APRÈS DANTZIG, MOURIR POUR KIEV ?

par Bernard PLOUVIER

Emmanuel Macron a commencé à expédier – motu proprio, mais son nouveau Parlement n’y trouvera rien à redire – des armes, des munitions et des soldats français en Ukraine. Et ce sans la moindre légitimité, car – à moins que l’autocrate élyséen ne l’ait fait en catimini – il n’y a toujours pas eu de déclaration de guerre contre la Russie. Or, il y a 85 ans, le gouvernement français de l’époque, dirigé par Édouard Daladier, est entré illégalement en guerre contre le Reich, sur injonction britannique, le 3 septembre 1939 :

Illégalement, car il n’y avait pas eu de vote des deux assemblées de la IIIe République sur le principe de la déclaration de guerre, mais simplement un vote, le 2 septembre, pour l’octroi « d’un crédit exceptionnel de 70 milliards F. pour les dépenses destinées à faire face aux obligations résultant de la situation internationale » sans que le mot « guerre » ait été prononcé à la Chambre ni au Sénat, sans que la décision d’entrée en guerre ait été décidée en Conseil des ministres. [1 Franc de 1939 valait à peu près 0,45 euro ; la somme réclamée par Daladier était d’environ 31 à 32 milliards d’euros].    

Sans cette stupide guerre de 1939, déclenchée pour s’opposer à la récupération par les Allemands d’un de leurs biens ancestraux, de façon strictement conforme au Jus Gentium – le Droit des nations à disposer librement d’elles-mêmes -, sans cette « Guerre pour Dantzig », l’histoire de l’Europe s’écrivait autrement.

Le Führer germanique n’a jamais préparé qu’une guerre : mener une coalition européenne contre l’URSS, à l’horizon 1942-43 voire 1944, c’est-à-dire quand le réarmement allemand, qui n’avait débuté qu’avec l’année budgétaire 1935-36, aurait achevé la motorisation de la Heer, lui procurant de 1 000 à 1 500 chars et automitrailleuses d’éclairage, 2 500 à 3 000 chars moyens et lourds, et quand sa Luftwaffe disposerait de 10 000 avions de combat et autant de transport. Et aussi quand l’industrie chimique du Reich pourrait fournir entre 10 et 15 millions de tonnes de produits pétroliers de synthèse à haut indice d’octane, en sachant que la Roumanie, la Hongrie et le Mexique vendaient leur pétrole au Reich.

Mais cette guerre contre la barbarie marxiste aurait été menée par des hommes de la Troisième voie populiste, ce qui ne faisait pas les affaires de l’ultra-capitalisme. Le Reich était fort ennuyeux pour les requins de Londres, Paris, New-York, Washington, Amsterdam-Rotterdam et autres centres du négoce et de la spéculation, soit l’exploitation poussée fort loin du travail d’autrui, agrémentée de booms spéculatifs. 

Et ce Reich était trop performant : l’enthousiasme de la Nation, la fin du « savoir-faire juif » dont parlaient tant les journaux de Londres, Paris, Amsterdam et New York, remplacé par le dévouement, l’intégrité et l’efficacité d’une immense équipe de dirigeants et de travailleurs ultra-performants, par une recherche scientifique et technique de niveau exceptionnel, tout cela menaçait les intérêts des grands humanistes de New York et de Washington, ceux du centre de l’Angleterre et de la City londonienne, et leurs obéissants toutous parisiens. Tout cela gênait le grand projet rooseveltien – progressivement élaboré en 1937-38 lors de la rechute dramatique aux USA de la crise économique – de gouvernement planétaire unique et de mondialisation de l’économie et de la propagande selon les critères de l’american way of life. 

Le Führer n’était pas un pangermaniste traditionnel, mais il suivait un objectif fantasmagorique évolutionniste : il voulait offrir à ses Germano-Scandinaves un vaste espace de reproduction, dirigée selon les critères d’eugénisme et de strict racisme, en espérant aboutir, au bout de nombreux siècles voire d’un millénaire, à la Surhumanité, chantée par un autre paranoïaque délirant, Friedrich Nietzsche.

Le Géorgien « Staline »-Djougashvili voulait bâtir un énorme empire continental à domination russe, qui serait la puissante base d’où partiraient les forces édifiant le communisme planétaire.

Roosevelt, Prométhée des temps modernes, rêvait d’imposer à la planète l’american way of life et un gouvernement unique, ce qui plaisait beaucoup aux leaders des associations juives internationales, puisque les stipulations du messianisme talmudique et rabbinique semblaient promettre aux Juifs la domination dans le cadre d’un grand projet planétaire.

À Londres, le pire des bellicistes était Churchill l’anachronique dinosaure édouardien, qui espérait prolonger la vie d’un Empire britannique agrandi des colonies que l’on volerait aux Italiens, s’ils entraient en guerre, comme on l’avait fait des terres arabophones de l’Empire ottoman grâce à la Première Guerre.

Les dirigeants polonais rêvaient d’une Grande Pologne, étendue de la Baltique à la Mer Noire, dominant les Baltes et de nombreux pays slaves comme au XVe siècle.

Quant aux politiciens français, ils n’avaient pas d’autres raisons que leur obéissance passive aux ordres venus de Londres et leur germanophobie devenue hystérique depuis 1870 pour intervenir à l’Est de l’Europe et empêcher les Allemands de reprendre les commandes du minuscule État de Dantzig, terre germanique depuis le début du XIVe siècle.

Le pire dans cette histoire fut que celui qui mit le feu aux poudres, Neville Chamberlain, était un honnête homme, non délirant, un administrateur sage, mais très malade et très influençable, qui n’osa braver la foule des pousse-au-crime.

Chamberlain et Hitler après la rencontre de Bad Godesberg, le 23 septembre 1938.

Avec de tels individus, l’humanité devait s’attendre au pire. Le nazisme et les mégalomanes polonais furent éliminés dès 1945, mais la génération allemande formée dans la Hitler Jugend fit de la petite RFA (la République Fédérale Allemande, dont la capitale était la somnolente Bonn) l’une des plus grandes puissances économiques de la planète – et l’on peut en dire autant de la Nation japonaise, elle aussi élevée durant les années Vingt et Trente pour le service de la collectivité nationale. Britannia, victime de faillite morale et financière, perdit son Empire et ne dut un regain de fortune qu’à la découverte en Mer du Nord d’énormes gisements de gaz et de pétrole. La France abandonna son rôle militaire, perdit la plupart de ses ruineuses colonies, mais entra de plein pied dans le monde de la technique moderne.

En 1945, « Staline » était à l’évidence le grand vainqueur en Europe et, en 1949, il étendit son influence à l’énorme Chine. Mais l’ensemble communiste implosa entre 1980 et 1990. On put alors dresser un bilan de l’économie marxiste – une pure idiotie – et de la « dictature du prolétariat » – grosse du pire esclavagisme de l’histoire humaine, couplé au totalitarisme le plus grossier, partant le plus abject.

À l’horizon 1980-2000, FDR parut le grand vainqueur posthume. L’économie globale et la mondialisation politique et sous-culturelle dont il avait rêvé semblèrent l’emporter un peu partout, jusqu’à ce que d’anachroniques djihadistes saccagent des portions entières de continents et que les dirigeants chinois réalisent ce qui paraissait impensable aux doctes théoriciens du XXe siècle : mixer l’économie ultra-libérale et la pratique du totalitarisme.

Et tout recommence en nos tristes jours : querelles de Divas folles à lier, mais (parfois) charismatiques, et de nouvelles guerres pour s’assurer des sources de matières premières et des parts de marché du grand gâteau de la consommation étendue à l’échelle de la planète.  


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