par Dionysos ANDRONIS
- A propos de Beating the devil de Tony Earnshaw, Tomahawk press, Yorkshire, 2005, 132 pages.


Même sur la couverture face nous pouvons lire le qualificatif de « Sir » pour un prof ayant écrit l’introduction de cet essai cinématographique. Il s’agit de la première fois que nous traitons d’un essai cinématographique pour notre site. Pourquoi?

Tout simplement parce que Tony Earnshaw (né le 27 mars 1966 en Angleterre, photo ci-dessus) et Mark Goodall, les deux organisateurs du Bradford Film Festival, sont intéressés par le satanisme, pas seulement comme sujet cinématographique.

A la page 33, il y a une photo de Margaret Murray (1863-1963), magicienne anglaise (photo ci-dessus), égyptologue et folkloriste à l’origine du néo-paganisme paneuropéen qui avait beaucoup influencé le réalisateur français Jacques Tourneur (1904-1977) pour son film considéré aujourd’hui comme un classique Night of the demon (en français Rendez-vous avec la peur 1957).

Christian Bouchet nous raconte : « L’ethnologue Margaret Murray avait raison de nous affirmer dans son livre Le dieu des sorcières (Paris, Denoël, 1957) qu’au Moyen âge existait un véritable culte de la sorcellerie et que celui-ci était une survivance de l’ancienne religion, celle des hommes de la préhistoire, une religion qui s’était ainsi maintenue en secret jusqu’au vingtième siècle. Les pratiques magico-religieuses du culte comprenaient l’adoration d’un dieu cornu et d’une déesse mère au moyen de rites dans lesquels l’usage du sexe jouait un rôle important » (in Les liaison dangereuses, éditions Ars Magna, Nantes, 2003, pp. 4-5).

Le même réalisateur Jacques Tourneur avait réalisé en 1942 un autre film classique, Cat People, l’admirable La Féline dans son titre français que tout bon cinéphile se doit d’avoir vu :

« Les Anglais ont les plus grands groupes d’investigation psychique et il y a neuf vraies sorcières à Londres. J’ai eu une discussion avec la plus âgée d’entre elles. Elle avait 80 ans ou plus (notre note – Margaret Murray morte centenaire avait 79 ans en 1942, lorsque Cat People a été produit). Elle m’a raconté des choses extraordinaires. Elle m’a beaucoup parlé des chats, en particulier de leur pouvoir magique. Observez un chat – quand il vous regarde, il ne vous voit pas. Elle m’a expliqué qu’ils vivent dans un autre monde. Quand ils vous fixent du regard, vous avez l’impression qu’ils vous regardent toujours à travers autre chose, jamais directement, c’est très déstabilisant » (op.cit., page 35).

Nous avons écrit un article sur le roman Moonchind d’Aleister Crowley (1875-1947) : https://metainfos.com/2021/04/24/lenfant-de-la-lune/. Cette fois nous voulons ajouter à notre ancien texte ce paragraphe exceptionnel : « Les proclamations de Crowley le mirent en conflit direct avec Samuel McGregor Mathers qui, prétendument, aurait envoyé un vampire sous l’apparence d’une belle jeune femme à Crowley. Crowley riposta en invoquant le démon Belzébul et ses 49 démons, après quoi les tentatives de Mathers sur la vie de Crowley cessèrent. Quatorze ans plus tard, lorsque Mathers mourut, de nombreux observateurs affirmèrent qu’il avait été victime de la magie de Crowley. » (op.cit., page 8).

Vous croyez que Tony Earnshaw voulait suggérer que que Sir Ken Adam (le scénographe du film en question) avait obtenu le titre de « Sir » parce qu’il avait dessiné la maquette du monstre, le véritable sujet du film ?

Cette maquette est reproduite à la page 57 du livre recensé ici. Même si ce film est produit en 1957, Londres est aujourd’hui le foyer international du cosmopolitisme et du multiculturalisme. Dans dix ans, les Anglais de souche y seront minoritaires. Ce n’est pas alors facile aujourd’hui de vaincre le diable Monsieur Earnshaw, comme le titre de votre ouvrage aimerait pourtant le suggérer.

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