par Alain SANTACREU
« L’Histoire s’est arrêtée en 1936″, George Orwell.

« La lucidité est la blessure la plus proche du soleil », écrivait René Char dans les Feuillets d’Hypnos. Pour le contresionisme, la lucidité est ce lieu compassionnel où notre cœur brûle – car la blessure de la transfixion pointe sur Gaza.
Parce qu’il accepte et se soumet à la logique binaire que l’idéologie sioniste lui dicte, l’antisionisme ne peut atteindre cette lucidité. Il en a été de même de l’antifascisme qui aura été l’idéologie dominante du XXe siècle, jusqu’à faire oublier l’essence même du fascisme ; et, parallèlement, on observera que l’antisionisme a permis d’abombrer le sionisme israélien, jusqu’à le faire passer pour la seule “démocratie” du Proche-Orient, alors qu’il a toujours été un régime d’apartheid totalitariste.
L’idéologie néo-libérale voudrait faire de l’antisionisme un nouvel antisémitisme ; mais, comme l’avait dénoncé Hannah Arendt dans Les Origines du totalitarisme, le chantage à l’antisémitisme est un parasitage de l’esprit critique, un dispositif d’aliénation de la conscience politique. L’identification de l’antisionisme à l’antisémitisme obéit à la stratégie de la reductio ad hitlerum conceptualisée par Leo Strauss.

Il y a deux types d’antifascisme, un antifascisme du peuple, par exemple, en 1936, avec la révolution sociale lors de la guerre civile espagnole, et un antifascisme d’État, comme lors de la seconde guerre mondiale avec la coalition des forces alliées – ces mêmes nations qui, n’étant pas intervenues en Espagne, avaient laissé la voie libre au nazisme. Le gauchisme est un antifascisme d’État (un antifascisme utile à l’État).

Il n’y a jamais eu qu’un seul type d’antisémitisme, stigmatisé à l’unisson par les conservateurs et progressistes de l’axe du Bien. L’antisémitisme est un motif fondamental du “spectaculaire intégré”.
Confondre l’antisionisme et l’antisémitisme, c’est reconnaître le sionisme comme état d’exception, légitimant ainsi la solution finale du génocide perpétuel et de la guerre totale permanente. On ne pourra s’extraire de ce terrorisme sémantique d’État qu’en déconstruisant les fondements messianiques du sionisme, comme l’a fait si brillamment le poète-philosophe Ali Benziane dans son livre fondateur Panser Gaza.

Il s’agit pour le contresionisme de ne pas donner prise à la pensée totalitaire de l’homogénéisation nihiliste, en ouvrant la négation du sionisme vers un nouveau paradigme révolutionnaire : la recouvrance spirituelle de l’altérité absolue, du Tout Autre.

George Orwell affirmait, dans Hommage à la Catalogne, qu’il faut gagner la guerre contre Hitler pour faire la révolution sociale ; et, réciproquement, qu’il faut faire la révolution sociale pour gagner la guerre contre Hitler. Cette logique de la réciprocité et de la négation ouverte, qui fut celle des anarchistes espagnols, lors du dernier vrai combat d’un peuple contre le fascisme, le peuple juif devra l’appliquer contre le sionisme, s’il ne veut pas perdre son âme à jamais.

- Ali Benziane, Panser Gaza, Fiat Lux, 2024.
- Alain Santacreu, Contresionisme, Éditions Contrelittérature, 2025. (https://fr.scribd.com/document/779098699/Le-contresionisme-est-un-humanisme)

En savoir plus sur METAINFOS.COM
Subscribe to get the latest posts sent to your email.
