DES GILETS JAUNES AUX  » TROIS COULEURS »

Par Franck BULEUX

En novembre 2018, une jacquerie nationale anti-fiscale d’essence populaire (les plus anciens pourraient la qualifier de « poujadiste ») et rurale se manifestait. Sans image mobilisatrice venue d’une structure hiérarchisée (un parti politique, un syndicat…), les militants prirent comme symbole un simple gilet jaune. Pourquoi ? Parce que chaque automobiliste dispose d’un gilet jaune puisque ce vêtement est obligatoire : lors d’un contrôle routier exercé par les forces de l’ordre (police, gendarmerie…), l’automobiliste doit présenter un triangle et… un gilet jaune. De plus, le Code de la route exige de disposer d’un gilet de haute visibilité (jaune…) en bon état et à portée de main. Le gilet de sécurité fluorescent avec un marquage Communauté européenne (CE) fait donc partie des équipements obligatoires en voiture ; en général, pour être visible, il trône sur la lunette arrière, perdant peu à peu de sa fluorescence. Le gilet doit en effet rester en permanence dans le véhicule.

Un gilet jaune posé sur le tableau de bord d'une voiture, avec une circulation dense sur une autoroute en arrière-plan.

Ainsi, le manifestant doté d’un gilet jaune exprime un double sentiment :

  • Il dispose d’un véhicule, donc il a des besoins en matière de carburant (en 2018, il y a encore moins de véhicules électriques qu’aujourd’hui) et il reproche aux dirigeants de ne pas limiter la hausse des tarifs (en bloquant, par exemple, le niveau des taxes qui représente le montant le plus important de la totalité du prix)
  • Il respecte la loi puisqu’il dispose d’un gilet fluorescent

Mais, au-delà de ces deux affirmations, le Gilet jaune (donc l’utilisateur potentiel devenu manifestant) utilise un objet obligatoire pour le transformer en objet de revendication. Aussi, il ne s’oppose pas aux règles puisqu’il les porte sur lui (vêtement jaune) en les mettant en valeur, y compris face aux forces de l’ordre. Utilisant un vêtement qu’il est obligatoire de posséder, voire de porter en cas d’accident ou de secours, il s’inscrit dans une démarche de respect de l’ordre.

Manifestation de personnes portant des gilets jaunes, marchant ensemble dans une rue, avec des drapeaux français en arrière-plan.

Cet élément n’a jamais été soulevé : le militant « gilet jaune » porte en lui une représentation de l’exigence légale. Ces « gens-là » ne sont pas là pour défier la loi puisqu’ils la portent sur eux. Ils s’en revendiquent tellement qu’ils deviennent l’objet porté. Ils sont « gilets jaunes ». On les traite de « gilets jaunes ». On en est presque à parler de listes « gilets jaunes » lors des élections européennes de 2019.

Plus prosaïquement, le gilet indique le refus de toute récupération politique. Aucun parti ne porte un gilet comme emblème ou insigne… un gilet qui plus est jaune : un vêtement cantonné aux personnes frileuses et âgées (le plus souvent même si un « petit gilet » peut se porter sous un costume mais cette image est peu sollicitée) et une couleur discréditée (syndicats jaunes, aux ordres du patronat, ou mari trompé, le jaune n’a pas bonne presse, sauf à considérer le poussin comme un leader incontestable d’un mouvement anti-spéciste).

Manifestants portant des gilets jaunes marchent dans la rue, tenant une banderole bleue avec les mots 'Français en colère'.

En arborant un gilet jaune, en dehors de tout esprit de mode et de toute considération partisane, les militants « des ronds-points » ont menacé le pouvoir central incarné par l’autocrate Macron, celui qui décide de tout (de l’exportation de la tapisserie de Bayeux à la guerre prévue au service de l’Ukraine en passant par des nominations de Premiers ministres totalement minoritaires non seulement dans l’opinion mais au sein de l’Assemblée nationale).

Des manifestants portant des gilets jaunes se regroupent lors d'une protestation, certains brandissant un drapeau français.

Pourquoi revenir sur cet épisode de contestation sociale ? Parce que le 10 septembre dernier, il n’y avait plus de gilets jaunes, ils avaient été remplacés par des drapeaux palestiniens, sorte de cache-sexe de deux forces centrifuges qui s’attirent : l’islam radical et l’ultra gauche. On était loin de la fiscalité française (pourtant la plus élevée des pays de l’OCDE), des fractures françaises et de la couleur du Soleil, le jaune.

Une grande foule de manifestants se rassemble dans une rue, portant des drapeaux et des pancartes. L'atmosphère est dynamique, avec des arbres et des bâtiments en arrière-plan.

Durant ce mercredi sombre, il n’était question que de défendre un pays qui n’existe pas et de bannir non seulement le jaune, mais aussi le « bleu-blanc-rouge ». Il ne reste plus grand-chose comme couleur pour ces hordes de partisans de l’ailleurs. Le noir probablement.

Le président Macron et La France insoumise (LFI) – pourquoi les dissocier ?- ont réussi l’exploit de rendre les manifestations anti-françaises et de transférer la colère française en revendication territoriale moyen-orientale. Aussi, les émeutiers ont pris le dessus et la France périphérique s’est éclipsée, préférant subir qu’agir. A votre avis, pourquoi la chaîne d’informations CNews fait des records d’audience ? Parce que le canapé sert d’exutoire.

Nous sommes bien loin des 110 000 Britanniques qui ont submergé le pont de Westminster ce 13 septembre à Londres, défilant sereinement mais de manière convaincante contre l’immigration qui déferle outre-Manche (comme dans toute l’Europe du Nord et de l’Ouest d’ailleurs).

Une foule de manifestants brandissant des drapeaux britanniques devant l'horloge emblématique de Big Ben à Londres.

En France, les Gilets jaunes n’avaient pas osé… le tribunal correctionnel n’est jamais loin de la lutte contre l’immigration (il faut toujours ajouter le mot « incontrôlée » lorsque l’on évoque ce phénomène social).

Pourtant, il serait tant qu’un parti populiste (qui vient du peuple) affronte, dans la rue et dans les urnes, les conséquences des 3 I : Impôts, Immigration et Insécurité.

Nous n’y sommes pas encore. Loin de là.


En savoir plus sur METAINFOS.COM

Subscribe to get the latest posts sent to your email.