CHAGOS ET MAYOTTE, DERNIÈRES COLONIES DE L’OCÉAN INDIEN ?

par Michel LHOMME

Chagos, dernière colonie de l’océan Indien avec celle de l’île comorienne de Mayotte, occupée par la France sur le canal du Mozambique ?

De fait, l’INSEE s’interroge puisque l’organismes français va lancer dès le 27 novembre le recensement des populations de l’île de Mayotte, un outil indispensable pour évaluer et calibrer les politiques publiques. Sauf que l’Insee se heurte à un problème de méthodologie eu égard aux nombre d’immigrés clandestins et du grand remplacement de population orchestré sur place avec l’aval si ce n’est l’appui tacite du gouvernement français. Mayotte sera-t-elle alors symboliquement la dernière « colonie » de l’Océan Indien car après des décennies de tensions diplomatiques et de combats judiciaires, l’archipel des Chagos s’apprête enfin à changer de tutelle.

Des femmes marchent devant une grande affiche proclamant "Mayotte est comorienne et le restera à jamais".

Le 9 septembre 2025, les députés britanniques ont finalement adopté en deuxième lecture le projet de loi officialisant la rétrocession de ces îles à Maurice, par 330 voix contre 174. Le texte reconnaît la souveraineté mauricienne tout en préservant la présence militaire anglo-américaine à Diego Garcia, garantie par un bail de 99 ans. Il prévoit aussi une aide financière substantielle en faveur de Port-Louis et des familles chagossiennes.

Des membres de la communauté chagossienne assistent à une cérémonie de levée du drapeau mauricien sur l'archipel des Chagos, entourés de palmiers.

Pour les descendants des plus de deux mille habitants expulsés de force dans les années 1960, le vote résonne comme une victoire mais pas pour tous, de nombreux chagossiens comme les Mahorais restent toujours opposés à cette restitution (https://www.france24.com/fr/info-en-continu/20250522-royaume-uni-l-accord-sur-la-restitution-des-%C3%AEles-chagos-dans-les-mains-de-la-justice). « Ce vote montre que tout va dans la bonne direction », s’est par contre réjoui Olivier Bancoult, figure du groupe Réfugiés Chagos après qu’avait eu lieu en mai dernier une suspension du processus de rétrocession pourtant promis.

Vue aérienne des îles Chagos, mettant en évidence leur géographie et leur beauté naturelle, accompagnée d'un texte sur le retard de l'accord britannique pour la restitution à Maurice.

Carte montrant la localisation de l'archipel des Chagos dans l'océan Indien, indiquant également les îles environnantes et leur distance respective.

À Port-Louis, l’espoir donc renaît. Le Premier ministre Navin Ramgoolam, de retour d’une visite officielle en Inde, souhaite organiser d’ici la fin de l’année un premier voyage officiel vers l’archipel, en présence de responsables politiques et de représentants de la communauté chagossienne. Ce déplacement devrait être marqué par une cérémonie de levée du drapeau mauricien, symbole fort d’un retour attendu depuis plus d’un demi-siècle. Le transfert de l’archipel des Chagos à Maurice est conforme aux exigences du droit international, mais il remet en question la sécurité anglo-américaine dans une région d’influence chinoise.

L’accord qui avait été signé en octobre 2024 entre le Royaume-Uni et la République de Maurice concernait la restitution à cette dernière de l’archipel des Chagos – soixante îles au milieu de l’océan Indien. Il avait remis en lumière un différend territorial oublié, mais qui est clairement important pour l’avenir de la sécurité dans l’Indo-Pacifique.

Carte illustrant l'archipel des Chagos, indiquant sa séparation de Maurice et la localisation de la base militaire américaine à Diego Garcia.

L’archipel des Chagos faisait autrefois partie de la colonie britannique de Maurice de 1814 à 1965. Au début du processus de décolonisation de Maurice, le Royaume-Uni avait signé un accord avec son ancienne colonie pour conserver le contrôle de l’archipel après l’indépendance, en échange de trois millions de livres sterling. L’objectif était d’y construire une importante base militaire sur sa plus grande île, Diego Garcia, en collaboration avec les États-Unis. En 1968, Maurice accéda à l’indépendance sans les Chagos, qui restèrent sous administration britannique en tant que Territoire britannique de l’océan Indien (BIOT). La population de l’archipel, environ un millier de Chagossiens, fut déportée de force par les autorités et déplacée vers Maurice, les Seychelles et le Royaume-Uni – une mesure que les Nations Unies condamnèrent à l’époque et que le Royaume-Uni a récemment reconnue comme injuste et injustifiée, sans toutefois avoir encore pris de mesures concrètes pour obtenir réparation.

Vue aérienne du port de Diego Garcia, avec un porte-avions et des installations militaires à proximité.

L’importance stratégique de la base de Diego Garcia primait sur les considérations humanitaires et le droit international, que le Royaume-Uni avait violé en s’emparant d’une partie du territoire d’une colonie en voie d’indépendance. Les 25 kilomètres carrés de Diego Garcia abritent l’une des bases américaines les mieux équipées au monde, base centrale pour toute intervention au Proche-Orient (voir son rôle dans la dernière guerre des 12 jours contre l’Iran), en Afrique, en mer Rouge, dans le golfe Persique mais aussi la Mer de Chine et le Pacifique. Son port en eau profonde et sa station de suivi spatial en font un atout géostratégique essentiel pour les États-Unis, qui ont toujours de fait soutenu la souveraineté britannique sur Chagos face à celle de l’île Maurice.

Un manifestant tenant un panneau affirmant que le Royaume-Uni a pris leur île pour une base aérienne américaine, lors d'une manifestation.

Concernant Mayotte, le dernier week-end fut mouvementé avec en fin de semaine, la commune de Dembéni au sud de l’île de Mayotte qui a connu une fin de nuit agitée après une série d’agressions survenues avant l’aube à Tsararano. Dans plusieurs villages, des groupes de jeunes s’en sont pris violemment aux gendarmes et trois auraient été hospitalisés à la Réunion suite à des blessures graves.

Un groupe de migrants à bord d'une embarcation en mer.

Nuit mouvementée aussi au large de Mayotte. Mercredi au petit matin, le port de Dzaoudzi offrait un spectacle inhabituel : une série de kwassas amarrés aux pontons, nettement plus nombreux que la veille. Selon nos informations, au moins cinq embarcations auraient été interceptées dans la nuit par les forces de l’ordre, entraînant le transfert d’une cinquantaine de migrants vers le centre de rétention. La majorité des personnes arrêtées seraient originaires des Comores, mais des Congolais et des Malgaches figureraient aussi parmi les passagers. Certains kwassas auraient été stoppés à seulement quelques mètres du littoral, tandis que plusieurs individus ont réussi à s’enfuir avant l’arrivée des patrouilles.

Reste une question essentielle : combien d’embarcations sont passées entre les mailles du dispositif nocturne et combien de migrants – africains entre autres – ont pu poser le pied sur l’île sans être détectés ?

En fait, malgré tous les discours et les promesses rien ne change à Mayotte jusqu’à ce que le changement démographique opéré, amènera l’inexorable décision. Mayotte est en réalité « complètement par terre » comme l’affirme la député RN Anchya Bamana : https://www.mayottehebdo.com/actualite/politique/anchya-bamana-mayotte-est-completement-par-terre/


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