VERS LE BLOC NATIONAL AVEC LE CNIP ?

Par Frank BULEUX

Les élections législatives ont laissé apparaître un réel manque au sein de la droite française, c’est-à-dire les mouvements s’opposant à la fois au pouvoir central incarné par Macron et ses alliés et au Nouveau Front populaire (NFP) dont La France insoumise (LFI) est le pivot essentiel. Certes, le Rassemblement national (RN) a dépassé, peu ou prou, les 30 % au premier tour (avec ses alliés ciottistes, 33%) mais le passage à la majorité absolue (des sièges) a été loin d’être atteint, faute de reports de voix suffisants, et donc de soutien partisan.

On peut contester le mode de scrutin français des élections législatives et estimer que le mode de scrutin britannique (scrutin uninomimal à un tour par circonscription) aurait permis un triomphe au parti emmené par Jordan Bardella, il n’en demeure pas moins que le système proportionnel, mis en place pour les élections de 1986 dans un cadre départemental, n’aurait pas permis, non plus, la victoire du RN.

En réalité, ni le mode de scrutin actuel, issu de la Ve République, ni le scrutin proportionnel intégral (national, régional ou départemental) n’aurait permis la victoire du mouvement national-populiste. Or, personne (même au RN) ne réclame le passage au mode de scrutin britannique, ce qui tend à dire qu’il apparaît difficile au RN de revendiquer une victoire, sauf à gagner au moins 10 points lors de la prochaine élection. Un RN à plus de 40 % est une chimère quand on considère le maintien efficace de la diabolisation, au moins dans certains milieux, facilement mobilisables lors de l’élection (électeurs instruits, présents sur les réseaux sociaux, réceptifs aux autres, favorables à la multi-identité au quotidien… malgré la fin de la campagne officielle, tout le mode connaît cette pratique de « harcèlement soft » qui consiste à mobiliser ses proches contre le retour de l’hydre). Il faut comprendre qu’un RN à près de 32 % aux européennes est un score qui n’avait jamais été obtenu par une liste aux européennes, sauf celle de Simone Veil en 1984 qui dépassa les 40 %.

Pour passer de 30 % à 40 %, le RN doit dépasser sa politique de l’intégration individuelle d’élus ou de militants chevronnés par celle de la confiance et de l’union. Le débauchage n’est pas une perspective unitaire mais une attractivité liée à une volonté de « parti unique », difficilement compréhensible dans un système comme le nôtre (sauf à modifier notre système et le remplacer par le système britannique, comme indiqué plus haut).

Que va devenir le groupe des 16 députés animé par le niçois Eric Ciotti ? Une rampe de lancement pour succéder au macroniste Estrosi à la mairie de Nice ? C’est louable mais ce n’est pas suffisant.

Dès 1985, le Front national (FN) recherchait des alliés, notamment avec les Comités d’action républicains (CAR) de Bruno Mégret mais aussi le Centre national des indépendants et paysans (CNIP) de l’ex-nageur de combat, Yvon Briant, alors élu dans le Val d’Oise, décédé depuis accidentellement. En mars 1986, le FN avait déjà laissé la place à un Rassemblement national qui entraînait une partie du CNIP (le mouvement avait laissé libre un certain nombre de cadres qui avait préféré figurer sur les listes de la droite dite « traditionnelle » ou… « républicaine »). Le CNIP tendance RN obtint 3 élus (Yvon Briant dans le Val-dOise, Edouard Frédéric-Dupont à Paris et Guy Le Jaouen un agriculteur dans la Loire). Le FN-RN avait donc fait élire un maire-adjoint de Paris, dont Chirac était le maire : Edouard Frédéric-Dupont, éternel maire (à l’époque) du 7e arrondissement. Le miracle de l’union ! Le slogan du CNIP était (et demeure) : « Pas d’ennemis à droite ».

Plus loin de nous, rappelons qu’en 1958, pour être majoritaire à l’Assemblée nationale, le général de Gaulle et ses députés avaient besoin du CNIP, alors le 2e groupe de l’Assemblée, dont faisait partie l’élu parisien Jean-Marie Le Pen. C’est la coalition parlementaire gaullistes-conservateurs indépendants et démocrates-chrétiens qui détenait la majorité absolue de l’assemblée jusqu’à la dissolution de 1962, qui fit de la Chambre basse une chambre d’enregistrement du président de la République.

Plus près de nous, un parti de droite comme le CNIP (le plus ancien des partis classés à droite) aurait intérêt à devenir ce maillon qui manque à l’aile droite de la vie politique française. Profondément conservateur car ancré dans les territoires, européen car soucieux de la défense de notre civilisation (quitte à modifier certaines institutions en fonction de la volonté des électeurs), libéral en matière économique, le CNIP n’a rien à envier des autres programmes.

A l’aube de l’élection présidentielle, un an avant de possibles élections législatives anticipées, il serait pertinent que renaisse, à droite de l’échiquier mais au centre de la vie politique, un mouvement de droite défenseur de la ruralité française et de l’art de vivre national.

C’est notamment à cette condition que le RN, véritable mouvement populiste sera à même de consolider cette poussée électorale, non en absorbant, mais en unissant des forces électorales. La forte poussée du RN (+ 10 points en quelques années) ne se renouvellera pas forcément. Il faut élargir ce « bloc national » pour faire fi du « bloc populaire ».

Le CNIP, dont le président Bruno North (photo ci-dessous) est conseiller régional élu dans les Ardennes, peut devenir l’apport essentiel de la victoire à venir du « bloc national ».

En 1958, il a été nécessaire au renouveau institutionnel de la France, puis au renouveau fiscal (avec le Nouveau franc, mis en place par le ministre Antoine Pinay, venu du CNIP), demain le CNIP peut être ce « maillon » entre la voie populiste et la voie conservatrice : la voie nationale !

                                                    


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