Par Michel LHOMME
Prémisse : Toutes les commentaires sur une soi-disant opposition entre Benyamin Netanyahou et Donald Trump nous ont toujours parus infondés et destinés simplement à amuser la galerie des commentateurs patentés et des pseudo-experts de plateau, tous en France – particulièrement à droite et à l’extrême-droite – inféodés à la politique criminelle d’Israël par un sionisme militant désormais ouvertement affiché.

Or aborder la question de l’attaque américano-israélienne contre l’Iran nous oblige à replacer d’abord le conflit dans le contexte brûlant de la reconstruction géopolitique globale en cours, celle du basculement du monde entre une vision unipolaire (dominée par l’hégémon américain et l’Occident) vers un niveau multipolaire mondial (Russie, Chine et Sud Global), basculement que les Etats-Unis ne saurait reconnaître sans admettre la fin inéluctable de leur puissance et de leur déclin. C’est l’origine de tous les conflits et redistributions stratégiques en cours sur la planète et souvent oubliés alors qu’ils sont parfois plus mortels ailleurs (l’Afrique avec le Soudan, le Congo, le Sahel, ou la Birmanie en Asie) et dont le plus significatif demeure pour nous européens le conflit ukrainien. Or que s’était-il passé quelques jours avant le déclenchement de l’agression israélienne contre l’Iran du côté européen ?

- Guerre en Ukraine :

Le 2 juin 2025 eut lieu une attaque partiellement réussie de l’Ukraine contre la flotte de bombardiers stratégiques russes, attaque qui avait été rigoureusement planifiée au Pentagone depuis 18 mois, et qui fut dirigée indirectement sur le terrain par les services secrets de sa Majesté.

Conformément au traité START II, les bombardiers stratégiques porteurs de charges nucléaires sont des avions qui doivent demeurer visibles par satellite et ne peuvent être cachés dans des hangars. Les coordonnées de ces avions ont donc toujours été connus par les Occidentaux et donc pour la réalisation de cette attaque « ukrainienne » et totalement en violation des accords signés, leurs coordonnées furent transmises à Kiev permettant de les toucher. Une fois de plus, après l’Irak, Minsk, le gel des avoirs russes, la déloyauté, le non respect de la parole donnée et même signée s’affichaient ouvertement aux yeux de Moscou comme de Pékin démontrant s’il en était encore besoin que les États-Unis et les Occidentaux sont totalement partiaux dans leur approche des conflits, inaptes à jouer le rôle de médiateurs, incapables de s’avouer vaincus ou de respecter les conclusions diplomatiques, quitte à vouloir continuer les guerres jusqu’à leurs pires extrémités : la destruction totale de l’adversaire, le suicide apocalyptique.

Les négociations russo-ukrainiennes qui vont se poursuivre à Istanbul ne se présentent pas sous les meilleurs auspices. Or l’aggravation provient de ses attaques spectaculaires contre au moins quatre bases aériennes russes importantes, touchant des avions russes stratégiques – notamment les coûteux avions radar A-50 et divers bombardiers Tu-95 et Tu-22 M3. En France, les médias aux ordres se sont bien gardés d’en montrer l’importance. Selon les informations diffusées par le service de renseignement ukrainien SBU, l’« opération Spiderweb » aurait permis la « destruction de 41 avions » avec des « pertes totales pour les Russes de plus de 2 milliards de dollars ».

De fait, la réaction de la Russie à la destruction de ses bombardiers apparaît bien faible voire quasi inexistante, Moscou ne se contentant que d’une pluie de drones sur Kiev alors qu’on aurait dû s’attendre comme d’ailleurs l’aile droite de Poutine l’a réclamé en critiquant la faiblesse du Président russe immédiatement une riposte de taille, à la mesure de l’affront. Mais n’était-ce pas justement un, le piège tendu par le Royaume-Uni et tous les bellicistes de l’UE : amener Poutine à la colère et à la crise de nerfs pour amener les Européens et à sa suite les Etats-UNIS à la confrontation directe ? La réaction militaire attendue de Poutine n’ayant pas eu lieu, ne fallait-il pas dès lors se tourner vers un autre champ de bataille.

2. Agression américano-israëlienne contre l’Iran :

L’attaque américano-israélienne remarquable du point de vue militaire dans son exécution était planifiée, et préparée depuis des mois, non seulement entre les deux pays mais aussi avec les nouveaux alliés dans la région (Arabie saoudite et monarchies du Golfe). Une opposition interne iranienne (Kurde par exemple) de collaborateurs coopérant avec Israël et l’infiltration de longue date du Mossad dans le territoire iranien jusqu’aux gardiens de la Révolution a de toute évidence aidé à la réussite des premiers jours de l’agression israélienne. Sinon, il aurait été impossible de connaître les lieux par exemple de séjour des militaires et scientifiques assassinés et qui furent tués très souvent avec leur famille (femmes et enfants).
Avec le recul, on comprend que l’attaque terroriste du 7 octobre comme guet apens prémédité dans lequel s’était engouffré le Hamas, que le renversement du régime syrien, au cours duquel Assad a été remplacé par une bande de coupeurs de têtes islamistes pro-occidentaux, faisait manifestement partie de ces préparatifs comme le démantèlement par bippers du Hezbollah libanais. Gaza détruite, la Syrie vaincue, le Hezbollah démantelé, la fenêtre de tir était bien ouverte pour attaquer et en finir avec l’Iran, obsession non seulement de Bibi mais de son « meilleur ami », Donald Trump qui n’a jamais caché dans sa campagne électorale de 2024 que l’Iran puis la Chine étaient ses priorités.

Il est particulièrement piquant de noter que le négociateur en chef iranien pour les négociations entre l’AIEA et l’Iran (Amirhossein Faghihi) fut assassiné alors que les négociations auraient dû avoir lieu le 15 juin 2025 et qu’ainsi par l’attaque du 12 juin, tout accord diplomatique était manifestement empêché de manière délibérée.
L’attaque israélienne est clairement contraire au droit international, car la menace que représente l’Iran pour Israël a été tout autant fantasmée que l’étaient autrefois les armes de destruction massive irakiennes, qui ont servi de prétexte à la deuxième guerre en Irak. L’affirmation selon laquelle l’Iran posséderait déjà de l’uranium de qualité militaire ou serait sur le point d’enrichir de l’uranium est un mensonge éhonté sur lequel tous les spécialistes sérieux s’accordent.

Lors de l’attaque des bombardiers israéliens, des informations provenant de l’AIEA ont apparemment été utilisées et détournées ce qui montre clairement désormais que cette organisation n’est plus neutre, ni fiable. Tout ce débat autour du programme nucléaire iranien n’a été qu’un écran de fumée. En réalité, il s’agissait une fois de plus pour Israël et les Etats-Unis de maintenir l’ordre mondial unipolaire.
3 Ce qui est vraiment en jeu dans ce conflit :

Le conflit entre Israël et l’Iran serait ainsi une énième guerre par procuration, tout comme la guerre entre l’Ukraine et la Russie, Israël ne jouant ici que le rôle de chien de garde de l’Occident. De fait, on entend chez nombre des politiques européens, en particulier allemands et français, l’idée que finalement Netanyahu fait « le sale boulot pour nous » (déclaration du chancelier allemand).
Quel est alors l’enjeu du conflit si la menace nucléaire iranienne n’était qu’un leurre ? Il est curieux de noter que l’attaque israélienne ait eu lieu quelques jours avant l’inauguration de la ligne ferroviaire Pékin-Téhéran, branche fondamentale de la Nouvelle Route de la Soie. Il s’agit d’un signe indéniable que malgré les déclarations officielles, ce « nouveau » conflit a des raisons bien plus vastes qu’on ne pourrait le penser, celui de parvenir au contrôle de l’Occident sur l’Iran pour bloquer le développement économique de l’Asie et ainsi défendre l’ordre mondial unipolaire car dans le cas contraire, l’Iran, en tant que plaque tournante du transport, de la route de la soie chinoise serait appelé à jouer un rôle clé dans le développement du futur ordre mondial multipolaire auquel pour la paix dans le monde et l’équilibre planétaire nous aspirons.
Rappelons qu’en 2021, la Chine a conclu un partenariat stratégique avec l’Iran, qui permettait à ce dernier de contourner les sanctions occidentales. La Chine obtint ainsi du pétrole bon marché (près de 20% du pétrole iranien est exporté en Chine) et investit des milliards en Perse. La «nouvelle route de la soie» promue par la Chine doit traverser l’Iran.
– Une deuxième ligne de transport importante était aussi le corridor nord-sud, en service depuis 2022. Il est destiné à transporter des marchandises de la Russie à l’Inde en passant par l’Iran. Ce corridor, cauchemar des puissances maritimes et concurrent du canal de Suez, permettrait également à la Russie de contourner les sanctions économiques.

Comme on peut le constater, l’Iran est une plaque tournante pour le trafic nord-sud et est-ouest, contournant les routes maritimes. Par ces nouvelles routes, les puissances maritimes occidentales perdent et perdront automatiquement de leur importance. L’ordre mondial unipolaire en a parfaitement bien mesuré la menace : il lui fallait réagir au plus vite.
En réalité, dans le rapport de l’agence de renseignement de Washington, ce sont les motivations géopolitiques qui semblent bien prévaloir. La coopération de l’Iran avec la Russie, la Chine et la Corée du Nord méritait, du point de vue américain, un durcissement des sanctions économiques, étant donné que la mise en service du corridor ferroviaire entre Téhéran et Pékin permettait non seulement de transporter le pétrole en 15 jours au lieu de 40 mais aussi de contourner demain le détroit de Malacca dans le cas où ce dernier risquerait d’être fermé en cas de conflit pour Taïwan.
Si la menace nucléaire iranienne n’est qu’une farce comme celle de la menace des « armes de destruction massive » contre l’Irak, l’objectif de l’attaque israélienne serait donc bien à terme un renversement politique en Iran, un changement de régime seul moyen d’entraver le développement économique de l’Asie en y plaçant un gouvernement aux ordres de Washington. A ce titre, l’attaque d’Israël contre l’Iran semble plus dangereuse que la guerre par procuration menée par l’Ukraine contre la Russie, car elle affecte les intérêts de toute l’Asie et nous oriente pas à pas vers la confrontation sur le front du pivot asiatique, scène future de la guerre à venir. Or on peut supposer que les pays du BRICS, à savoir la Russie, la Chine et l’Inde, n’accepteront pas sans réagir un renversement du régime iranien orchestré par l’Occident. On peut donc considérer déjà toute l’action des Etats-Unis et de son proxi Israël comme faisant partie du conflit en cours contre la Chine, obsession de Trump et véritable objectif stratégique américain des années à venir.
4. La Chine en vigilance extrême

En réaction aux droits de douane punitifs imposés par Trump, la Chine a décrété un embargo sur les exportations d’aimants et de terres rares. La Chine produit environ quatre fois plus de terres rares que les États-Unis. En décidant cet embargo, la suspension des exportations de ses terres rares, la Chine met en péril la production occidentale dans le secteur de l’électronique et, par conséquent, la production d’armements, de voitures électriques et bien d’autres choses encore. (https://www.lefigaro.fr/vox/economie/bertille-bayart-terres-rares-l-atout-maitre-de-xi-jinping-20250624 ).

Concernant l’Iran, la Chine ne dit trop rien mais elle observe et note avec une particulière attention ce qui se passe :
- Violation du droit international par Israël et les Etats-Unis.
- Attaque de sites nucléaires avec tous les risques que cela comporte et qui était pourtant jusqu’alors une ligne rouge communément acceptée par la communauté internationale à ne pas franchir.
Et puis fait peu relevé dans les médias, la spoliation par des hackers israéliens de tous les comptes de la principale banque iranienne de crypto monnaie confirmant que l’on ne saurait désormais avoir nulle confiance par delà les règles pourtant édictées du commerce international dans les relations bancaires et commerciales avec les Occidentaux. (https://www.bfmtv.com/crypto/video-israel-iran-le-conflit-s-etend-aux-cryptos_VN-202506200670.html ). Cette remarque qui peut paraître anodine nous paraît néanmoins essentielle : elle précipite la Chine dans l’accélération de sa recherche rapide avec ses partenaires du BRICS d’une alternative au dollar, à SWIFT, et à la main mise américaine sur la finance mondiale et les cryptos monnaies que Américains et Européens cherchent de plus en plus à contrôler.
Tapie dans l’ombre, c’est en fait peut-être la puissance nucléaire chinoise dont les forces navales et aériennes sont en pleine expansion spectaculaire et dont les communiqués sur l’agression américano-israélienne en Iran sont de plus en plus fermes qui sifflera dans quelques jours ou semaines la fin de la récréation exactement comme les Etats-Unis et l’Union soviétique le firent conjointement face à la France et à l’Angleterre pourtant victorieuses lors de la guerre du Canal de Suez en octobre 1956, les lignes de rouge sur l’attaque d’installations nucléaires en service ou les menaces d’une fermeture ou d’un sabotage suicidaire pour l’Iran du détroit d’Ormuz étant chaque jour de plus en plus dépassées et inacceptables pour Pékin.

Le Pakistan s’est ouvertement déclaré comme le vrai ami de l’Iran. Il envoie déjà des armements, peut-être même nucléaires, à Téhéran et s’est déclaré prêt à intervenir avec son aviation. La Turquie regarde d’un très mauvais œil ce qui se déroule sur place. Mais derrière le Pakistan et la Turquie, il y a Pékin qui ne veut pas d’un changement de régime à Téhéran, qu’il soit provoqué par Israël et favorisé par Washington. Un changement de régime qui pourrait facilement nuire à l’économie chinoise. La Chine a absolument besoin du gaz et du pétrole iraniens.
Le général Mohsen Rezaee, officier supérieur du Corps des gardiens de la révolution et membre du Conseil de sécurité nationale iranien, a déclaré dans une interview, le 14 juin, que « le Pakistan nous a assuré que si Israël utilise une bombe nucléaire contre l’Iran, il attaquera également Israël avec une bombe nucléaire ». Toutefois Khwaja Asif, ministre pakistanais de la Défense, n’a pas confirmé ces propos. Sans les démentir, il a simplement déclaré : « Israël a ciblé l’Iran, le Yémen et la Palestine. Si les pays musulmans ne s’unissent pas maintenant, chacun subira le même sort. Nous soutenons l’Iran et le défendrons dans toutes les enceintes internationales pour protéger ses intérêts. »
5 Prochaine crise : septembre 2025, crise systémique de l’économie mondiale :

À l’origine, avec sa politique isolationniste Maga de l’America first, Trump poursuivait l’idée d’abandonner la prétention unipolaire de l’Amérique voire d’envisager l’acceptation d’un monde multipolaire dont il essaierait coûte que coûte de définir les règles du jeu. Cela s’avérait la solution la plus intelligente au problème le plus urgent de l’Amérique, à savoir la question de la dette. Les dépenses pour des guerres inutiles auraient été supprimées et de nouvelles opportunités commerciales, par exemple avec la Russie et au Moyen-Orient (accords avec l’Arabie saoudite) auraient été possibles pour augmenter les recettes et régler la question du déficit commercial. Mais tout cela avec le jusqu’au boutisme israélien est désormais terminé. Soyons lucides : les États-Unis sont toujours sur la voie de la ruine et de l’effondrement économique. L’opération spectaculaire des pilotes des B32 porté aux nues dans les discours de Trump quoique relativisée sur leur efficacité réelle par les commentateurs de CNN n’est peut-être que le chant du cygne de l’Amérique. Les besoins annuels de refinancement des États-Unis s’élèvent actuellement à 10.000 milliards de dollars. Les investisseurs étrangers ne sont plus vraiment disposés à les financer. En fin de compte, la FED devra de nouveau très vite intervenir et simplement imprimer de l’argent pour sauver le budget. Cela creuse encore davantage la tombe du dollar américain et accélère la dédollarisation de l’économie mondiale qui sera inévitable. La hausse actuelle des cours de l’or et de l’argent, le succès du bitcoin confirment cette tendance.

Le sauvetage des États-Unis par la voie démocratique a échoué. Dans l’affaire iranienne comme celle du génocide en cours à Gaza, le chantage permanent de Netanyahu sur la politique extérieure américaine, ses coups bas montre que le « Deep State » ne peut être facilement destitué et continue à entraîner les États-Unis vers leur perte par la politique du fait accompli.

Ensuite, bien sûr, il y a la Russie. Moscou semble plus en retrait, surtout en raison de son engagement militaire en Ukraine, qui concentre ses ressources et son attention mais aussi de la présence d’une forte population russophone en Israël. Cependant, le Kremlin est un allié étroit de Téhéran. Et il ne pourra accepter un changement radical de direction, passant d’un gouvernement des ayatollahs à un autre, qui ne serait de plus que la marionnette d’Israël et des États-Unis. Que ce gouvernement soit géré par l’héritier du Shah ou sous la forme d’une quelconque république proclamée démocratique !
À l’instar de l’antagonisme américano-soviétique de jadis et contrairement au conflit en cours entre la Russie et l’Ukraine, la compétition entre l’est et l’ouest s’est déplacée vers l’antagonisme entre Washington et Pékin pour l’hégémonie mondiale et a désormais un objet beaucoup plus important que le conflit ukrainien ou la simple question européenne.
6. L’alliance du sionisme et des sunnites

La guerre ouverte entre Téhéran et Tel Aviv, déclenchée par les bombardements israéliens des sites nucléaires et des centres névralgiques de la République islamique, n’est pas un conflit confessionnel ou idéologique. C’est le début d’une nouvelle phase géopolitique : la consolidation définitive entre Israël et les monarchies du Golfe pour la construction d’une alliance régionale visant à restructurer tout le Moyen-Orient selon des intérêts énergétiques, militaires et financiers.
En réalité, alors que les analystes et commentateurs occidentaux décrivent le conflit entre Israël et l’Iran comme un nouveau chapitre d’une lutte millénaire entre musulmans et sionistes, la réalité est beaucoup plus inquiétante : les anciens ennemis arabes du monde sunnite se sont progressivement transformés en alliés silencieux – mais cruciaux – d’Israël, prêts à partager intérêts, stratégies, infrastructures et renseignements. Cette alliance hier contre-naturelle d’Israël et du Golf résulte des Accords d’Abraham, de la coopération scellée entre Israël et les Émirats arabes unis, Bahreïn, l’Arabie saoudite et le Qatar. Signés en septembre 2020 sous l’égide de l’administration Trump, ces accords ont marqué un tournant officiel dans la normalisation des relations d’Israël avec ses voisins à l’exception de l’Iran. Présentés officiellement comme une “paix”, ils ont en réalité jeté les bases d’une alliance géopolitique, économique et militaire anti-iranienne et anti-palestinienne, l’émergence d’un bloc sunnite-sioniste. Les gouvernements du Golfe ont non seulement tourné le dos à la cause palestinienne, mais ont aussi activement soutenu, financé et facilité la machine de guerre israélienne, même durant les mois les plus sanglants de la guerre à Gaza. Le commerce a explosé. Bahreïn a légalisé les importations en provenance des implantations illégales israéliennes en Cisjordanie. Des entreprises saoudiennes et émiraties exportent des biens et des matières premières vers Israël, tandis que les fonds souverains du Golfe investissent dans des banques et des sociétés impliquées dans la construction des implantations. Et lorsque le Yémen a bloqué les routes maritimes vers Tel Aviv, ce sont les Émirats et l’Arabie saoudite qui ont créé un corridor terrestre pour assurer l’approvisionnement en passant par la Jordanie et Israël ! Sur le plan militaire, la coopération est devenue encore plus profonde et inquiétante. Les Émirats Arabes Unis abritent des bureaux d’entreprises israéliennes liées à la défense, ont reconverti des jets civils en avions de transport militaire et participent à des exercices conjoints avec Israël et d’autres partenaires de l’OTAN. Le Qatar fournit des pièces détachées à l’armée israélienne et permet l’utilisation de son espace aérien pour le transport de troupes et d’armes. Bahreïn, déjà siège de la 5ème Flotte américaine, est devenu un centre opérationnel de renseignement conjoint contre l’Iran, accueillant des réunions entre officiers israéliens et hauts commandants arabes. En Arabie saoudite, des systèmes anti-drones israéliens dissimulés comme une technologie occidentale ont été découverts. Ce niveau de coopération dépasse largement la “normalisation”: c’est une co-responsabilité active dans une guerre d’anéantissement. Étrangement, les protestations pro-Palestine ne se tiennent jamais devant l’ambassade saoudienne. Ainsi, Riyad et les monarchies du Golfe sont des complices actifs du massacre gazaoui : ils financent Tel Aviv, collaborent militairement, répriment la dissidence arabe. Et, ce n’est pas seulement une question d’armes. Le cœur de la fusion entre Israël et les monarchies sunnites est énergétique et financier. Le projet de pipeline Ashkelon-Arabie Saoudite, partie du corridor économique Inde-Moyen-Orient-Europe (IMEC), passera aussi par les territoires occupés. Le Qatar et Bahreïn ont vendu des actifs énergétiques à des fonds liés aux implantations israéliennes. Israël est désormais un nœud stratégique et un partenaire des économies du Golfe. Derrière les masques diplomatiques, on vise ainsi à construire ensemble un pôle visant à gérer les flux d’énergie, de logistique et de capitaux de l’Asie à l’Europe. Cela suppose de chasser ou d’anéantir les Palestiniens de Gaza, dont le territoire serait transformé non seulement en Riviera méditerranéenne mais exploité au large par des puits off-shore qui comptent les réserves de gaz les plus prometteuses du moment. Cette redéfinition du Moyen-Orient est portée par Washington, elle est rendue possible par la faiblesse européenne mais aussi par l’idéologie sioniste du grand Israël du Nil à l’Euphrate. Par conséquent, cette guerre n’est pas une guerre entre musulmans et sionistes : le schéma de Huntington comme en partie de Douguine est erroné. Ce n’est pas non plus comme actuellement on veut nous le faire croire avec l’Iran un combat entre “démocratie” et “théocratie”. C’est tout simplement la réalisation d’un ordre régional où Tel Aviv mène un bloc arabe sunnite basé sur la finance, l’industrie et la puissance militaire. Un bloc qui vise à éliminer toute résistance, toute autonomie chiite, toute aspiration anti-impérialiste. L’Iran, isolé et usé après la défaite en Syrie, la déroute par les bippers du Hezbollah au Liban ne lutte pas seulement pour sa survie. Qu’on le veuille ou non et quoiqu’on rejette son régime autoritaire, l’Iran demeure le dernier obstacle empêchant le Moyen-Orient de devenir une zone franche sous gestion israélo-arabe, sponsorisée par l’Occident, où il n’y a plus de place pour une souveraineté alternative. De fait, l’Iran se retrouve aujourd’hui dans la position de Saddam Hussein : seul contre tous, entouré de puissances hostiles, diplomatiquement isolé et – selon les plans de ses ennemis – voué à tomber pour ouvrir la voie à une nouvelle configuration régionale.
Israël est ainsi le cœur opérationnel d’un nouvel ordre régional en construction. Et les monarchies du Golfe, loin de dénoncer le “génocide” de Gaza ou la violation de la souveraineté iranienne, en sont les alliés et les partenaires stratégiques. Le conflit en cours n’est pas un autre chapitre de la guerre sans fin entre Juifs et musulmans mais le début de quelque chose de beaucoup plus bouleversant et déstabilisant : la naissance d’une alliance israélo-arabe qui réécrira les équilibres géopolitiques du 21ème siècle. Et dans cette nouvelle architecture du pouvoir, la Palestine est la victime, l’Iran la cible, et l’Europe – encore une fois – le spectateur sans armes. (http://eurosynergies.hautetfort.com/archive/2025/06/20/israel-et-monarchies-du-golfe-l-accord-qui-a-mis-l-iran-dans-le-collimateur.html)
7. Silence européen et guerre en sursis

Du point de vue du droit international, l’agression d’Israël illégitime et illégale sur le sol iranien est sans précédent depuis la fin de la seconde guerre mondiale.

En seulement douze jours, ce qui avait commencé comme une attaque unilatérale inattendue contre des cibles militaires et nucléaires est devenu le principal foyer d’instabilité régionale et mondiale, aux conséquences encore incalculables. Nous sommes dans le pire des scénarios : nous savons comment tout a commencé, mais nous ignorons comment cela finira. Cette situation d’incertitude génère la terreur et le chaos dans les populations touchées, avec un bilan toujours croissant et disproportionnée de pertes humaines, de dégâts matériels et de dommages aux infrastructures civiles et militaires ; des marchés sous le choc du possible blocus iranien du détroit d’Ormuz ; et la pire crise du système multilatéral, aux côtés de la guerre en Ukraine et du génocide à Gaza. L’agression israélienne contre l’Iran a non seulement paralysé le dernier cycle de négociations sur le programme nucléaire iranien à Oman, promu par l’administration Trump, mais l’a enterré à jamais quoique Trump pour calmer Netanyahou soit prêt à les relancer. L’objectif ultime de Netanyahou est que l’Iran ne se dote jamais d’un programme nucléaire, civil ou militaire. Selon sa logique, la seule façon d’y parvenir est d’opter pour la force, la voie militaire, à tout prix, la destruction physique des installations. Gaza en est le précédent le plus proche. Alors que Netanyahou bombarde et affame Gaza sans interruption, avec maintenant l’agression contre l’Iran, c’est tout l’ordre international fondé sur des règles qui continue de s’effondrer sous nos yeux, l’Union européenne et les grandes puissances étant incapables de mettre un terme au génocide et aux décisions unilatérales d’attaquer sans mandat l’Iran.
Mais où est l’Europe ?

Pour l’instant, les conclusions du G7 sont très claires : l’Iran est le principal vecteur d’instabilité et de terrorisme dans la région, Israël a le droit de se défendre et l’UE a réitéré son soutien à sa sécurité. Se fier uniquement à la désescalade est insuffisant. Tant que l’Union européenne ne pourra pas condamner pour des raisons idéologiques (l’appui sioniste de ses dirigeants) l’agression israélienne, qui constitue une violation flagrante du droit international, ni mettre fin au génocide à Gaza, nous ne pourrons pas parler d’une politique étrangère européenne solide et indépendante qui pourtant va à l’encontre des principes fondateurs des valeurs même de l’Union.
CNN et le lobby juif américain, l’état profond commence à lancer la petite musique qui permettra de rompre le cessez le feu : les B2 n’auraient rien détruit mais seulement endommagés les installations de Fordow. Trump réplique avec fermeté en faisant l’éloge des pilotes mais on saisit qu’il a compris où on veut le conduire : poursuivre l’anéantissement.

Malgré les victoires indéniables d’Israël lors des récentes batailles contre le Hamas et le Hezbollah, portant de graves coups à leurs structures internes au cours de l’année écoulée, Netanyahou n’a pas encore gagné la guerre contre eux. Le Hamas et le Hezbollah sont toujours en vie, en tant que partis politiques et groupes armés. Les idéologies ne s’éradiquent pas et jamais par des bombes. Elles renaissant toujours de leurs cendres. A Téhéran, il est clair que pour Netanyahu, l’affaire n’est pas finie !

L’obsession de Netanyahou pour l’attaque contre l’Iran n’est pas nouvelle : il la prône depuis plus de trente ans. Il en a parlé dans son livre de 1995, Combattre le terrorisme. Attaquer l’Iran en 2025, ouvrir un nouveau front et embraser la région, c’est aussi pour Netanyahou faire taire les morts à Gaza, assurer sa survie politique au service de radicaux comme Smotrich ou Ben Gvir, quelques jours seulement après les sanctions historiques imposées par les alliés traditionnels d’Israël contre des membres de son cabinet (Royaume-Uni, Canada, Australie, Norvège, Nouvelle-Zélande). Or même si une partie de la population est opposée à sa guerre à Gaza et au non-retour des otages, l’opinion publique le soutiendra toujours contre l’Iran. L’agression militaire israélienne en Iran a aussi permis de reporter le sommet des Nations Unies pour la reconnaissance de la Palestine, promu par l’Arabie saoudite et la France. Finalement, fermer la porte à la diplomatie par l’agression militaire ne laisse qu’une seule porte ouverte : celle de la violence. Il n’est pas besoin de chercher bien loin pour se souvenir des conséquences dévastatrices de la guerre en Irak, encore présentes aujourd’hui, ou de l’invasion de l’Afghanistan, qui a finalement rétabli le régime taliban.

8. Douze jours de guerre, une trêve pour la maintenance et l’on repartira en guerre ?

L’attaque d’Israël contre l’Iran coûte plus de 250 millions de dollars par jour. Pendant la dernière année de l’administration Biden, Israël a reçu 20 milliards de dollars des États-Unis, alors que traditionnellement, cette aide s’est toujours élevée à environ 5 à 6 milliards par an, dons privés compris. Rappelons au passage qu’Israël est le seul État qui n’a pas à rendre de comptes à Washington sur la manière dont il investit l’argent reçu. Mais tout a ses limites, y compris le Dôme de fer pour des raisons d’intendance, de coûts, d’approvisionnements, de disponibilité des matériels. Les drones iraniens Shahed-136 représentent 20 000 dollars pièces tandis que les missiles Patriot américains coûtent quatre millions de dollars pour chaque intercepteur. En ce qui concerne la défense anti-aérienne d’Israël, il faut aussi considérer les limites intrinsèques des systèmes antimissiles balistiques THAAD et SM-3 : les Etats-Unis ne peuvent fabriquer par an que 50 à 75 THAAD et 60 à 84 intercepteurs SM-3. Or si l’Iran produit ses missiles et ses drones de façon autonome, Israël est dépendante du bon vouloir de ses fournisseurs. Les Etats-Unis eux-mêmes ne disposent pas de réserves illimités de missiles de défense aérienne, et d’armes offensives pour équiper Israël, déjà gros consommateur de bombes brisantes dans ses meurtrières opérations dans la bande de Gaza, au Liban et en Syrie. Les arsenaux se vident et pour le moment Washington continue d’approvisionner aussi le front ukrainien contre la Fédération de Russie, (notons au passage que les usines d’armement promises par Macron attendent toujours leur financement avant de passer à la vitesse supérieure !). Or les forces aériennes hébraïques ont perdu au bout de douze jours leur pleine opérationnalité en raison des contraintes d’entretien. Le F-35 Lightning II nécessite environ 10 à 14 heures de maintenance pour chaque heure de vol ; le F-16 pour sa part en requiert 5 à 6 heures par heure de vol. Le temps de vol aller-retour entre Israël et la frontière iranienne étant d’environ trois heures, chaque F-35 utilisé pour attaquer l’Iran serait en principe immobilisé pour révision pendant au moin 30 heures. A la cadence des interventions aériennes israéliennes sur l’Iran, au regard des moyens mobilisés, la durée de 12 jours correspond au retour dans les hangars de maintenance des deux cent appareils de combats (F-16 et F-35) mobilisés dont deux F-35 qui auraient été abattus par les forces de l’air iraniennes, faisant même prisonnière une pilote israélienne (selon des sources iraniennes).
Le cessez-le-feu face aux fous furieux de Tel-Aviv, et aux ultras sionistes de l’Etat profond et des médias américains risque d’être très fragile. Trump y jouera dans les prochains jours avec difficulté le prix Nobel de la Paix auquel il aspire tant.
Le véritable grand problème que l’Occident paiera en tout cas dans les décennies à venir est que toute la grande tradition culturelle occidentale, son rationalisme, son universalisme, son appel à la justice, à la loi, se sont révélées, à l’épreuve du génocide de Gaza, du bombardement de l’Iran en violation du droit international, être purement et simplement du vent, des masques, de la verbosité, tous incapables de construire une civilisation où l’on peut se fier à la parole. Nous avons beau nous efforcer de dire que cela n’a pas toujours été ainsi, que ce n’est pas nécessairement ainsi, notre perte de crédibilité vis-à-vis du reste du monde est colossale et sera pour les années à venir difficilement récupérable.
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