ET L’AFRIQUE ?

par Gérard CHESNEL

Un globe terrestre éclairé représentant l'Afrique, posé sur un livre ouvert avec une carte de l'Afrique et un stylo à côté, sur une table en bois.

On ne parle plus aujourd’hui que d’Ukraine, d’Iran ou de Gaza. On semble avoir oublié qu’aux portes du monde arabe il existe un continent d’un milliard d’habitants, non dénué d’intérêt politique ou économique. La Chine et la Russie [avec les Pays du Golfe, en particulier les Emirats Arabes Unis mais surtout la Turquie ; NdR] l’ont bien compris et en ont tiré les conséquences. L’Europe fait la fine bouche.

Une carte de l'Afrique avec le drapeau de la Turquie en arrière-plan, symbolisant les relations entre la Turquie et le continent africain.

Il est vrai que, depuis l’indépendance, les régimes africains n’ont pas toujours été des modèles de démocratie. En Afrique francophone en particulier, les « dynasties » installées par Omar Bongo au Gabon, Kabila au Zaïre, Sassou-Nguesso au Congo ou encore Teodoro Obiang Nguema en Guinée Equatoriale n’ont pas donné de la démocratie africaine une image particulièrement positive. Même dans un pays considéré exemplaire comme le Sénégal, un opposant notoire, Omar Diop Blondin, ancien élève de l’Ecole Normale Supérieure de Saint-Cloud (qui joue son propre rôle dans « La Chinoise » de Jean-Luc Godard) fut emprisonné à Gorée et retrouvé mort dans sa cellule en 1973, donc à l’époque du Président Senghor. Et que dire des cas quasi-pathologiques comme Jean-Bedel Bokassa en Centrafrique ou, pour ce qui concerne l’Afrique anglophone, Idi Amin Dada en Ouganda ou Mugabe au Zimbabwe. A tous ces désordres s’ajoutent guerres civiles [ notamment au Nigéria (qui se souvient encore du Biafra ; NdR] en Angola et au Mozambique ou au Libéria) et génocides (Rwanda, Darfour et Soudan du Sud). Et il convient aussi de rappeler l’existence d’Etats faillis, comme la Somalie et l’Erythrée, qui entretiennent l’insécurité chez leurs voisins. Comment s’étonner dès lors des hésitations qu’éprouvent beaucoup à s’engager dans cette région.

Un militaire assis dans un fauteuil, portant un uniforme camouflé avec un béret rouge, entouré de soldats armés.
Capitaine Ibrahim Traore, Burkina Faso’s new president, attends the ceremony for the 35th anniversary of Thomas Sankara’s assassination, in Ouagadougou, on October 15, 2022.

La France a longtemps soutenu des régimes insoutenables à l’époque de la France-Afrique. Mais sous la pression de l’AQMI et de la Russie, les opérations Serval et Barkhane s’étant soldées par un échec, elle a fini par lâcher prise au Mali, au Niger, au Tchad et au Burkina, pays pourtant considérés comme essentiels dans la tentative d’endiguement du djihadisme et au surplus riches en minerais stratégiques (mine d’uranium d’Arlit, au Niger). Dans ces pays, la Russie soutient des régimes potentiellement dangereux, avec la présence du Groupe Wagner. Et la liste n’est pas close.

Le Président de la République du Mali, le Colonel Assimi Goïta, et le Président du Burkina Faso, le Capitaine Ibrahim Traoré, assis côte à côte lors d'une rencontre officielle.
Le Président de la République du Mali, le Colonel Assimi Goïta, en visite d’amitié et de travail au Burkina Faso avec son Président charismatique, le Capitaine Ibrahim Traoré, 

Le Nigéria, première puissance de l’Afrique sub-saharienne, doit, depuis de nombreuses années faire face aux terroristes de Boko Haram (dont le nom signifie que les livres sont impurs) qui tentent en particulier d’empêcher l’éducation des jeunes filles. Des talibans au cœur de l’Afrique ! [ On se reportera au numéro de Krisis sur l’Islam pour plus d’informations ; NdR]

Vue aérienne de la Kaaba entourée de milliers de pèlerins à la mosquée de La Mecque, illustrant l'importance du Haj dans la culture islamique.

Des manifestants brandissent des pancartes lors d'une protestation contre Boko Haram et le banditisme au Nigeria, avec des slogans tels que "END BANDITRY NOW" et "END BOKO HARAM".

Un soldat armé, portant un bandana, surveille la scène dans une rue où des enfants se déplacent à vélo, entourés par d'autres personnes. Des motos sont garées à proximité.
Un soldat nigérian dans la ville de Baga, dans l’Etat de Borno.

Souhaitons enfin que la Côte d’Ivoire retrouve une stabilité salvatrice. [Nous sommes à trois mois de Présidentielles très disputées ; NdR]

Des manifestants portant des pancartes et des affiches en soutien à l'opposition ivoirienne, rassemblés devant un bâtiment, exprimant leur droit à la présidence.
21 juin 2025, Londres, Angleterre, Royaume-Uni : des partisans de l’opposition ivoirienne se rassemblent devant Richmond Terrace à Londres pour dénoncer l’exclusion politique et la manipulation électorale en Côte d’Ivoire.  © Joao Daniel Pereira/ZUMA/SIPA

Paradoxalement, c’est l’Afrique du Sud, qui fut longtemps mise au ban de la communauté internationale pour avoir imposé l’apartheid, qui s’en sort le mieux, les élections présidentielles se déroulant sans grave problème [ au prix, ceci étant dit, de l’expulsion et souvent de l’assassinat de fermiers blancs; NdR]

Un groupe de jeunes gens assis sur l'herbe, tenant des croix blanches avec des messages écrits dessus, lors d'un événement commémoratif ou de protestation.
Manifestation pour demander des mesures contre le nombre élevé d’agriculteurs assassinés en Afrique du Sud, à Prétoria.

L’Afrique du Sud est l’un des membres fondateurs et le seul membre africain des BRICS, où elle vient d’être rejointe par l’Egypte et l’Ethiopie, le Nigéria n’étant pour l’instant qu’un partenaire. Cette appartenance à ce qu’on définit parfois comme un contre G7 accroît encore l’intérêt pour ces pays de la Russie et de la Chine, qui a d’ailleurs étendu à l’Afrique les « bienfaits » de la nouvelle Route de la Soie.

Infographie présentant les pays membres du BRICS, y compris les membres fondateurs et les nouveaux membres, avec des drapeaux nationaux.

Malmenée, brinquebalée, l’Afrique ne manque pourtant pas d’atouts. Le dernier numéro de la revue Jeune Afrique titre en couverture « Made in Africa », qui rappelle le fameux « Made in Germany » du début du siècle dernier.

Couverture de la revue Jeune Afrique avec le titre 'MADE IN AFRICA', illustrant des thèmes d'investissement et de développement industriel en Afrique.

Suivent cent vingt pages de projets les plus divers allant des mines (d’or, de fer ou de cuivre) à l’agro-alimentaire, des transports aux télé-communications, du textile à l’exploitation forestière, et couvrant la plupart des pays du continent. Il serait important d’accompagner l’Afrique sur un modèle qui ne soit plus celui de la coopération et de l’aide au développement mais tout simplement celui d’un partenariat d’égal à égal. Dans ce « grand jeu », l’Europe risque de se faire doubler, si ce n’est déjà fait. [ voir les difficultés incessantes que rencontrent les investisseurs français mais aussi les jeunes africains soutiens de famille avec les refus de transferts des banques françaises vers l’Afrique; NdR].

Un homme se tenant devant un guichet de transfert d'argent avec des logos de Ria et MoneyGram visibles, à l'intérieur d'un local commercial.

La rédactrice en chef Economie de Jeune Afrique, Aurélie M’Bida pose clairement la question : l’Europe a-t-elle encore un rôle à jouer en Afrique ? Je cite certaines de ses remarques, qui me paraissent très pertinentes : « L’Afrique ne demande pas de nouvelles conférences, mais des contrats, des co-investissements, des transferts de savoir-faire. » Et elle conclut : « Le Vieux Continent ne peut plus se contenter de « vendre » sa proximité historique ou ses valeurs. Il doit « acheter »sa place dans la nouvelle architecture économique mondiale. S’il ne s’adapte pas, il se fera doubler. Déjà, les Emirats, la Turquie, l’Inde ou la Russie occupent les espaces laissés vacants ». On ne saurait être plus clair. A nous d’être clairvoyants.

Un enfant dort en attendant de remplir des bidons d’eau, à Goma, dans la province du Nord-Kivu, en République démocratique du Congo, où les coupes dans les programmes de l’Usaid ont créé des pénuries d’eau.

Au moins les Etats-Unis n’ont pas encore vraiment découvert le potentiel de l’Afrique. L’ignorance spectaculaire dont Donald Trump a fait montre, le 13 juillet dernier, en s’étonnant que le Chef d’Etat libérien parle anglais (« Your English is excellent. Where have you been educated ? ») illustre bien cette absence (provisoire) d’intérêt pour ce que les Américains doivent considérer comme un « trou noir ». Mais cela ne durera pas. A nous de profiter de la situation présente [ NdR pour éviter d’ailleurs une immigration inéluctable et trop massive puisque eux-aussi ont droit à une vie :

Des manifestants souriants tiennent une grande pancarte en carton avec le message 'Vous aussi, nous vons droit à une vie' lors d'une mobilisation en plein air.

Source : https://geopragma.fr/et-lafrique/


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