

Et ce qui a plus particulièrement retenu mon attention, et que je livre à celle des lecteurs, c’est l’entretien qu’a accordé Gavin Mortiner, et les comparaisons édifiantes qu’il formule entre la France et l’Angleterre.

Gavin Mortiner est écrivain et historien britannique (1). Il écrit pour des journaux tels que The Daily Telegraph, ou The Spectator, une presse qu’il situe à droite de l’échiquier. Mais surtout, il vit depuis plusieurs années en France, à Vanves d’abord, puis actuellement en Bourgogne. Son regard croisé est spécialement avisé. Il nous brosse les quelques différences fondamentales qui existent entre les deux pays, et sa conclusion est sans appel, la France est totalement gangrénée par l’idéologie de gauche et d’extrême gauche, et il décrypte les raisons qui expliquent cette différence, car si l’Angleterre est aussi touchée à bien des égards, elle l’est dans des proportions moins grandes, du moins au niveau des libertés de s’exprimer et de pouvoir diffuser ses idées.

Illustration d'un homme pensif avec une souricière au-dessus de sa tête sur fond rouge, symbolisant une idée piégeante.

Tout d’abord, il est abasourdi par le rouleau compresseur gauchiste de France Inter et de France Culture, ce qu’avait parfaitement démontré l’Institut Thomas More dans une étude récente. France Inter penchait à gauche à 60%, France Culture à 66%. Il revient sur les déclarations qui seraient impensables en Angleterre, d’Adèle Van Reeth et de Delphine Ernotte, qui n’hésitent pas à faire acte de militantisme dans l’exercice de leurs fonctions publiques, et ce sans sourciller. Dernièrement des directeurs de la BBC avaient dû démissionner pour avoir laissé passer des discours de Trump qui avaient été caviardés.

Mortimer rappelle une déclaration de la très gauchiste Ariane Mnouchkine, qui avait été oubliée, remisée dans un placard, et que l’on devrait inlassablement répéter : « Nous, gens de gauche, nous gens de culture, on a lâché le peuple, on n’a pas voulu écouter les peurs, les angoisses. Quand les gens disaient ce qu’ils voyaient, on leur disait qu’ils se trompaient…Puis, comme ils insistaient, on leur a dit qu’ils étaient des imbéciles, puis comme ils insistaient de plus belle, on les a traités de salauds » (Tribune de Libération avant les législatives de 2024). Comme aveu sensationnel, il n’y a pas mieux.

Une illustration d'une personne avec une clé devant sa bouche, symbolisant la liberté d'expression.

Même si la BBC a une orientation progressiste certaine, elle est capable de plus d’introspection, selon Gavin Mortimer, quoiqu’elle perde des auditeurs aussi. Exemple, en mars 2024, elle a présenté ses excuses à Nigel Farage pour avoir classé son parti Reform UK, à l’extrême droite, alors que les médias de gauche français présentent Farage comme étant d’extrême droite. The Guardian en a fait de même, et a aussi exprimé ses regrets et a modifié son classement.

Pieds nus sur un sol humide avec un morceau de savon et du texte critiquant le socialisme.

Effectivement, en France, sur les quelques quatorze écoles de journalisme, une étude avait démontré, que si deux d’entre elles affichaient plutôt une certaine neutralité, les douze autres étaient carrément ancrées à gauche. Il considère impensable par exemple, que des journalistes sportifs anglais puissent comme en France, interroger des athlètes sur leurs choix de vote, qui reste une affaire purement privée, outre-manche.

Deux enfants observant un tas de terre, l'une prenant une photo avec un appareil photo, l'autre regardant curieusement.

Sur l’appropriation de la rue française par l’extrême gauche, cela est encore plus flagrant. Pour Mortimer, les artères françaises sont la propriété des gauches et des extrêmes gauches, alors qu’en Angleterre, c’est là-bas plutôt la majorité silencieuse qui les contrôle, comme par exemple lors de la manifestation monstre pour le soutien à Tommy Robinson, contre l’immigration. Cela tient selon lui, en grande partie, au mythe de la Révolution française, comme l’expliquait l’historien Christophe Boutin en 2023 dans Le Figaro : « La violence est dans l’ADN d’une certaine gauche française… le mythe de la Révolution…et une doctrine marxiste selon laquelle le capitalisme ne peut finir que par une révolution violente ». Pour Mortimer, les gauches anglaises sont bourgeoises et ne contrôlent pas autant les rues, et ajoute-t-il : « les plus ignobles des communistes britanniques, ayant espionné pour le compte de l’URSS, étaient des jeunes gens privilégiés qui sont allés à Cambridge ».

Un tampon en bois avec les inscriptions 'FUSILLEZ-MOI ÇA' et 'FUSILLEZ-MOI CA'.

Mortimer, citant George Orwell, explique qu’au contraire de la classe ouvrière française, la classe laborieuse anglaise avait toujours très majoritairement rejeté l’extrémisme, comme elle rejette, l’islamo-gauchisme. Dans un essai de 1940, Angleterre, votre Angleterre, Orwell écrit « la liberté de l’individu…c’est celle d’avoir son propre foyer, de faire ce qu’il veut de son temps libre, de choisir lui-même ses divertissements, plutôt que de voir ceux d’en haut les choisir pour lui. » Bref, le fameux, Home sweet Home.

Une rue pittoresque avec des maisons en pierre anciennes, recouvertes de fleurs et entourées de verdure.

S’agissant du perpétuel « cordon sanitaire », ce dernier n’existe pas en Grande Bretagne, pour la simple et bonne raison, que depuis le début de la démocratie anglaise, les élections se font à un seul tour de scrutin, le premier arrivé, quel que soit son score est élu, point barre. Un front « républicain » serait impensable en Angleterre, qui de surcroit est une monarchie. Et très judicieusement, Mortimer relève : « L’une des grandes faiblesses selon moi du système électoral français, ce sont les deux tours. Je trouve « le désistement » profondément anti démocratique, pour ne pas dire hypocrite. Cela n’a jamais été aussi évident qu’en juillet 2024, quand le RN s’est vu privé du pouvoir par les désistements initiés en grande partie par les centristes de Gabriel Attal et la gauche y compris LFI, cela souligne à quel point, le cordon sanitaire affaiblit la démocratie française ». Effectivement, dans de pareilles circonstances, avec un seul tour de scrutin, en juillet 2024, le RN et ses alliés auraient eu très largement la majorité et auraient gouverné, ce qui finalement est le fondement de la démocratie parlementaire. Deux tours, c’est l’assurance de magouilles et de tripatouillages, d’ailleurs quasiment tous les pays européens pratique un système à un seul tour.

Médias publics totalement à gauche, violences politiques des gauches dans leur ensemble, relents permanents aux débordements brutaux dont les fondements remontent à la Terreur révolutionnaire, refus de l’acceptation des résultats des urnes par une menace permanente d’un troisième tour dans les rues, système politique intégralement inepte et antidémocratique, il ne faut pas chercher plus loin, les raisons de la décrépitude française et de l’effondrement de notre classe politique. Il y en a d’autres, comme une législation liberticide, et un appareil d’État entièrement phagocyté par la pensée dominante, mais si l’on parvenait à corriger celles-ci, on ferait des progrès sensibles sur l’autel des libertés. Et ce n’est pas la future loi interdisant les réseaux sociaux aux moins de quinze ans, qui va améliorer le niveau de nos libertés publiques, sans parler d’un référent ou d’un juge de paix, que Macron envisage d’instituer pour les médias. Le ministère de la Vérité, prévu par Orwell dans 1984, nous y sommes en plein dedans.

Un député communiste s'exprime lors d'une assemblée, abordant la controverse autour de l'expression 'travail au noir' jugée raciste.

(1), il a notamment écrit une histoire du Special Air Service (SAS), Sterling’s men, en recueillant les témoignages de plus de 75 vétérans britanniques et français :

Couverture du livre 'Stirling's Men' par Gavin Mortimer, mettant en avant l'histoire de la SAS pendant la Seconde Guerre mondiale.

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