Par Michel LHOMME
Pourquoi l’Amérique latine me demandent certains ? Parce qu’en partie, ce sont les Latinos qui font l’élection américaine ainsi il n’est pas surprenant que les candidats du président Donald Trump aient été largement battus lors des élections locales (municipales) et étatiques (le poste de gouverneur) du mardi 4 novembre. Les électeurs hispaniques, qui avaient été un facteur clé de la victoire de Trump à l’élection présidentielle de 2024, l’ont de fait abandonné en masse ce qui ne sera pas sans conséquences peut-être pour les prochaines élections de mi-mandat de 2026.

Dans l’État du New Jersey, où Trump avait obtenu 46 % des voix des Latinos en 2024, le candidat républicain au poste de gouverneur, Jack Ciatarelli, soutenu par Trump, n’a obtenu que 31 % des voix hispaniques le 4 novembre. Le candidat démocrate Mikey Sherrill a remporté une victoire écrasante, en grande partie grâce au vote des Latinos. Dans le comté de Passaic, à forte population hispanique, où Trump l’avait emporté de trois points en 2014, Sherrill (photo ci-dessous) l’a emporté avec 15 points d’avance :

Le vote latino a également été déterminant dans les victoires démocrates en Virginie, à New York et en Californie. « Je ne pense pas que ce fut une bonne journée pour les Républicains », avait admis un Trump inhabituellement sombre le 5 novembre, le lendemain de l’élection. Trump a affirmé que les Républicains avaient perdu parce que son nom ne figurait pas sur les bulletins de vote. Cependant, deux vastes sondages auprès des électeurs latinos, publiés peu avant le 4 novembre, montrent exactement le contraire : ils indiquent qu’un grand nombre d’Hispaniques ont tourné le dos aux Républicains précisément à cause de Trump. Les chiffres sont éloquents : le taux d’approbation de Trump auprès des Latinos à l’échelle nationale a chuté de 44 % en janvier de cette année à 25 % aujourd’hui, selon un sondage AP-NORC du 24 octobre. La chute est donc brutale et significative.

Les sondages montrent que l’économie est la principale préoccupation des électeurs hispaniques. Les Latinos reprochent à Trump de ne pas avoir tenu sa promesse de campagne de baisser le coût de la vie et d’améliorer l’économie. Le scandale des 300 millions de dollars pour une nouvelle salle des fêtes à la Maison Blanche avec des salles de bains aux finitions dorées, très médiatisée aux Etats-Unis avant les élections n’a pas servi Trump alors que dans le même temps, il réduisait les services de santé et les emplois publics, souvent occupés par des latinos aux revenus modestes qui comme les Français des classes populaires parviennent de moins en moins à joindre les deux bouts. Nonobstant, si la somme de la nouvelle salle des fêtes de l’aile Est de la Maison Blanche paraît si extravagante et irréaliste, c’est qu’elle cache sans doute une autre construction, celle d’un bunker antiatomique ultra moderne en sous-sol.

Les Hispaniques ont peur de perdre leur emploi suite aux coupes budgétaires et ils n’ont plus les moyens de faire face à la hausse des prix du logement, constante par exemple à New-York (le candidat démocrate musulman vainqueur, Zohran Mamdani a promis le gel des loyers new-yorkais pour quatre ans à ses électeur) et des biens de première nécessité. Or rien de tout cela ne s’est amélioré depuis l’arrivée au pouvoir de Trump.

Au-delà de l’aspect économique, de nombreux Hispaniques ont évidemment aussi réagi aux images d’agents masqués de l’Immigration and Customs Enforcement (ICE) arrêtant des immigrants honnêtes et travailleurs, dont plus de 170 citoyens américains, pour la plupart latino-américains. En fait, de nombreux Latinos ayant voté pour Trump pensaient qu’il n’expulserait que les membres de gangs violents et autres criminels mais pas les citoyens hispaniques honnêtes. Or, plus des deux tiers des personnes expulsées n’avaient pas de casier judiciaire. La pilule n’est pas passé.

Ces sondages et les derniers résultats électoraux signifient-ils que Trump et les Républicains sont voués à perdre les élections de mi-mandat de 2026 ? Pas nécessairement. Si les Démocrates interprètent la victoire du maire socialiste démocrate élu Zohran Mamdani à New York comme un mandat pour un virage à gauche radical, Trump pourrait alors s’en servir pour étayer son affirmation exagérée selon laquelle les Démocrates sont des « communistes ». Cela favoriserait alors la victoire des Républicains l’année prochaine. De plus, après le choc des mesures de 2025, il est possible comme on le voit en Argentine que l’économie américaine se redresse en 2026, Trump pourrait alors regagner du terrain et remporter l’élection. C’est son pari. Mais si la situation économique reste inchangée, les Démocrates auraient de fortes chances de remporter les élections de 2026 et Trump perdrait alors le contrôle du Congrès, ce qui affaiblirait sa présidence en fin de mandat.
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