DU JOURNAL D’UN SQUADRISTE

par Dionysos ANDRONIS     

  • A propos de Mario PIAZZESI, Journal d’un squadriste (1919-1922), éditions du Paillon, Nice, 2010, 284 pages.

Les squadristes étaient les miliciens italiens, habillés en chemises noir. Renzo De Felice (1929-1996) était le premier éditeur de cet ouvrage qui est sorti en 1981 par la maison d’édition Bonacci. Puisque De Felice était le meilleur biographe de Benito Mussolini, ce journal a été très bien diffusé en Italie. Les éditions du Paillon ont fait la traduction anonyme de cet ouvrage pour nous offrir un cadeau très précieux pour la bibliographie française. L’éditeur Benoit Loeuillet (né en 1972) nous présente la biographie de l’auteur Mario Piazzesi (1902-1980) à la fin de l’ouvrage.

Une manifestation squadriste à Rome dans les années 1920.

         

« Nous suivons ainsi au jour le jour la vie d’un jeune squadriste, et la naissance des premiers faisceaux de combat, des expéditions et de la création de La Disperata (la désespérée)  jusqu’à la Marche sur Rome et la prise de pouvoir par Mussolini » (copié de la couverture du dos :

« Vive l’internationale blanche » est un slogan écrit à la page 195. Nos héros sont des militants héroïques qui paraphrasent ironiquement les socialistes et communistes et leurs slogans ridicules. Voilà une vue sommaire de nos camarades fascistes à l’hôpital : « les cadavres étaient méconnaissables : exactement comme on vous l’avait décrit. Dante Rossi avait été décapité, on lui avait coupé les mains et les bras, ses yeux avaient été crevés. Tolemaide Cimini avait la gorge ouverte, les yeux fracassés. On avait couvert les autres avec les draps. La vision des blessés était impressionnante : tous graves, deux encore sous le coup de ce cauchemar nous regardaient avec les yeux exorbités. Un râlait dans un coin, dans un gargouillement continuel » (op.cit. pp. 143-144).

Drapeau fasciste italien au début des années 1920.

Plusieurs photos en noir et blanc sont incluses entre les pages 156-157, toutes sur les chemises noires. Un de nos camarades fascistes a subi le pire traitement : « Je n’exagère pas, le mot juste est bouilli, ils l’ont d’abord bâtonné, puis ils lui ont demandé s’il préférait mourir bouilli ou rôti, et comme il n’arrivait pas à parler, ils ont décrété que le mieux était de le faire bouillir. Ils l’ont lentement enfoncé dans la grande vasque où le borax est en ébullition d’abord par les pieds, puis ils l’ont poussé dedans jusqu’à la tête pour l’immerger entièrement » (op.cit. page 161).

       

Mussolini raconte à ses miliciens : « Je vous le dis avec toute la solennité qu’impose ce moment, ou bien ils nous donnent le gouvernement, ou bien nous le prendrons en déferlant sur Rome » (op.cit. page 254). 

Même si ça vous parait étrange, Piazzesi a été le sujet d’un documentaire diffusé sur la chaîne Arte « Diario di un giovane fasciste » : https://boutique.arte.tv/detail/journal_d_un_jeune_fasciste   

La présentation de la vidéo indique :

 » Récit de la montée du fascisme dans l’Italie des années 20 à travers le journal d’un jeune membre des escadrons mussoliniens. Parmi les nombreux journaux, mémoires et récits datant de l’époque mussolinienne, celui de Mario Piazzesi est l’un des plus originaux et dignes de foi. Notamment parce qu’il a été écrit à chaud, au moment des faits. Rédigé entre 1919 et 1922, c’est un témoignage troublant qui permet de comprendre comment l’Italie s’en remet au Duce pour vingt ans dans un climat de violence et de peur. Le point de vue est celui d’un jeune garçon qui, comme nombre de jeunes du même âge (Mario Piazzesi a 17 ans lorsqu’il commence à écrire), poussé par le besoin de changer la société italienne et imbu de la culture de l’action, choisit la voie de la lutte armée. Le journal s’achève sur la marche sur Rome et par la prise du pouvoir par Mussolini ».  

                                                 


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