OÙ VA L’ALLEMAGNE ET POURQUOI RIEN NE BOUGE ET NE BOUGERA ?

par Michel LHOMME

La porte-parole de la diplomatie russe Maria Zakharova a commenté la crise actuelle du gouvernement « feu tricolore » allemand en déclarant : « Berlin n’a pas réussi à garder le gaz russe, vital pour ses citoyens et son complexe industriel et économique ». L’économie allemande ne connaît plus de croissance forte et se trouve même depuis six mois en récession. Ainsi, le gouvernement fédéral germanique assiste docilement à la fermeture ou au départ des industries et des entreprises allemandes vers les États-Unis.

Dans le cadre de ce masochisme économique, l’Allemagne renonce à toute apparence d’autonomie (elle est en réalité « occupée » depuis 1945) et se positionne clairement comme la gardienne du néolibéralisme américain au sein de l’Union Européenne.

Ainsi, le chancelier Scholz a-t-il fait vaciller l’Allemagne en s’alignant sur les sanctions américaines contre la Russie rendant caduc pour elle le gaz bon marché, l’énergie bon marché, socle fondamental pour conserver sa place de première économie européenne.

Si la France est désormais au pied du mur, ayant même dépassé la Grèce dans le rachat de sa dette, c’est qu’avant tout l’Allemagne, clé de l’Europe est à genoux.

La social-démocratie allemande dirigée par Olaf Scholz, est arrivée au pouvoir en promettant de renforcer l’économie et la justice sociale, contrainte à une coalition « feu tricolore » – SPD, Verts et FDP. Justice sociale, environnementaliste extrême et économie libérale dans un seul et même paquet : c’était un cadeau de rêve pour les eurocrates mondialistes sauf qu’il y eut la guerre en Ukraine.

Les Verts, hier pacifistes menés par des personnalités telles que Robert Habeck (ministre de l’économie et du climat) et Annalena Baerbock (ministre des affaires étrangères, ex membre de la NSA), sont alors apparus comme de fervents défenseurs de la guerre tout en prônant un agenda climatique radical : on n’affiche toujours pas dans les médias le bilan carbone d’un missile !

Leurs politiques bellicistes ont peu contribué à sauver la planète, mais ont tout fait pour ruiner l’économie allemande.

Dans cette coalition pas si hétéroclite que cela puisque atlantiste jusqu’au bout des ongles, la FDP – le parti libéral – apportait sa logique de marché qui s’opposait aux promesses sociales de ses partenaires. C’est la démission de son leader, Christian Lindner (photo ci-dessous), qui a laissé Scholz sans majorité et le gouvernement en crise. L’excuse officielle a été celle de « divergences insurmontables », mais ce qui sans doute est en train de se passer en réalité, c’est que personne ne veut rester sur un navire en train de couler.

La gauche est fragmentée et la dite « extrême droite » est diabolisée.

À gauche, Die Linke lutte pour se maintenir tout en faisant face à la concurrence interne de la nouvelle Alliance Sarah Wagenknecht (BSW). Cette dernière, dirigée par la charismatique Wagenknecht (photo ci-dessous), propose une gauche nationaliste et populiste. Si elle condamne la guerre en Ukraine et les sanctions contre la Russie, elle n’ose pas embrasser tout à fait ouvertement une politique pro-russe. Cependant, elle critique ouvertement les politiques de guerre qui, selon elle, détournent l’attention des vrais problèmes.

À l’autre bout du spectre, l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) se développe sans coup férir. Critique à l’égard de l’immigration, des politiques wokistes et de l’Union européenne, l’AfD prône une approche nationaliste et pragmatique, allant même jusqu’à prôner des relations équilibrées avec la Russie. Que fait alors la presse aux ordres ? Elle diabolise ses animateurs en les qualifiant d’« extrême droite », c’est-à-dire en Allemagne de « néo-nazis » afin que personne n’ose les prendre au sérieux.

Alors que l’AfD appelle au pragmatisme et à la coopération avec la Russie pour garantir une énergie bon marché, les Verts et le SPD préfèrent détourner le regard. Le discours officiel accuse la Russie d’être responsable de l’attaque du gazoduc, une accusation aussi ridicule que de penser que l’on brûlerait sa propre maison pour protester contre son voisin.

La réalité est que l’Allemagne, au lieu d’exiger une enquête sérieuse, a adopté le discours de la « décarbonisation » pour justifier sa dépendance à l’égard des États-Unis. Et ce, bien sûr, au nom d’une « souveraineté énergétique » qui n’existe que sur le papier ou dans le discours politique.

Au milieu de ce chaos, Sarah Wagenknecht fait une proposition qui ébranle les fondements de la politique allemande: un rapprochement avec les BRICS comme alternative à la vassalité américaine. Selon Sarah Wagenknecht, sans cette alliance stratégique, l’Allemagne tombera dans une récession terminale tandis que Washington extraiera le peu qu’il reste de son économie et de ses talents.

Il est intéressant de noter que l’AfD a également montré de l’intérêt pour les BRICS, reconnaissant le potentiel de diversification des relations internationales et de réduction de la dépendance vis-à-vis des institutions occidentales telles que le FMI et la Banque mondiale. Même Die Linke, bien qu’avec des réserves, reconnaît l’importance d’explorer cette voie.

Le scénario allemand pose en premier une énigme stratégique et en second, une question de survie européenne plus fondamentale:

En premier, l’Allemagne sera-t-elle capable de briser ses chaînes avec Washington et de construire un axe avec Moscou qui transformera l’Europe? L’Allemagne a perdu la guerre, et avec elle, sa capacité de décision souveraine. Trump, à son retour au pouvoir, décidera-t-il de laisser l’Europe à elle-même, en permettant aux nationalismes de resurgir, ou le contrôle anglo-saxon se perpétuera-t-il une fois de plus ? En réalité, le modèle actuel – basé sur des politiques wokistes, des alliances dysfonctionnelles et une dépendance aveugle aux États-Unis – est voué à l’échec. L’Allemagne devra choisir entre l’insignifiance mondiale et un changement historique vers un ordre multipolaire. Et ce choix définira non seulement son avenir, mais aussi celui de l’Europe dans son ensemble.

En second, des coalitions, comme celles entre le BSW et l’AfD en Allemagne ou entre La France Insoumise et le Rassemblement National en France, pourraient théoriquement bouleverser le cadre politique de plusieurs pays européens et ainsi conduire au démantèlement de cette abomination institutionnelle qu’est l’Union européenne, qui se porte aujourd’hui garante à la fois du déclenchement d’une guerre mondiale et des mesures d’agression contre les classes moyennes et pauvres, planifiées par le Forum économique mondial.

Nonobstant, Wagenknecht a commencé à négocier avec les partis traditionnels pour former des gouvernements dans les Länder où elle a obtenu d’excellents résultats. Et, alors soudain d’ailleurs, son populisme ne fait plus peur et les accusations de rouge-brunisme s’évanouissent. Dans quelques mois, lors des élections législatives allemandes, on verra si la « normalisation » est payante en termes de consensus. Bien entendu, si le mouvement de Wagenknecht devait être réduit par de mauvais scores électoraux, la CDU et le SPD s’en réjouiront et continueront plus à fond d’exclure l’AfD du jeu politique allemand, revenant ainsi à la norme du désintérêt populaire pour la politique, c’est-à-dire au seul projet d’une abstention de masse ou pour nous du sabotage organisé.

Ainsi, si des coalitions populistes rouge-brun de ce type ne voient pas le jour, si un paradigme de Souveraineté Populaire ou d’Autonomie Populaire n’émerge pas, balayant la dyade droite-gauche bloquante et les partis empoisonnés du  système, on peut dire que la responsabilité principale en incombe à d’une part l’inconscience universaliste et anti-raciste de la partie de l’opposition anti-système qui vient de la gauche et d’autre part, au sionisme affiché d’une partie des souverainistes de droite, parce qu’il est en réalité pour eux le prix à payer d’une dédiabolisation qui leur permet à la fois d’accéder à certains postes électifs et d’assurer par là leur survie matérielle et sociale.

C’est ainsi que grâce au récit néo-libéral de la gauche et de la droite, nous assistons en direct au spectacle d’une Europe effondrée, au sein de laquelle tout petit à petit se détruit pour le jeune européen.

http://euro-synergies.hautetfort.com/archive/2024/12/02/la-desindustrialisation-brise-les-illusions-vertes-de-l-allemagne.html

http://euro-synergies.hautetfort.com/archive/2024/12/01/fin-de-la-coalition-tricolore-allemande.html


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