par Michel LHOMME
Le communiqué est tombé alors que l’avion du ministre des affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, venait à peine de décoller du Tchad – après une visite express de vingt-quatre heures dans le pays.

A l’Elysée, au ministère des armées, ou encore au Quai d’Orsay, personne ne semblait avoir été prévenu. Plusieurs officiers français, en visite à N’Djamena pour évoquer la poursuite de la coopération militaire, n’avaient pas non plus été informés. Même côté tchadien, certains semblaient surpris.

Selon des sources concordantes, le ministre de la défense lui-même a pris connaissance de cette décision du président, Mahamat Idriss Déby (photo ci-dessus), juste avant la diffusion du communiqué. Élu en mai, après avoir succédé à son père en 2021, le général de 40 ans faisait pourtant encore figure la semaine dernière de dernier allié de la France au Sahel depuis que l’armée française a été chassée du Mali, du Burkina Faso puis du Niger par les juntes qui y ont pris le pouvoir entre 2020 et 2023.
Que s’est-il donc passé ?

Très simple : le président tchadien avait attendu la visite du Ministre des Affaires étrangères français pour évoquer avec lui quelque chose qu’il n’avait guère apprécié à savoir l’enquête préliminaire du Parquet national financier à son encontre et contre sa famille pour des soupçons de biens mal acquis. Or, le Ministre aurait répondu qu’eu égard à la séparation des pouvoirs, il ne pouvait rien faire, montrant par là la paralysie actuelle du pouvoir à faire primer dans ses administrations – et où que ce soit – la raison d’état sur le pouvoir judiciaire.

Pour l’armée française, la déflagration tchadienne est d’autant plus désastreuse qu’elle intervient quelques heures après un premier revers infligé par un autre partenaire africain historique : le Sénégal.

En effet, juste avant l’annonce de N’Djamena, le président nationaliste et panafricain Bassirou Diomaye Faye (photo ci-dessus), affirmait dans un entretien au Monde qu’il n’y aurait bientôt plus de soldats français dans son pays – et donc plus de base à Dakar.

Et au fait, une question saugrenue au passage : si Michel Barnier tombait lundi pour presque les mêmes raisons eu égard à la menace d’inéligibilité de Marine Le Pen dans son procès en cours ? Qui arrêtera en effet les juges militants ?




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