par Michel LHOMME

Le prix Nobel d’économie 2024 a été décerné à trois chercheurs établis aux États-Unis : Daron Acemoglu (MIT) , Simon Johnson (MIT) et James A. Robinson (Université de Chicago) pour leurs travaux sur le rôle des institutions dans la prospérité économique en reconnaissance du fait que les institutions sont nécessaires au développement économique, qu’elles sont indispensables pour garantir l’État de droit et répartir les bénéfices entre les populations. Les recherches d’Acemoglu , Johnson et Robinson sur les causes de la croissance des pays constituent une étape importante dans les sciences sociales. On pourrait presque dire que le Nigeria constituerait aujourd’hui le pays où s’expérimente leurs théories, une expérience économique qui se voudrait presque comme un modèle pour le futur.

Le Nigeria vient de mettre en œuvre depuis un an et demi une batterie de politiques pionnières en Afrique subsaharienne pour améliorer son cadre économique et institutionnel qui, jusqu’à présent, privilégiait les élites. L’une des premières décisions du président Bola Tinubu fut en 2023 de libéraliser le pétrole et la monnaie du pays afin de desserrer le joug auquel était soumis le budget public. Les présages sont encourageants, mais le chemin est tortueux et c’est aujourd’hui un véritable choc économique que traverse aujourd’hui ce pays à la population très vulnérable avec une inflation annuelle (alimentation et transports) qui atteint plus 34% alors que les salaires ne progressent absolument pas.

L’économiste en chef de la Banque mondiale, Indermit Gill , a récemment salué pourtant le Nigeria pour ses réformes introduites l’année dernière, malgré leur impopularité tout en soulignant ce qui paraît hallucinant que le Nigeria devra maintenir ce cap pendant 10 à 15 ans pour véritablement changer son économie et devenir un moteur de croissance et de prospérité dans la région. Une prévision qui semble bien trop longue pour l’un des pays les plus pauvres du monde. Le chemin pour y parvenir paraît ainsi semé d’embûches, propice à des émeutes ou révoltes de la faim, à une augmentation de la criminalité déjà très élevée. De plus, il semblerait que vu le marasme économique actuel, les élites conservatrices attendent que la société tourne le dos au président Bola Tinubu (photo ci-dessous), élu en 2023 et qu’elles commenceraient à penser que l’effort demandé est bien trop grand.

La réalité est que l’économie du Nigeria n’a pas connu de croissance soutenue depuis les grandes crises pétrolières des années 1970. Elle souffre de ce que les économistes appellent la « malédiction du pétrole » : des pays dominés par les élites pétrolières dans lesquels aucun secteur alternatif ne peut être compétitif car la monnaie est appréciée par les exportations d’énergie. A mesure que les pétrodollars affluent, tout est plus simple, or les années glorieuses pour les pays de l’OPEP sont depuis longtemps déjà révolues.

Le président Tinubu a supprimé les subventions sur les achats de pétrole et a libéralisé la monnaie pour permettre la régulation du marché. Il espère une sorte de fujischock (https://es.wikipedia.org/wiki/Fujishock) comme avait opéré en 1990 le président péruvien Alberto Fujimori qui vient tout juste d’être enterré à Lima en septembre 2024 et qui malgré toutes les critiques sortit réellement le pays du chaos économique et sécuritaire.

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