LES CATHARES : HÉRÉTIQUES OU FIDÈLES D’UNE AUTRE RELIGION ?

par Bernard PLOUVIER

[ L’article récemment publié dans métainfos était selon Bernard Plouvier « universitaire » : https://metainfos.com/2025/11/04/les-cathares-complotistes-du-moyen-age/. On y oubliait les sources antiques ce qu’il se propose ici de préciser; NdR ].

À la mort de Jésus de Nazareth et par une mauvaise interprétation de ce qu’il avait dit, les rares Christanoï de Jérusalem et environs croyaient proche le retour glorieux du « Fils de dieu » (plus tard dénommé Parousie) et son triomphe, après un gigantesque combat entre les forces du Bien et les forces du Mal. Vingt siècles plus tard, les juristes simplifièrent la chose en décrétant que, dans chaque guerre, les vainqueurs étaient les Bons et les vaincus les Méchants. 

Aux approches des années 950-1033 (du nouveau style, puisque depuis le VIe siècle avait commencé le comput de l’ère dite chrétienne), quelques devins, prophètes et autres charlatans annoncèrent une nouvelle fois la Parousie et le combat tant attendu ou Armageddon, qui devait se dérouler près de ce qui restait de Jérusalem (les Juifs attendant un combat différent dans son résultat près de Megiddo). Rien ne se passa comme on l’avait annoncé et, au XIXe siècle, un universitaire clownesque, le célèbre Jules Michelet, inventa « la Grande Peur de l’An Mille ». Il était passé à côté du vrai problème : celui du Renouveau chrétien.

Illustration médiévale représentant une bête à plusieurs têtes avec un personnage humain en arrière-plan.

Il est indéniable que du Xe au XIIIe siècles, la contestation fut très forte au sein du catholicisme, étant réactionnelle à la débauche et à la tyrannie de trop nombreux prêtres et moines et, plus que tout, au comportement de papes et de prélats qui se présentaient en chefs temporels, utilisant leur charge spirituelle comme d’une arme dirigée contre leurs ennemis, les monarques et les féodaux laïcs (ou laïques, comme l’on voudra).

Le retour à la pauvreté du Christ et de ses premiers disciples fut le leitmotiv de la réforme clunisienne lancée par l’abbé Odon vers 930… trahie un siècle plus tard par l’abbé Hugues, pour qui la rigueur de vie et l’austérité des moines était compatible avec l’édification d’une gigantesque église abbatiale, qui exigea une quarantaine d’années de 1088 à 1130. Il est évident que, toujours et partout, une majorité de fidèles aime le decorum pour la « maison commune » (le temple ou l’église, implantés au centre de la ville ou du village bien avant que l’on pense à la notion d’hôtel-de-ville) ainsi que pour les cérémonies. On lançait ainsi à Cluny l’art roman, mais on s’écartait de la règle de pauvreté de Benoît de Nurcie.

Vue d'une église médiévale avec un clocher en pierres et un toit en ardoises, entourée de verdure et sous un ciel bleu dégagé.

À la fin du XIe siècle, il était devenu évident que les abbayes clunisiennes trahissaient l’idéal monastique, les réformistes ayant versé dans la recherche du spectaculaire, estimant que rien n’est trop beau ni trop grand pour glorifier l’omnipotence et la majesté divines. En réaction, le mouvement Cistercien sortit du monde clunisien, privilégiant la spiritualité et le détachement des biens matériels. On a tort de n’y voir qu’une dissidence : c’était une opposition fondamentale entre deux conceptions de la vie religieuse. En 1098, lorsqu’il fonda un monastère sur les terres de Cîteaux (photo ci-dessous), Robert de Molesme en revenait à la pure règle bénédictine : pauvreté, austérité de vie (un seul repas quotidien, généralement végétarien), lieu de culte dépouillé et clôture stricte… d’où quelques révoltes de moines moins masochistes que leur saint abbé.

Vue d'un édifice historique ou d'une abbaye avec de grandes fenêtres et des murs en pierre, entouré d'un espace vert.

Entretemps, vers 1084, Bruno avait fondé l’ordre des Chartreux, à la recherche de « l’humilité parfaite ». Dix ans auparavant (vers 1075), Étienne de Muret, né une quinzaine d’années après Bruno et issu comme lui de grands féodaux, avait créé un ordre mendiant (devenu ensuite l’ordre de Grandmont) dont la règle était fondée sur la « doctrine évangélique » – et nullement sur les broderies métaphysiques et morales des « pères de l’Église ». Ce contestataire avait refusé la prêtrise par humilité, se contentant du diaconat. Il anticipait d’un siècle et demi les obsessions de Jean di Bernardone-Moriconi, plus connu sous le pseudonyme de François d’Assise, baptisé en 1182.

Une représentation artistique de Saint François d'Assise, vêtu d'une robe franciscaine, levant les bras avec une expression d'éloquence spirituelle, dans un paysage naturel paisible avec des éléments symboliques tels que des crânes en bas à droite.

Les XIe–XIIIe siècles furent l’époque faste de la fondation d’ordres religieux – certains reclus, d’autres ouverts sur le monde des fidèles -, où l’on prônait l’austérité de vie, avec deux variantes : la sévère, où l’on bannissait le rire en méditant sur la perversité profonde des humains, et la souriante, en exaltant la « joie évangélique ». Le manichéisme, qui n’a rien de médiéval comme on va voir, faisait un retour en force.

Humilité et pauvreté volontaires, respect de l’enseignement des Évangiles canoniques, recherche d’un certain degré de perfection dans la vie terrestre sont, en Occident, bien antérieurs à l’irruption du mouvement des Bogomiles puis des Cathares. Mais ces précurseurs des Hippies – New Age de l’après-1945 sont fort mal vus du haut-clergé, catholique ou orthodoxe, sauf quand un pape ou un grand prélat comprend que les humiliores, fort bien vus d’une grande partie des fidèles, peuvent servir de « manteau de Noé » à une Église de plus en plus corrompue par la richesse et la quête de puissance temporelle.      

Illustration médiévale représentant des personnes dénudées escortées par des soldats vers un château, symbolisant des scènes de jugement ou de persécution.
Enluminure représentant l’expulsion des habitants de Carcassonne en 1209 (Grandes Chroniques de France, vers 1415, British Library).

À chaque époque de l’histoire des religions, l’on a constaté la formation de groupes de fidèles à forte conscience éthique, niant l’intérêt des prêtres et prônant l’union intime de chacun avec la divinité dans un « dialogue intérieur ». Chez les païens antiques, cela s’était appelé le mouvement gnostique, et il y eut autant de gnoses que de grands gourous, singulièrement en Alexandrie : Luther, Calvin et consorts n’ont rien inventé !

Un peu avant l’An Mille, se sont multipliés les sectes et les cénacles, constitués autour d’un ou plus rarement d’une illuminé(e), où les fidèles voulaient vivre aussi saintement que possible, ce qui sous-entendait une austérité de mœurs, le refus de la course aux richesses, le dédain des conseillers spirituels, tout en restant intégrés au monde extérieur, notamment au milieu professionnel.

L’Église a vigoureusement combattu ces hérésiarques au nom d’un principe théologique : pas de culte sans médiateur patenté entre les fidèles et la divinité. Il est évident que ce « principe sacré » cache l’intérêt corporatiste qui est double : il s’agit autant de défendre la source des revenus que la raison de vivre des clercs, la « direction des consciences », en résumé un délicat mélange d’affaire de gros et de petits sous et de volonté de puissance.

De fait, une écrasante majorité de fidèles réclame l’assistance des prêtres et des moines pour les guider dans leurs mortifications – le Chrétien est un masochiste, comme l’est le Juif pieux, obsédé par ses injonctions rituelles, ou le Mahométan djihadiste prêt à sacrifier sa vie. Le clergé joue bien sûr un rôle fondamental dans l’orientation des aumônes et dans les prières qui permettent de racheter les fautes et d’obtenir l’assurance-vie paradisiaque, après le séjour, quasi obligatoire mais de durée indéterminée, en ce Purgatoire que les casuistes du XIIe siècle viennent officiellement d’inventer… ils n’ont eu que le mal de fouiller chez Platon ou chez Lucien de Samosate pour découvrir qu’à côté des Champs Élysées (le Paradis grec antique destiné aux justes et aux vertueux), des Enfers où les Erinyes torturent les méchants, existait le groupe des « ombres errantes » des « âmes moyennes » ni vraiment bonnes ni totalement méchantes qui s’évanouissent définitivement si aucun vivant ne se soucie d’elles. Le Purgatoire fut et reste une source de chantage affectif familial et de revenus cléricaux.

Depuis les Xe et XIe siècles – période faste pour la réflexion, puisqu’on y attendait puis célébrait le millénaire du séjour du Christ dans la « Vallée de larmes » -, est apparu chez nombre de laïcs chrétiens à fortes exigences éthiques le désir de faire mieux qu’une vie de travail, de prières et d’aumônes, pour obtenir le salut éternel. Pour ces perfectionnistes, qui oublient le dicton qui fait du mieux l’ennemi du bien, il fallait renoncer au monde, se jeter dans « la pauvreté volontaire », l’activité prédicatrice, voire dans l’errance, comme l’avaient fait les premiers compagnons de Jésus de Nazareth.

Une représentation de Saint François d'Assise s'adressant aux oiseaux et autres animaux, entouré de moines. L'image montre une scène de compassion envers la nature et la faune.

On en revenait à une lubie d’Augustin, lui-même fils de riches, longtemps débauché et dont les écrits ont servi de source à toutes les hérésies chrétiennes, selon laquelle « le pauvre » est censé posséder davantage de richesse spirituelle et de dignité morale que le nanti… il faut imaginer que « les pauvres » du Bas-Empire et du Moyen Âge étaient d’une autre essence que les vrais indigents qu’un médecin hospitalier français des XXe–XXIe siècles peut soigner, qui sont en majorité des fainéants, des imbéciles ou des psychotiques, des asociaux et/ou des ivrognes.

Chaque époque traîne ses mythes et sa jeunesse cossue aux idées absurdes. Celle des XIe–XIIIe siècles est la grande période des ermites et des prêcheurs gyrovagues, ces derniers traînant une suite de vagabonds, de prostituées plus ou moins repentantes et de lépreux – ce qui a beaucoup contribué à l’accroissement de l’endémie lépromateuse.

Tous ont en commun de refuser les sacrements d’une Église qu’ils jugent condamnée par sa corruption et refusent également nombre de postulats fondamentaux du christianisme : ils nient la bonté de la création et même l’intérêt de la procréation. À quoi bon perpétuer une espèce mauvaise ou, pour le moins, médiocre ? Ils refusent de tuer hommes ou bêtes, sont végétariens et chastes… ils se rapprochent de diverses mouvances gnostiques des premier et deuxième siècles de l’ère dite chrétienne, dans la continuité de l’enseignement d’un contemporain admiratif de Jésus, Simon, dit le Magicien, personnage fort calomnié par les Pères de l’Église, parce qu’il ne voyait qu’un homme merveilleux là où ils adoraient un homme-dieu ou un dieu incarné… on y reviendra.

En 1056-57, sont mentionnés pour la première fois, à Milan, les « Patarins » (de pataria en bas-latin qui signifie : guenilles). Ce sont des Gueux volontaires, qui s’attaquent par la voix et parfois de façon plus brutale aux mauvais prêtres, débauchés et/ou simoniaques. C’est de façon erronée qu’au 3e Concile du Latran, en mars 1179, on les confondra avec les Cathares : le mouvement patarin est d’une autre essence. Ce sont des chrétiens contestataires, estimant qu’un sacrement n’est d’aucune valeur s’il est administré par un mauvais prêtre. Ils contestent le bien-fondé du paiement de la dîme au clergé, estimant qu’elle doit être directement distribuée aux pauvres par les communautés de laïcs.

Un moine religieux, agenouillé et les mains jointes dans une position de prière, sur un fond ancien.

Le mouvement patarin (photo ci-dessus) s’étend un peu partout en Italie, en Dalmatie et en Bosnie, au XIIe siècle. Le plus célèbre des chefs de Patarins est Arnaud de Brescia, un laïc, ancien élève d’Abélard à Paris, qui, au milieu du siècle, encourage les Romains à brûler les trop belles demeures des cardinaux et à exiger du pape qu’il fasse renoncer le clergé à la vie fastueuse. Il ose même taxer de faux la Donation de Constantin (il a raison) et encourager le clergé à renoncer à toute prétention temporelle. Ce perturbateur est condamné au 2e Concile du Latran, réuni en 1139 par Innocent II, ce qui l’excite davantage : il installe une Commune à Rome en 1145, s’opposant à l’autorité pontificale. Il est excommunié par Eugène III, en 1148, puis condamné au bûcher en 1155, par Adrien IV, qui met Rome en interdit durant une année, en guise de pénitence collective. Arnaud n’était nullement hérétique, mais il était à la fois pourvu d’une forte exigence éthique et d’une pratique quelque peu radicale de la contestation.

Tous les « Humbles » (Humilitates, un mot que certains historiens ont tort de traduire par  Humiliés) ne s’opposent pas à l’Église, loin de là. Alexandre III, contemporain de Pierre Valdo, canonisera celui qui avait lancé le mouvement en Italie : Jean de Meda, mort en 1159. Au Concile de Vérone, réuni en 1184 par le Cistercien Ubaldo Allucingoli, devenu le pape Lucius III, il est décidé que désormais ceux et celles que l’Église jugera « hérétiques » seront livrés « au bras séculier », soit l’autorité temporelle à qui l’on refile hypocritement la charge et la réprobation de l’exécution !

En 1201, le pape innocent III, qui est certes un politicien qui cherche toujours à étendre les territoires pontificaux, mais aussi un clerc de grande droiture morale, parvient à ramener dans le giron de l’Église une bonne part des Humilitates de Lombardie, puis en 1208 une partie des Vaudois, qui deviennent respectivement « les Pauvres catholiques » et « les Pauvres réconciliés ».

Les Vaudois ne sont nullement des Cathares. Pierre Valdès (ou Valdo) pose un énorme problème à la hiérarchie catholique, celui de la traduction des textes saints en langue vulgaire. L’histoire débute plutôt bien et se termine en tragédie.

En 1139, un laïc qui prêchait la nécessité d’un retour à la pauvreté évangélique et tonnait contre la richesse du clergé, Pierre de Bruys, avait été brûlé à Saint-Gilles-du-Gard, ville célèbre par le pont très fréquenté qui enjambe le Petit-Rhône juste à la sortie de la ville, en direction de l’Est. Bien que partageant ses idées, l’abbé de Cluny Pierre le vénérable et son ami Bernard de Cîteaux l’avaient combattu par principe : un laïc n’a pas à prêcher, ôtant au clergé son monopole.

Statue d'un moine ou philosophe assis, tenant un livre et portant une robe de moine, sur une base monumentale ornée.

En 1173, Valdès, riche négociant lyonnais (sculpture ci-dessus) distribue aux pauvres le produit de la vente de ses biens, conservant simplement de quoi financer la traduction en langue d’Oc et en langue d’Oïl (celle-ci étant effectuée par Bernard Ydros en 1179) des Évangiles selon Jean et selon Matthieu, des Actes des apôtres et de quelques textes des saints Ambroise et Augustin. En outre, Valdès prêche le retour à la pauvreté évangélique dans les divers quartiers de sa ville et aux environs, ce qui chagrine les fastueux chanoines-comtes de Lyon. Pour eux, il ne peut s’agir que d’un hérétique : un homme qui conteste la place que Dieu lui a assignée par sa naissance et son activité professionnelle. L’ordre social est voulu par Dieu, tel est le dogme reconnu aussi bien par le clergé catholique que par l’orthodoxe… à dire vrai, c’était le fondement de presque toutes les religions antiques, même celle du créateur du monothéisme : Akhenaton-Aménophis IV.

Sculpture d'un homme se penchant en avant sur le bord d'un bâtiment, tenant ses mains au-dessus de sa tête, avec un ciel bleu en arrière-plan.
Pierre Valdo représenté en gargouille sur la cathédrale Saint-Jean à Lyon. Le sculpteur le figure la tête creuse, comme un fou, prêchant vers le ciel, au lieu de se prosterner devant son dieu.

En mars 1179, profitant du 3e Concile du Latran, Pierre Valdès et ses « Pauvres du Christ », nu-pieds et misérablement vêtus, viennent saluer le pape Alexandre III, qui est ému par leur piété et leur renoncement aux biens terrestres par amour de l’Évangile. Il embrasse Pierre, mais ne lui donne que verbalement l’autorisation de prêcher et sous la condition que son archevêque l’y autorise. Le titulaire du siège archiépiscopal de Lyon, l’austère Guichard de Pontigny, guère édifié par le comportement du clergé local, encourage l’activité des « Vaudois », dont le mouvement s’étend le long de la vallée de la Durance. Mais son fastueux successeur considère comme schismatiques ces prédicateurs laïcs qui prétendent remplacer les « mauvais prêtres ». Chassés de Lyon, Pierre Valdès et ses compagnons se répandent dans le Quercy et le Bas-Languedoc, en Dauphiné, dans le Piémont et en Lombardie… et perdent toute retenue !

Non seulement, ils prêchent (après tout, Alexandre III ne s’y était pas opposé), mais ils confessent les péchés des fidèles et osent même commémorer la Cène. Ils sont excommuniés par le Concile de Vérone, réuni par Lucius III, ayant été déclarés anathèmes le 4 novembre 1184. vers 1190, on trouve diverses communautés d’inspiration valdésienne hors de France : les « Nouveaux esprits » en Souabe et les « Apostoliques d’Anvers ». Pierre Valdès meurt en 1207 et trois à quatre ans plus tard, une scission se produit au sein des Vaudois : certains continuent leur activité de prédicateurs itinérants illégaux, d’autres rejoignent les communautés d’Humilitates de Lombardie, retournés dans le giron de l’Église.

Au 4e Concile du Latran, le grand concile réformateur de l’an 1215, Innocent III déclare hérétiques les compagnons de Valdès, qui se sont répandus dans le Saint Empire (où Martin Luther les protègera au XVIe siècle), dans des zones rurales isolées du sud de la France (Provence, Dauphiné, Vercors où on les appelle les « Chagnards ») et du nord de l’Italie. Ils s’organisent en communautés fermées, où un « oncle » prêche, confesse et distribue l’eucharistie. La ressemblance avec les communautés de Cathares – contemporaines – est forte, au point que de nombreux clercs, puis quelques historiens, confondent les deux variétés de réprouvés, pour lesquels le pape Martin IV supprime en 1281 l’application du droit d’asile. Au XVIe siècle, quelques communautés provençales de Vaudois fusionneront avec les Calvinistes ou les Luthériens.

Il ne faut en aucun cas confondre ces prédicateurs austères, dominés par une forte conscience éthique, avec les Goliards du XIIe siècle, ces étudiants pauvres et contestataires, qui sont débauchés, ivrognes et peu doués pour l’étude. Ces ancêtres des soixante-huitards du XXe siècle sont des inadaptés sociaux, pas forcément des minables : un groupe de ces étudiants vagabonds et de ces clercs en rupture de vocation commence vers 1220 la rédaction des Carmina Burana, mêlant allègrement le bas-latin, le moyen-haut allemand et la langue d’Oïl (que l’on commence à nommer le français). En 1803, le philologue Johann Schmeller découvrira le Codex Buranus en fouillant les manuscrits de l’abbaye bénédictine sécularisée de Beuern en Haute-Bavière… et, en 1937, sera créée à Berlin, dans le soi-disant désert culturel du IIIe Reich qui fut au contraire une période d’intense créativité artistique, l’adaptation musicale grandiose de Carl Orff.

Illustration médiévale représentant un moine avec un bâton et une figure debout levant les bras, symbolisant des scènes d'adoration ou de prêche.

Les Goliards (photo ci-dessus) reprochent leur fonction et leurs richesses à ceux qui en sont pourvus, alors qu’ils sont eux-mêmes trop nuls, trop paresseux ou trop indépendants (comme ce sera le cas de François Villon, trois siècles plus tard) pour se plier à la discipline nécessaire à une honnête carrière. Ils méprisent les paysans et se sentent supérieurs aux chevaliers, alors même qu’ils sont souvent des pillards, des violeurs et des couards. Mais ils dissertent volontiers sur les droits que tout homme « tient de mère nature »… assurément, la comparaison avec nos tristes sires des années 1968 sq. s’impose !

Tout autres sont les Cathares qui ne sont nullement des chrétiens hérétiques ou schismatiques, si nombre d’entre eux sont des apostats du christianisme.

On oublie trop souvent que les deux premiers chefs de la minuscule communauté chrétienne de Jérusalem ne croyaient nullement en la « divinité » de Jésus et pour une excellente raison : le premier « évêque », Jacques « le Juste », choisi par Jésus pour diriger la communauté après sa mort, était le demi-frère de Jésus (né de Joseph et de sa première épouse) et le second, Siméon, était le cousin de Jésus et du Juste. On ne sait trop si Jude, autre demi-frère de Jésus, ou Jacques le Mineur, frère de Siméon et cousin de Jésus, ont cru en la fable inventée par Saül de Tarse (bientôt autoproclamé « l’apôtre Paul ») ; il est probable que le précurseur, autre cousin de Jésus, Jean le baptiste, éliminé très tôt de l’histoire, en aurait également souri. Il faut se souvenir que Jésus s’était entouré de parents et d’amis, pour lesquels Saül-Paul fut toujours un imposteur… mais c’est cet homme qui créa le christianisme !

En 811 AUC (Ab Urbe Condita, dans le comput romain) – si l’on préfère en 58 « après Jésus-Christ », selon le comput chrétien -, Paul envoya une lettre à la petite communauté de chrétiens de Rome où il laissait éclater sa foi en la résurrection de Jésus… et qui d’autre qu’un Dieu pouvait ressusciter de sa propre initiative ? En 812 (59) il récidivait en faisant de Jésus « l’incarnation de l’esprit de Dieu ». Un ordre comminatoire de Jacques « le Juste » et de l’ensemble des apôtres ui enjoignit de venir à Jérusalem pour s’y expliquer.

Mosaïque représentant un apôtre tenant un rouleau et un glaive, avec une auréole dorée en arrière-plan.
ST PAUL

Il traîna un peu et Jacques envoya une lettre circulaire à toutes les communautés-filles, seul texte que la postérité conserva du « Juste ». En cette épître, Jacques exhortait les « élus » à croire aveuglément « au Dieu de lumière, inaccessible au mal et Père des hommes ». Il présentait son frère Jésus comme étant le « Messie glorieux », exigeant l’égalité parfaite entre les élus, une recherche constante de la vérité, la méditation, la pratique quotidienne de l’amour mutuel et le refus des sottises et des médisances, venant de ce dont il fallait plus que tout se méfier : la parole, la langue étant remplie d’un venin mortel, résumant en elle le monde de la méchanceté. Prenant l’exact contrepied de ce qu’avait écrit Paul à ses chers Galates, cinq à six ans plus tôt, Jacques affirmait : « C’est par les œuvres que l’homme est justifié et non par la foi seule »… il anticipait de 15 siècles la grande querelle de la Réforme !

Portrait d'un homme au regard contemplatif, vêtu de vêtements historiques, les mains jointes en prière, et tenant un bâton. L'arrière-plan est lumineux et évoque une ambiance spirituelle.
L’apôtre Jacques

Ayant écrit, Jacques se recueillit en attendant de confondre le fou impie devant les Anciens de la communauté de Jérusalem. Paul arriva enfin et parla. Jacques le Juste avait eu raison de se méfier de la parole : il raisonnait, Paul faisait rêver. Et, à la stupéfaction du « Juste », une partie des apôtres et des disciples, qui avaient été les compagnons de Jésus, acceptèrent tout ou partie du délire Paulinien : beaucoup crurent en sa résurrection. Quelques-uns, abandonnant toute retenue judaïque, en vinrent même à admettre la possibilité que le Maître fût plus qu’un homme… déjà, du vivant de Jésus, Thomas et Pierre (pourtant peu subtil) le pensaient.

Seuls les « Nazaréens », disciples esséniens du « Juste », et les « Ébionites », disciples de Siméon, tous implantés après l’assassinat du « Juste » à l’Est du Jourdain, continuèrent à évoquer le plus beau des fils des hommes : Jésus, le Messie qui avait apporté le message d’amour universel (agapè en grec).  

Illustration of Earth shaped as a heart with the text 'Agape Love' displayed prominently, symbolizing universal love.

 

Durant deux millénaires, quelques descendants des « Nazaréens » de Jacques « le Juste » ont survécu en Chaldée, dans le petit royaume de Characène ou Mésène, au Nord du Golfe persique. Ils bénissent la mémoire de Jean qui avait baptisé leur Maître fondateur, le Manda (savant) Haije (Jacques). Ils méprisent en revanche la mémoire de son frère, un certain Jésus, qui avait totalement dénaturé les paroles de vérité du Baptiste et pactisé avec l’occupant romain. Dans leur livre sacré, le Livre de Jean, rédigé en araméen rehaussé de mots parthes, était annoncée la venue d’un rédempteur qui vaincrait le « Roi des ténèbres » au prix d’une longue et pénible guerre. Les prêtres de ces paisibles et charitables individus baptisent les enfants par immersion complète en eau vive, pratiquent la divination par l’astrologie ainsi que la médecine par les simples et la magie. Ils se nomment entre eux les « Mandéens » ou « Elchasaïtes » (photo ci-dessous) reste à savoir s’il en existe encore après les ignominies génocidaires des djihadistes, les guerres d’Irak, aux XXe et XXIe siècles, qui ont par ailleurs beaucoup tué de chrétiens « chaldéens » (affiliés au catholicisme paulinien, mais de rite archaïque).

Un groupe de personnes en vêtements blancs, méditant et lisant des textes religieux, dans un environnement naturel.

De la communauté mandéenne de Séleucie-Ctésiphon (à une trentaine de km au Sud de l’actuelle Bagdad), sortit au IIIe siècle le pieux Mani. Bien qu’étant affligé de naissance d’un pied-bot, il fut un grand voyageur, initié aux cultes perse et bouddhique, ainsi qu’à la philosophie grecque. En six traités écrits en araméen plus un autre écrit en persan, il voulut amalgamer les enseignements sacrés perse, hindou et juif à ceux de Platon et d’Aristote. Zoroastre, Bouddha et « Jésus la Lumière » furent sa trinité : « Dieu a communiqué à chaque génération de prophètes le juste savoir ». Ce doux halluciné fut martyrisé à l’âge de 61 ans en l’An 277. S’il faut chercher la source spirituelle et philosophique de ce que l’on a appelé en Occident le Catharisme, c’est dans le syncrétisme de Mani qu’il faut puiser.

Illustration représentant une scène historique ou mythologique, avec plusieurs figures humaines vêtues de costumes traditionnels, entourées de paysages floraux et d'éléments célestes.
La Naissance de Mani, peinture chinoise de la dynastie Yuan, XIVe siècle.

Dans la religion juive inventée par l’Égyptien Osarseph-Moïse, la création, belle et bonne en soi, est l’œuvre d’un Dieu juste, omnipotent et colérique, réservant ses douceurs et son attention à la seule « race juive, pure de tout mélange ». Cette création a été pervertie par un ange déchu : Satan ou Lucifer. Yahvé – El Chaddaï est supérieur aux autres dieux – au sens strict, le judaïsme originel, du moins dans sa version élohiste, n’est pas un monothéisme, mais une variante d’Hénothéisme. Ce dieu omnipotent fera donner la toute-puissance sur Terre aux Juifs par son envoyé, le Messie, quand il l’aura décidé : c’est le pilier de l’espérance née du délire de Moïse, entretenue par divers réformateurs puis par le rabbinisme talmudique.

Représentation artistique de Moïse, tenant un bâton, devant les eaux qui se séparent, avec des personnes en arrière-plan, évoquant le passage des Hébreux à travers la mer.

La foi perse antique est très différente. Elle met en scène deux divinités de pouvoirs identiques, l’une bonne (que l’on nomme selon les provinces : Ormuzd ou Ahura Mazda), l’autre mauvaise : Ahriman. Le grand Zoroastre a formalisé cet enseignement dualiste, un siècle environ avant que la Torah juive (le Pentateuque de l’Ancien Testament) ne soit mise par écrit, lors de l’exil civilisateur des Juifs en la mégalopole de Babylone. Par la suite, un des prêtres de la religion zoroastrienne a voulu apporter davantage d’espoir à l’humanité, en annonçant la venue sur terre – à une date indéterminée, bien sûr : les grands prophètes vivent dans l’absolu et ne descendent pas au niveau des trivialités chronologiques – d’un demi-Dieu, né d’une vierge au solstice d’hiver, pour régénérer l’humanité souffrante et organiser la lutte victorieuse des forces du Bien contre celles du Mal. Ce sauveur devait s’appeler Mithra, dont Grecs et Romains antiques firent Sol Invictus, car le soleil leur semblait l’unique principe de fécondation et de régénération.

Mosaïque représentant un visage féminin entouré de rayons, symbolisant la lumière ou une divinité, sur un fond décoratif.

Simon, le Samaritain déjà cité, qui avait fréquenté les diverses écoles philosophiques d’Alexandrie et qui devint le père de nombreuses variétés de gnoses, salua l’effort de son contemporain Jésus de Nazareth, mais conseilla à ses nombreux disciples d’y mêler l’enseignement des Grecs antiques. Pour Simon, Jésus, en faisant connaître le Dieu de bonté et d’amour, avait aboli le règne de Jéhovah-Yahvé, Dieu sectaire, vindicatif et cruel en dépit de sa réputation de divinité vouée à la justice.

Illustration représentant Jésus-Christ avec des cheveux longs et une barbe, portant un habit blanc, dévoilant un cœur entouré d'épines et enflammé, levant une main en signe de bénédiction, avec un halo lumineux en arrière-plan.

Le Mandéen Mani, offre une version rajeunie du zoroastrisme, mêlée aux enseignements de « Jésus la Lumière », du Bouddha et du couple Platon-Aristote. Selon lui, il n’existe qu’un seul Dieu, voué au Bien, un dieu de bonté combattu par un démiurge mauvais, le « Prince des Ténèbres » – cette appellation, d’origine persane, a été reprise par les Esséniens au 2e siècle avant J.-C., par les judéo-chrétiens (ou Nazaréens) de Jacques « le Juste » et les Ébionites de Siméon. Du culte proto-chrétien, Mani a retenu le jeûne et l’abstinence du dimanche, la pratique de la confession, l’imposition des mains du prêtre sur la tête du fidèle pour lui transmettre la paix de l’esprit, les sept prières quotidiennes (que l’islam reprendra et dont les Cisterciens abandonneront la pratique). En revanche, la grande fête annuelle, lors de l’équinoxe de printemps, appelée Bêma chez les manichéens, parce que pour cette occasion on dresse un autel surélevé (ce qui correspond au sens du mot grec utilisé), est un rite moyen-oriental remontant à la plus haute Antiquité.

Mani n’était pas un inconnu au temps du Bas-Empire romain, mais ses idées n’avaient connu de diffusion notable qu’en Mésopotamie, en Égypte puis au Maghreb Occidental (au point qu’Augustin fut d’abord manichéen, avant de devenir chrétien). D’Asie Mineure, les manichéens essaimèrent jusqu’en Chine, où ils furent nombreux jusqu’au XIIIe siècle ; les chrétiens nestoriens de l’entourage des Khans mongols se firent une joie de ruiner leur influence. C’était d’autant plus facile que les manichéens étaient des adeptes de la non-violence. Dans l’Empire romain d’Occident, la connaissance des idées manichéennes était restreinte aux milieux dirigeants, alors que le culte de Mithra, moins élaboré et sanctifiant la défense de la patrie, était fort populaire chez les soldats :

Scène représentant des figures historiques ou mythologiques sculptées dans la pierre, illustrant des personnages en costume antique interagissant avec un animal.
Mithra

C’est par la conception de Mani que l’Occident médiéval connut le dualisme perse, rebaptisé « manichéisme ». Ces idées furent transmises par des pérégrins faisant le tour des rives de la Mer Noire et par des marins. Ils influencèrent beaucoup, durant le haut-Moyen Âge, les habitants de l’antique Thrace : Bulgares et Macédoniens. Un médecin bulgare, nommé Basile, remania l’enseignement de Mani dans l’espoir (vain) de ne pas trop mécontenter le tout-puissant patriarche de Constantinople. Dans la conception de Basile, véritable fondateur des « Bogomiles », le Dieu unique a créé deux êtres supérieurs : l’aîné, Sataniel, étant une essence maléfique, tandis que le cadet, le Christ, est le principe rédempteur. La hiérarchie orthodoxe a condamné cette version trinitaire dans laquelle Satan remplaçait le Saint-Esprit et les empereurs byzantins se firent un devoir de persécuter les Bogomiles, dont quelques-uns quittèrent des zones devenues hostiles, une fois brûlé leur maître Basile en 1118.

Sarcophages anciens en pierre, décorés de sculptures, exposés dans un champ entouré d'arbres et de collines.
Tombes bogomiles

On signale quelques manichéens, sous le nom de Bogomiles, en France du nord au XIIe siècle, où ils n’entraînent guère la conviction d’un peuple laborieux et psychorigide. L’An 1145, leur présence est attestée en Lombardie, en Rhénanie (singulièrement à Cologne) et en Angleterre, où ils ne font guère recette. Leur propagandiste nordique le moins inconnu est un Anversois, nommé Tanchelin, qui prêche l’austérité et la chasteté en Flandres, en Champagne et en Bourgogne, sans grand succès. il en va tout autrement, dans le milieu Occitan, du Poitou aux Pyrénées.

Map showing the expansion of Bogomilist communities from the 10th to the 15th century, including connections between Cathars and Bogomils across Europe.

À compter de 1147 (c’est du moins la date de la première mention des Bogomiles et des Manichéens en langue d’Oc et en pays pyrénéens), se rencontrent une foi et un peuple, qui aime parler et s’entendre parler, perpétuellement insatisfait de ses conditions de vie. Le mouvement des Cathares est né, qui se répand très vite, au point qu’en 1165 a lieu une « dispute » (une confrontation théologique) entre prélats catholiques et savants cathares, arbitrée par la très puissante comtesse de Toulouse en son palais. Selon certains historiens, les Cathares suivent en apparence des rites du proto-christianisme. La réalité est différente : ils suivent sans trop le savoir les rites mandéens révisés par Mani.

Lorsqu’en mai 1167, à Saint-Félix-de-Caraman, un « parfait » bogomile dénommé Nicétas (Nikita) expose aux chefs des communautés de Cathares du Languedoc la situation de leur Église, il évoque 16 diocèses ou provinces : 6 dans l’Empire romain d’Orient (si l’on préfère : byzantin), 6 en Lombardie et Piémont et 4 en terres de langue d’Oc et Nikita donne son accord pour augmenter le nombre des diocèses occitans à 6 : Albi, Agen, Béziers, Carcassonne, Razès et Toulouse. Un correspondant germanique de Bernard de Clairvaux, Evervin, prévôt du chapitre de Steinfelden (en Haute-Autriche, à mi-distance de Linz et de Salzbourg), a embrouillé tout le monde (postérité universitaire comprise), en faisant de Nikita, simple visiteur apostolique venu de Constantinople, le « pape des Cathares ».

Couverture d'une bande dessinée intitulée 'Cathares', représentant plusieurs personnages médiévaux sur fond de château fort.

Le mot cathare est un terme grec qui signifie : purifié (c’est l’état de celui qui est passé par la catharsis, ou purgation de ce qui est mauvais). Il désigne ceux et celles qui se sont dégagés des sortilèges du monde matériel, du domaine du démiurge satanique. Alors que la ville archiépiscopale d’Albi n’en renferme qu’une toute petite communauté, certains inquisiteurs désigneront du terme inapproprié d’Albigeois l’ensemble des Cathares du Sud-Ouest français… la bêtise et la désinformation sont de toutes les époques.

Couverture du livre 'Histoire des Cathares' par Michel Roquebert, représentant une scène médiévale avec des chevaliers en armure et une forteresse en arrière-plan.

Les Cathares sont des disciples de Basile, le fondateur bulgare des Bogomiles, pour lequel il existe un seul Dieu et ses deux créatures antagonistes d’essence quasi-divine, chacune d’elles étant aidée d’anges et de démons. Les Cathares ne sont pas des chrétiens hérétiques, même si l’immense majorité des Cathares sont des apostats du christianisme. Ils ont adopté une autre religion, syncrétiste, et en dignes Occitans, ils ont beaucoup brodé de poésie autour de quelques dogmes très simples, donnant en partie naissance au Fin’amor, qui doit rester chaste.

Pour eux, l’Enfer est sur terre… Pythagore l’avait déjà supposé six siècles avant la naissance du Christ, de même d’ailleurs que son quasi-contemporain, l’Hindou Gautama, le premier Bouddha. Comme l’avaient fait, avant eux, Marcion (un fils d’évêque du IIe siècle) et les chrétiens d’Arménie, ils rejettent avec horreur la Torah, raciste et sectaire, adoptant l’espoir de Salut universel, nullement réservé aux seuls membres de la « race pure et sainte », la « race juive ». Certains penseurs Cathares assimilent même Jéhovah à Satan ; ils ne méprisent nullement Jésus – dont certains font un ange qui accepta l’incarnation pour faire comprendre aux humains qu’ils devaient abandonner le culte pernicieux de Yahvé-Jéhovah, mais tous rejettent la croix, qui est le symbole de son échec. Comme l’écrit l’inquisiteur Bernard Gui, au XIVe siècle : « Ils prétendent que le Christ n’a pas eu vrai corps ». Sur ce seul point, des Cathares – pas tous – en reviennent à la doctrine proto-chrétienne monophysite, jugée hérétique par les catholiques, les orthodoxes et les réformés, selon laquelle l’incarnation ne fut qu’une apparence, un simulacre stricto-sensu. En revanche, à tous, le Pater noster semble une excellente prière, qu’ils utilisent largement.

Image du 'Notre Père' en latin, sur un fond ancien. Le texte est écrit dans une police stylisée, présentant une prière chrétienne traditionnelle.

Lorsqu’à partir de 1185, les prêtres cathares font traduire la Bible en dialectes occitans (provençal, languedocien et limousin), ils retiennent l’Ecclésiaste et 16 des livres prophétiques de l’Ancien Testament ainsi que les Psaumes en plus du Nouveau Testament… encore faut-il signaler que certains « parfaits » rejettent les Psaumes. En revanche, ils acceptent l’Évangile des Nazaréens, d’inspiration essénienne, dans la tradition de Jacques « le Juste ». Enfin, circule le Liber de duobus principiis, qui est un ouvrage de vulgarisation du concept dualiste, soit l’opposition des deux principes du Bien et du Mal.

La différence essentielle entre Chrétiens et Cathares tient au rôle de l’être humain dans l’univers. Pour la théologie juive, reprise par la chrétienne, l’homme (via la femme !) a perverti la création, en se laissant manipuler par Satan-Lucifer, l’ange déchu. Pour un Manichéen ou un Cathare, la création est intrinsèquement mauvaise, pervertie d’emblée par le Dieu (Ahriman) ou le démiurge (Sataniel) mauvais. De ce fait, les « parfaits » s’abstiennent de toute relation sexuelle pour aboutir, à terme, à l’extinction de l’espèce humaine et favoriser  l’apparition d’une autre forme d’humanité plus belle moralement… bien plus tard, le jésuite Pierre Teilhard de Chardin fera un tabac avec son délire sur la christosphère, alternative au règne du Surhomme nietzschéen, une hypothèse qu’on devait abandonner du fait de la tentative maladroite et criminelle du Reich hitlérien.

Sans trop s’en rendre compte, le grand Arthur Schopenhauer (lui-même assez porté sur les relations sexuelles, mais qui n’a pas laissé de postérité connue) s’approchait de la doctrine cathare lorsqu’il écrivait : « Si un dieu a fait ce monde, je n’aimerais pas être ce dieu ».

Citation d'Arthur Schopenhauer sur la misère du monde et la nature de Dieu.

Image textuelle sur un fond vert clair avec le mot 'À VOIR' en blanc.


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