AUTOMNE 2025 : LA FRANCE ET LE MONDE FACE A LA DETTE

Par Michel LHOMME

Une façade de bâtiment du ministère français de l'économie et des finances avec une grande pancarte rouge indiquant 'À VENDRE'.

Tandis que Trump rêve de son Prix Nobel de la Paix, que Macron et les Européens projettent une guerre contre la Russie pour sauver leur gouvernement, de nombreuses prévisions de crises civile, économique, sociale et politique réapparaissent et se profilent à l’horizon au point que nos dirigeants annoncent  renforcer concrètement ces derniers jours leur sécurité personnelle et réfléchir en tout cas pour la France à la logistique d’une mobilisation quasi permanente des CRS.

Des policiers en uniforme sur une scène de crime, équipés d'armes, avec plusieurs véhicules de police en arrière-plan.

Il n’y aura sans doute pas de « révolution », de « grand soir », comme attendu par tous les révolutionnaires gauchistes ou nationaux à la rentrée de septembre. Le peuple français est trop rongé par une apathie maladive (https://metainfos.com/2025/08/14/letrange-apathie-francaise/). Mais en réalité, et sans vouloir jouer les oiseaux de mauvais augure, nous prévoyons par exemple comme l’économiste Martin Amstrong (photo ci-dessous) (eurosynergies.hautetfort.com/archive/2025/07/30/la-guerre-comme-fuite-face-a-l-effondrement-l-economiste-armstrong-annonce.html) autre chose de beaucoup plus sérieux : une crise systémique du système financier mondial, un véritable choc économique contre lequel d’ailleurs depuis six mois, parfaitement au courant de ce qui risque d’arriver, Trump et son équipe à notre avis se préparent et se mobilisent.

Personne en discussion assise sur un fauteuil, portant une chemise bleue et un blazer, dans un environnement de bureau avec des ordinateurs en arrière-plan.

C’est cette anticipation qui expliquerait les raisons véritables de sa politique douanière protectionniste et de la main basse opérée depuis début juillet sur le Bitcoin par la création du dollar numérique et des stablecoins.

Panneau lumineux d'un distributeur automatique de Bitcoin, affichant le logo Bitcoin sur fond orange avec l'inscription 'BATM'.

Or avec l’introduction des monnaies numériques des banques centrales (CBDC), le système n’est plus durable. Les gouvernements du monde entier sont confrontés au même problème qu’en 1923 en Allemagne ou qu’en 1863 dans la Confédération du sud des États-Unis : ils ne peuvent plus rembourser leurs dettes. Le Genius Act aux États-Unis et les perspectives de plans similaires en Europe ne nous paraissent que des tentatives désespérées de garder le contrôle via un système monétaire numérique. Les taux d’intérêt à long terme montent. La Réserve fédérale a perdu le contrôle tandis que la machine de guerre, les obligations de guerre sans valeur tournent à plein régime. Ce choc prendra sans doute la forme d’une vaste crise des bons souverains, possiblement déclenchée par le Japon, qui accélèrera toutes les dynamiques de transformation du système monétaire et financier en un vrai typhon asiatique, une terrible mousson financière. Mais d’où tirons-nous ces anticipations qui apparaîtront tellement fantaisistes  pour certains ?

Un homme parlant avec gestuelle, habillé en costume, lors d'une conférence.

D’une lettre ouverte, celle de Larry Fink (photo ci-dessus), le 3 juin dernier, dans les colonnes « Opinion » du Financial Times (https://www.ft.com/content/a348fd6e-cfc4-41e7-a37a-1786495d8538). Larry Fink, le patron de BlackRock, y écrivait : « Le temps de la deuxième version de la mondialisation est venu » appelant les Etats – notamment européens – à collaborer avec la finance pour que les humbles et les sans grades, les « travailleurs » puissent accéder aux milliers de milliards de capitaux en circulation dans le monde.

Image de Larry Fink, CEO de BlackRock, avec un fond coloré, accompagnée d'un extrait de sa lettre aux investisseurs de 2025, soulignant la nécessité de rassembler les marchés publics et privés.

L’article du Financial Times ciblait en particulier les dirigeants européens, sommés d’accélérer leurs divers projets d’intégration des marchés financiers et obligataires (Eurobonds) ainsi bien sûr que la fameuse Union pour l’investissement, en réalité un projet de captation de l’épargne des Européens. Or, au milieu de ce beau et généreux souffle humanitaire et socialisant de l’harangue du patron de BlackRock, nous n’avons pu nous empêcher de déceler comme un vent de panique et finalement lire  dans cette lettre entre les lignes comme un appel de détresse avec comme première hypothèse quasi certifiée d’une crise sans pareille des liquidités à venir. 

Affichage d'un tableau de bourse avec des chiffres financiers en vert et rouge sur un fond noir, représentant des données de marché.

Au gré des annonces économiques tonitruantes de Donald Trump, les bourses tanguent et s’interrogent. L’Amérique est-elle dirigée par un fou irresponsable ? Ou bien assistons-nous à l’émancipation du politique face à la « dictature » des marchés ? Les tarifs douaniers ne sont qu’un prétexte car comme ose l’avouer Keir Starmer, premier ministre du Royaume-Uni : « la globalisation a échoué ! ». Depuis 30 ans au moins, on a assisté avec un certain enthousiasme libertaro-anarchiste au début, puis avec une inquiétude croissante, à la prise de contrôle du monde par des instances économiques et financières non démocratiques, de facto incontrôlables car uniquement mues par une mécanique de gain financier, à terme inévitablement déconnectée de l’intérêt des populations, mais se considérant néanmoins plus efficaces à gérer le monde que les Etats sous prétexte de rationalité mathématique et d’algorithmes logiques. Assistons-nous alors avec Trump au retour des Etats en économie ?

Une médaille commémorative représentant l'ancien président américain Donald Trump, entourée de pièces de bitcoin, symbolisant l'intersection entre la politique et les cryptomonnaies.

Ce jeudi 3 août 2025, le bitcoin a atteint la valeur record de 124 000 dollars. Le bitcoin, le roi des cryptos, a vu le jour en janvier 2009, dans le Far West financier créé le 15 août 1971 par le découplage entre l’or et le dollar et après la crise des subprimes de 2008. Sa valeur progresse par bonds successifs. Les gains sont sans précédent : sa première estimation était de 0,001 dollar, par rapport au coût de l’électricité nécessaire pour en miner un. Aujourd’hui, il vaut entre 90 000 et 110 000 dollars, 124 000 donc depuis hier ! Les principales cryptomonnaies émises avec la même logique spéculatrice (Ethereum, Ripple, Solana, etc.) ont engendré des gains tout aussi vertigineux. Le défi dès lors est de donner une base politique à une pyramide de Ponzi, qui sans cela explosera.

Un smartphone affichant une courbe de croissance des valeurs de l'action 'TRUMP' avec un prix à 72,88 $ à l'écran, accompagné d'une image de Donald Trump avec le texte 'FIGHT FIGHT FIGHT' en arrière-plan.

Donald Trump est ainsi devenu le premier crypto-président des Etats-Unis et JD Vance son crypto-vice-président ! Leur politique consiste à associer les bulles crypto au fonctionnement de la finance classique, elle- même empoisonnée par les paris sur les produits financiers dérivés, qui fut pourtant la cause de la crise de 2008-09. Le pont a été la création des stablecoins, des cryptos soi-disant stables car à leur valeur d’un dollar correspondrait un dollar « classique », investi dans des bons du Trésor américains.( https://solidariteetprogres.fr/spip.php?article16952 ). Deux grands acteurs, Tether et Circle, monopolisent le système, car il y a bien un monopole du pouvoir privé qui infecte la Réserve fédérale U.S. Le stablecoin permet d’effectuer des transactions dans le monde des cryptos sans devoir transiter par les monnaies classiques, en évitant au passage une taxation des plus-values. Ainsi communiquent depuis cet été un monde traditionnel de la monnaie d’Etat et un « écosystème ouvert » à toutes les spéculations.

Donald Trump faisant un discours lors du Bitcoin 2024 à Nashville, levant le poing en signe de détermination.

C’est plus « moderne » – plus directement prédateur – que la messagerie interbancaire Swift ou les réseaux de paiement comme Visa et Mastercard. La monnaie d’État, déjà soumise aux manipulations de toute sorte sur les marchés, se trouve livrée à la DeFi, la finance « décentralisée », la surveillance des transactions étant livrée aux utilisateurs privés eux-mêmes à travers les registres des blockchains, sans contrôle ni protection publique. Proclamant sa volonté de « faire de l’Amérique la capitale mondiale des cryptos », Donald Trump a nommé David Sacks, responsable des cryptos auprès de la Maison- Blanche, Paul Atkins à la Security Exchange Commission (ce dernier pensant que « rien n’est plus américain que la dérégulation financière », sic !) et Scott Bessent, secrétaire d’État au Trésor. On voit ainsi un Empire de la fausse monnaie se mettre en place en dehors des banques et des Bourses. (https://solidariteetprogres.fr/spip.php?article15508). Le 7 mars, le président lui-même avait convoqué un sommet des cryptos à la Maison-Blanche !

Image d'un homme pensif en arrière-plan avec un dollar en cryptocurrency au premier plan, sur fond de drapeau américain.

Ce système infecte toute l’économie, depuis BlackRock, gérant environ 230 000 bitcoins pour le compte de ses clients, jusqu’à des fonds de retraite comme le californien Calpers. En France, au mois de mai, le « Sommet des libertés » de toutes les droites avait accueilli euphorique un stand How to Bitcoin ! Et le Crédit agricole a obtenu, pour sa filiale Caceis Bank, la possibilité d’offrir des services sur cryptoactifs (BNP PARIBAS vient d’en faire de même, la Société Générale paraissant plus prudente).

Logo de la plateforme HowToBitcoin, avec le texte "HowToBitcoin" en blanc et orange sur fond noir, représentant des ressources éducatives sur les cryptomonnaies.

Ainsi si Trump affirme vouloir la paix en Alaska, il la construit en coulisses sur les sables mouvants de la mafia financière et de la misère des peuples délogeant par la force les sans-abri de Washington. Il faut avoir vu les homeless et les mendiants dans les rues adjacentes des quartiers touristiques de Los Angeles (plus de 50 000 mille sans domicile fixe, souvent sous crack, attendant en plein cagnard les bons de repas aux guichets municipaux) pour mesurer l’inhumanité de tout un système, le système libéral américain prêt à imploser.

Une femme à vélo passe devant un campement de sans-abri, avec des tentes colorées et un drapeau américain en arrière-plan, soulignant les réalités sociales et économiques en République.

Les perspectives économiques paraissent sombres pour les pays européens à en juger par différents indicateurs.

Après la décision de baisser légèrement les taux directeurs, (on les réaugmente légèrement depuis juillet) et avec les deux pays moteurs, la France et l’Allemagne en grandes difficultés (désindustrialisation et déficit commercial), les économies européennes apparaissent comme les plus faibles et risquent de s’exposer à une attitude agressive de pays en meilleure santé financière (par exemple voir la stratégie d’investissement de l’Arabie Saoudite). Selon Amstrong cité plus haut,  la cause en est l’échec du modèle économique européen: « Les taux d’intérêt négatifs ont pillé les fonds de pension et les banques. ». La Commission européenne, sous la direction d’Ursula von der Leyen, tente désespérément de gagner du temps en confisquant des actifs : « Si Ursula prend simplement 10% de l’argent des gens, ce sera pareil qu’avant » – comme l’hyperinflation allemande de 1923 qui conduisit directement à la radicalisation politique.( http://euro-synergies.hautetfort.com/archive/2025/07/30/la-guerre-comme-fuite-face-a-l-effondrement-l-economiste-armstrong-annonce.html). Par leur chantage avec Ursula von der Leyen, les Etats-Unis ont montré qu’ils ne cherchent que de nouveaux débouchés pour maintenir la perfusion de dette à travers leur dollar international qui trouve nonobstant de moins en moins de preneurs dans le reste du monde. Ainsi, le continent européen est parti à notre avis pour traverser des eaux particulièrement dangereuses de misère et de déclassement généralisé. 

Un homme parlant avec intensité au premier plan, devant un fond de drapeaux américain et européen. Il semble engagé dans un débat, tandis qu'une femme à sa droite exprime des idées.

Avec la crise des subprimes (2007/2009), les plans de sauvetage des banques et institutions financières ont culminé à des hauteurs tellement vertigineuses qu’on ne pensait pas en revoir de sitôt. Or, l’horloge mondiale de la dette continue depuis d’aligner des chiffres tout aussi fous. Entre les crises, Covid (2020/2021), la débâcle afghane (2021), le conflit russo-ukrainien (2022), la crise de l’énergie (2022) qui en découlé avec les sanctions contre la Russie, l’élection de Trump, la guerre Hamas-Israël-Iran, depuis près de quinze ans les plans de sauvetage du monde d’avant (lancement du green deal en 2019, aides Covid, paquets d’énergie renouvelable, subventions aux états, soutiens à l’Ukraine…) ont coûté cher à notre monde d’aujourd’hui. Ces crises ont affecté les instances et sociétés occidentales, elles ont aussi – on l’oublie trop ! – sévèrement touché la Chine. Notons que la place de la Chine en tant que place financière en Asie est à relativiser. Tout comme la City de Londres est la place financière européenne (et non Paris), Tokyo est en réalité la place financière asiatique. Les banques chinoises ne sont pas encore aussi bien réputées que les nippones (voir le fiasco de l’entrée en bourse d’Alibaba) et les Nouvelles Routes de la Soie, grande promesse chinoise du développement mondial sont attaquées sur tous les fronts par les Occidentaux (en particulier dans le Caucase avec l’accord entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan et l’attaque israélienne contre l’Iran). Ces routes prennent du retard tandis que le Global Gateway (le projet rival européen) avance.

Illustration représentant des mains entrelacées sur fond des drapeaux africain et chinois, symbolisant une coopération entre l'Afrique et la Chine.

L’Afrique qui a perdu toute confiance avec les Européens se tourne vers la Chine mais celle-ci choisit les projets de développement qui l’intéresse et les finance. Elle ne donne jamais d’argent, elle le prête. Du coup les pays africains se retrouvent endettés auprès de la Chine à cause de projets qui ne leurs sont pas si utiles. Par exemple, en Afrique, une autoroute géante a été financée par la Chine entre une mine et un port pour faciliter l’envoi de minerais vers la Chine. Mais ce n’est pas un projet qui sert la population qui n’a pas de voiture et meurt de faim (c’est inutile sauf pour la Chine). De même tous les projets financés par la Chine, contrairement aux nôtres, sont donnés à des entreprises chinoises et non locales et la construction appartient ensuite à des entreprises chinoises ou directement à l’État (nous avons pu le constater directement au Nigéria lors de la rénovation de la ligne de chemin de fer entre Lagos et Ibadan) Aujourd’hui, beaucoup de pays africains regrettent d’avoir fait appel à la Chine or :

Couverture du livre "La dette odieuse de l'Afrique" par Léonce Ndikumana et James K. Boyce, illustrant les enjeux de l'endettement en Afrique avec une carte du continent entourée d'éléments symboliques tels que des arbres morts et des pipes.

En effet, après le FMI et la Banque mondiale, comment seront financées les économies africaines ? Le continent africain se retrouvera plus que jamais livré à lui-même dans les prochaines années. Ses relations avec le système global et les pays occidentaux ont atteint un niveau de dysfonctionnement indépassable, elles ne peuvent qu’être remises en question. Paradoxalement, cette situation offre une liberté nouvelle aux pays africains dans leurs choix d’alliances qui, décuplés par le monde multipolaire, les obligent à unir leurs forces. Le système d’endettement global s’est épuisé et approche l’obsolescence, contraignant les pays africains à inventer collectivement de nouvelles méthodes pour financer des investissements et dont la porte de sortie semble être le bitcoin et la monnaie numérique (les pays de la France Afrique devraient ainsi par les monnaie numériques  rompre avec le CFA). Nombre de pays africains qui ont eu accès aux marchés financiers internationaux pour financer leurs dettes publiques au cours des années 2000 et 2010 ont vu cette invitation se transformer en piège. Aujourd’hui, leur note est dégradée et le remboursement de cette dette est rendu insoutenable. Dans le même temps, le soutien de tous les pays développés avec lesquels le continent a forgé des partenariats est remis en question. Les finances publiques sont en mauvaises santé dans ces pays-là également et le retour des rhétoriques nationalistes fait écho à un chacun pour soi qui impactera négativement par la recrudescence des immigrations de survie. Le continent africain se retrouve plus que jamais livré à lui-même.

Des femmes fouillent une décharge à la recherche de matériaux recyclables dans un environnement très pollué.

Sauf que cette absence de soutien aura nécessairement pour effet de retourner le rapport de forces. L’Afrique reste riche en ressources naturelles, mais aussi en ressources humaines. Et dans un monde multipolaire, les potentielles alliances se multiplient et surtout se diversifient. Ces difficultés pour aller chercher des sources de financements vont donc forcer une transition nécessaire qui va pousser les pays africains à inventer de nouveaux modèles, à faire valoir leurs atouts, à créer de nouveaux partenariats dépassant les anciens rapports coloniaux de domination historiques.

Des billets de 100 euros en cours de fabrication, représentant des enjeux financiers et monétaires.

La crise économique de 2008-2009 a eu deux signes précurseurs forts : la fin de la publication de l’indicateur de masse monétaire M3 (suggérant la mise en route à des degrés inhabituels de la fameuse « planche à billets verts ») et le lancement par un Iran – non encore contraint par les sanctions internationales – d’une bourse du pétrole en euros. Ces deux signes forts permirent à certains économistes de l’époque d’affirmer que quelque chose d’énorme se préparait qui allait questionner les fondements du système dans lequel le monde économico-financier vivait à l’époque, soit le système du pétrodollar et de l’argent-dette.

Pour ce qui est de la masse monétaire, la mise en route de la « planche à billets » que les Américains avaient souhaité discrète en cessant de publier M3, a bientôt dû être officialisée via les gigantesques QE de la Fed. Suite et fin de la tentative de maintenir artificiellement la suprématie du dollar via l’inondation planétaire de cette monnaie ; suite et fin du système d’endettement comme moteur de croissance ?…

Rappelons quelques faits : concernant  la vente du pétrole iranien en euro, attaque majeure d’un non-aligné sur le système pétrodollar, il est particulièrement intéressant de mettre bout à bout ce qui s’était passé à savoir l’annonce par l’Iran du lancement de cette bourse en pétro-euro début 2006, le déclenchement des sanctions internationales contre ce pays en juillet 2006 qui a en partie fait avorter le projet, puis les énormes attaques contre l’euro via la Grèce à partir de 2009, qui ont permis au dollar de reprendre un lustre qui avait terni en 2008. En fait, le vrai « game-changer » pour la suprématie mondiale du dollar, c’est l’euro en fait. Car l’euro était bien évidemment la première monnaie à concurrencer directement le statut d’unique monnaie de réserve internationale du dollar. Et lorsque l’on regarde, rétrospectivement pour une fois, la séquence d’événements ci-dessus, on ne peut s’empêcher de se dire que la vraie guerre qui a eu lieu ces dix dernières années aura été une guerre en réalité financière entre les États-Unis et l’Europe. Guerre pendant laquelle le yuan, les BRICS, la New Development Bank, et tout un système alternatif au système occidental, a pu avancer tranquillement pendant que l’Occident se déchirait silencieusement, les dirigeants européens, atlantistes formatés et la plupart du temps agents américains recrutés n’y voyant en réalité que du feu. D’une certaine manière, le processus d’effondrement de 2008-2009 donne l’impression d’avoir été arrêté juste avant de toucher le sol. C’est ainsi qu’il ne s’est pas vraiment cassé : un crash avorté en quelque sorte ! Le fait est qu’à cette époque, personne n’avait en effet intérêt à ce que le système se brise, tout simplement parce que rien n’était encore prêt pour le remplacer.

Des policiers examinent les débris d'un avion écrasé, avec un bâtiment endommagé en arrière-plan.

Réunion des ministres de la Défense des États membres de l'Organisation de coopération de Shanghai, tenue à Qingdao, en Chine, en juin 2025, avec des représentants de plusieurs pays alignés sur une plateforme diplomatique.

Les Chinois ont recentré leur économie et se sont préparés à l’inévitable transition du statut d’atelier du monde à celui de puissance économique à part entière, les BRICS se sont organisés et ont créé les outils de nouveaux mécanismes de financement et de gouvernance internationaux, les Russes se sont positionnés en contre-pouvoir géopolitique, les États-Unis du Pentagone ont reculé de beaucoup d’endroits dans le monde tout en avançant il est vrai sur le territoire européen (élargissement de l’Otan), les puissances financières ont bloqué la plupart des projets de régulation susceptibles de les affecter mais pas tous, quant aux Européens, l’euro a résisté et le découplage avec les États-Unis a tout de même progressé même si une vraie gouvernance de la zone est toujours en attente tout comme une Europe puissante, une Europe  de la défense souveraine.

Bref, s’il y a plus de vingt-cinq ans, le système ne pouvait se briser sans entraîner l’ensemble de la planète dans une gigantesque catastrophe, on peut considérer aujourd’hui que beaucoup de choses sont prêtes à « réceptionner » l’économie planétaire lorsque l’ancien système effectuera les derniers centimètres qui le séparent du sol et de l’écrasement. Or il nous semble que ce crash final soit désormais en cours. Sur le fond, les valorisations délirantes et totalement artificielles des protagonistes-clés du système financier antérieur que sont les banques et les marchés, se doivent bien un jour de dégonfler pour que la gigantesque dette correspondante soit enfin restructurée, et que l’économie puisse enfin redémarrer. Sans compter le fait qu’il faut aussi que la mastodontesque puissance financière soit affaiblie pour que les politiques puissent enfin reprendre complètement les choses en main – en espérant que cette reprise en main par les politiques ne finissent pas dans les poches des militaires car soyons clair, une guerre mondialisée et très destructrice – avec ses appels à la reconstruction post-guerre – reste bien la seconde alternative sur la table de sortie de crise de la dette.

La monnaie-dollar de la seconde moitié du XXème  siècle est passée d’une monnaie appuyée sur l’or, à une monnaie appuyée sur le pétrole, puis l’ultra-financiarisation l’a en réalité fait passer à une nouvelle étape : la « monnaie-valeur anticipée ». En effet, lorsqu’une banque privée crée de la monnaie pour financer un projet, elle anticipe que cette avance créera la richesse anticipée et que la monnaie restera ainsi connectée à la réalité économique. Et le fait est que dans une économie croissant à un rythme régulier, l’argent reste ainsi en effet de l’argent. Mais si, à un moment de l’histoire, un optimisme délirant – par exemple celui qui fut provoqué ces dernières années par le développement des pays émergents, des énergies renouvelables, du Green Deal – s’empare d’un système économique sur une anticipation fausse de taille planétaire, l’argent devient de la dette, de la « vraie » dette cette fois, soit un vrai trou, un gouffre.

Une femme en robe blanche se tient au bord d'une falaise, surplombant un espace cosmique rempli d'étoiles.

Or c’est toute cette économie née de l’endettement qui est en train de s’effondrer et les banques par qui le crime est arrivé seront finalement obligées d’acter de l’irréalité de leur valorisation. Cette description peut paraître effrayante car elle annonce un krach d’ampleur qui en effet nous est toujours annoncé mais n’arrive jamais ! On s’habitue ainsi aux prévisions alarmistes car le crash risque cette fois-ci d’être en réalité salutaire même si des catégories d’acteurs y laisseront leur peau. La conclusion d’Armstrong est elle plus accablante : « Notre modèle ne montre plus de solution. Les élites n’ont plus qu’une option : la guerre, pour détourner l’attention de l’effondrement économique. Si ces élites n’entrent pas en guerre, les gens prendront les parlements d’assaut avec des fourches. »

Reste et demeure pour nous la question sous-jacente de cette tentative de reprise en main politique de la financiarisation privée de l’économie : son caractère démocratique ? Au service de qui va se mettre le politique ? De l’ordre ou du bien-être ? Du peuple ou de l’élite ? Poser la question n’est-ce pas déjà un peu y répondre encore plus tristement.

Vue d'un pont avec des feux d'artifice en bleu, blanc et rouge, représentant les couleurs de la France.


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