par Yves MONTENAY
Le président XI fait face à de nombreux problèmes et tente de réagir. Lors du Covid, les excès du confinement, en sévérité comme en durée, ont ébranlé la confiance des Chinois. Le pouvoir a reculé et les jeunes manifestent partout leur mécontentement. Il est peu connu qu’en Chine il y a toujours des milliers de manifestations tous les ans, qui se règlent par l’arrestation des meneurs et le limogeage de quelques responsables locaux, pour pouvoir dire que les protestations ont été entendues.
Les sujets de mécontentement

Le sujet principal, complètement tabou, est le mécontentement envers le régime politique. Les individus sont encadrés de 1000 façons mais, parfois, un individu ou un groupe réussit pourtant à rompre cet encadrement. Les usagers d’une autoroute ont ainsi pu voir une grande banderole « Mort au dictateur », accrochée à un pont et vue par suffisamment de gens pour que la nouvelle parvienne jusqu’à nous en Occident.
Propagande et contrôle idéologique

Le Parti communiste chinois utilise les médias pour marteler sa propagande par tous les canaux : la télévision, la radio, la presse écrite et Internet. Il s’agit de promouvoir les valeurs du parti et renforcer l’unité nationale. En souvenir du petit livre rouge de Mao, il y a maintenant « les pensées du président Xi », auquel tout le monde est censé se référer. Cette propagande gagne l’étranger, avec la multiplication de comptes fictifs promouvant le point de vue officiel chinois.
Surveillance technologique et censure de l’information

Le « Grand Firewall » filtre et contrôle l’accès à Internet. La messagerie WeChat (1,38 Mds d’utilisateurs) et toutes les autres plates-formes sont soumises à une censure stricte, qui élimine rapidement les contenus jugés sensibles. Là aussi, cette censure s’étend aux comptes à l’étranger, notamment pour surveiller les appuis aux démocrates. Ce contrôle touche également les productions culturelles populaires et, plus généralement, l’industrie du divertissement afin d’éviter toute influence occidentale.
Contrôle des déplacements et des activités quotidiennes

Les fonctionnaires, les enseignants et les employés d’entreprises publiques doivent remettre leurs passeports aux autorités compétentes, afin de limiter les voyages non autorisés. Un dossier numérique note les déplacements internes et les achats.
La répression

Les individus critiques ou appartenant à des minorités ethniques et religieuses font l’objet de répressions sévères, tel récemment l’artiste Gao Zhen : La Chine emprisonne l’artiste contestataire Gao Zhen (Beaux Arts) Leurs avocats disparaissent également. Les minorités, tels les Ouïghours au Xinjiang, sont « rééduquées » et internées. Les musulmans et les chrétiens sont particulièrement surveillés.

La pollution

L’air, l’eau et les aliments sont souvent très pollués. Les riches Chinois feraient venir leur nourriture de l’étranger. Le mécontentement a été tel à Pékin, où il n’y avait pas eu de ciel bleu depuis des années, que les usines les plus proches ont été délocalisées, ce qui n’a fait que déplacer le problème. La Chine est maintenant le principal pollueur mondial, non seulement chaque année, mais aussi en cumulé. Le régime met l’accent sur l’énorme quantité de panneaux solaires et d’éoliennes installées, mais en 2024 la construction de nouvelles centrales électriques à charbon a atteint son plus haut niveau depuis près d’une décennie. Le pays a maintenant construit 94,5 gigawatts de centrales à charbon, soit 93 % du total mondial. (https://metainfos.com/2025/08/09/le-monstre-energetique-chinois-se-reveille/) L’objectif officiel reste néanmoins d’atteindre un pic d’émissions de carbone d’ici 2030. Mais à quel niveau ?
Une longue liste de problèmes

Parallèlement à ces sujets de mécontentement, le gouvernement se heurte à des problèmes à mon avis très graves : démographie (https://metainfos.com/2021/10/22/demographie-chinoise-histoire-dun-declin-annonce/), écroulement de l’immobilier, décrochage des jeunes, retombées des subventions sur le Chinois de base. Le pouvoir se rend compte qu’il est impuissant face à la chute de la fécondité (Lien), elle-même la cause principale de l’écroulement de l’immobilier : les investisseurs privés, acheteurs sur plan, ne trouvent pas d’acquéreurs finaux, parce qu’il y en a de moins en moins de jeunes couples pour occuper ces logements. Le problème est aggravé parce que les acheteurs sur plan sont en général des adultes faisant une épargne de précaution pour leurs vieux jours, faute de système social. Leur ruine est un sujet supplémentaire de mécontentement. Quant au décrochage des jeunes ( » couchons nous »), il paraît assez naturel : ils ne veulent plus travailler neuf heures par jour six jours par semaine comme leurs parents ce qui était acceptable il y a une quarantaine d’années pour sortir de la misère et de la disette maoïste, ce qui est maintenant fait. Enfin la politique industrielle est largement fondée sur des subventions permettant de conquérir les marchés étrangers (panneaux solaires, voitures électriques, acier …). Or les subventions retombent forcément sur la masse des citoyens, par exemple en empêchant le financement d’un minimum de programmes sociaux. Un cynique pourrait dire que si les entreprises occidentales et leurs emplois sont menacés, le consommateur des mêmes pays devrait savourer le plaisir d’acheter du matériel largement aux frais des citoyens chinois de base ( https://metainfos.com/2025/09/12/special-chine-1-5-la-chine-progresse-au-detriment-des-chinois/)
Le président a oublié les causes du développement

La Chine d’avant le président Xi a vu les étrangers s’implanter, les sous-traitants se développer et dépasser souvent le donneur d’ordre étranger. Les échanges étaient devenus culturels, scientifiques, universitaires… et touristiques. L’Occident a formé une génération de professeurs chinois de classe mondiale. Le développement chinois vient donc de l’adoption du modèle occidental : liberté d’entreprendre pour les nationaux et les étrangers, savoir occidental managérial et technique, encore plus important que l’argent. Ce développement chinois est aussi un « rattrapage », c’est-à-dire une phase de croissance rapide qui ramène un pays détruit à un niveau normal pour son époque, comme l’Allemagne de 1945 à 1955. En Chine le pays a été détruit par le maoïsme, et ses nouveaux dirigeants l’ont fait remonter rapidement à son niveau « normal » c’est-à-dire le niveau antérieur plus les progrès technologiques que le reste du monde à accumulé entre-temps (de 1949 à la fin du XXe siècle, ce qui est donc considérable). C’est un phénomène très vigoureux mais qui n’est pas éternel, contrairement à ce que l’orgueil national imagine. Mais comme seul le PIB monétaire est mesuré, cela explique que les analystes financiers aient été en retard de quelques années sur les processus physiques et humains. Ils n’ont vu la fin de rattrapage chinois que depuis 2 ou 3 ans. L’attractivité chinoise reposait d’abord sur la faiblesse des salaires pratiqués. Ensuite, après la hausse des salaires, ce qui attira et attire toujours les entreprises occidentales, c’est le gigantesque marché intérieur chinois. Ce dernier a également permis le développement de grands groupes nationaux, puis mondiaux (Tencent, Alibaba, Huawei, …)
Le retour à l’isolement

Les prédécesseurs du président Xi avaient donc parfaitement compris que le développement du pays venait de sa participation à la mondialisation, ce qui explique la croissance rapide, mais passée, du pays. Le président actuel semble penser ne plus avoir besoin du reste du monde pour son développement et proclame qu’il provient de son système politique et notamment du rôle du Parti communiste. Il s’est notamment inquiété de la réussite des grands groupes chinois et y a vu une menace à la toute-puissance du parti. La « punition » de certains dirigeants et la limitation de leurs activités (jeux vidéo, enseignement privé à distance…) a suivi. La rupture est aussi culturelle, avec le recul de l’enseignement de langues étrangères, et la quasi-disparition des films américains, tandis que le film hyper nationaliste, « La Bataille du Lac Changjiin », a monopolisé les écrans.
Les cadres et étudiants chinois à l’étranger deviennent suspects du fait de « l’obligation d’espionnage » à laquelle sont soumis les Chinois, même de nationalité occidentale, tandis que le Parti Communiste Chinois craint la diffusion d’idées libérales au sein de sa future élite. Pendant la pandémie, l’arrivée d’étrangers en Chine s’est beaucoup ralentie (mise en quarantaine etc.) et semble ne pas avoir retrouvé le niveau précédent depuis. En parallèle, le monde prend conscience de sa dépendance envers la Chine. Les entreprises internationales, chinoises compris, se développent maintenant ailleurs, redoutant le contrôle total des vies individuelles et professionnelles.
Ce redéploiement s’opère au bénéfice du Vietnam, de l’Indonésie et petit à petit, de l’Europe.
La réaction du pouvoir chinois

Le président Xi a essayé de renverser la baisse de la fécondité par des moyens de propagande et des incitations, mais sans succès. Je ne connais d’ailleurs pas de gouvernement au monde qui ait réussi, sauf, dans une certaine mesure, la France de 1945 à 1973. Le pouvoir a multiplié les aides financières au logement, sans succès car le problème n’est pas financier mais une conséquence de la baisse de fécondité. Le président Xi s’aperçoit (enfin !) que les entreprises chinoises ont été le principal vecteur du développement, et que leur étouffement politique par le parti est le principal danger à terme.
Il a donc suscité une grande réunion pour honorer les principaux entrepreneurs. Pour en marquer psychologiquement l’importance, il a mis en scène la réhabilitation de Jack Ma.
Il pousse et encourage également les récents succès chinois en matière d’intelligence artificielle. Les cadres locaux imposent aux entreprises, mais aussi aux particuliers, de se procurer et d’utiliser 2 IA, chinoises bien sûr : Deepseek, maintenant bien connue en Occident, et Doubao, lancée par la maison mère de TikTok, ByteDance. À mon avis, si les succès dans ce domaine sont tout à fait impressionnants et si les ingénieurs chinois peuvent maîtriser le matériel et le logiciel, le problème de la nature des données va se poser : essayez d’avoir une analyse la situation politique de la Chine par Deepseek ! ll est vraisemblable que le pouvoir y voie un prolongement de la propagande par d’autres moyens… Reste à espérer que la masse des Chinois se souvienne de la catastrophe qu’a été cette ère maoïste… Ils ont été rendus misérables, privés de liberté, massivement exécutés, violentés, décimés par la famine.
Vont-ils vraiment croire que le serrage de vis actuel les mène à la gloire et à la prospérité ? D’après l’Occidental moyen, y compris les Chinois élevés en Occident, un tel régime ne peut pas tenir indéfiniment. Il s’effondrera le jour où une fraction des dirigeants (cadres du parti craignant la disgrâce, militaires frappés sans arrêt par des purges massives…) s’appuiera sur le peuple. Pour les historiens professionnels ce n’est pas évident, l’histoire étant riche de régimes autoritaires ayant duré très longtemps.

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