par Michel LHOMME

Alors que la Nouvelle-Calédonie (future Kanaky) est en pleine crise, la Chine a livré symboliquement ce mardi 2 juillet 2024 les clés d’un nouveau palais présidentiel au Vanuatu lors d’une cérémonie officielle devant un imposant panneau China Aid, rappelant le financement chinois d’autres bâtiments gouvernementaux, autant de projets qui ont bien sûr raviver les inquiétudes quant à l’influence de Pékin dans ce pays du Pacifique Sud.

Pékin prévoit également la construction d’un nouveau ministère des Finances et la rénovation du département des Affaires étrangères du pays insulaire, a indiqué l’ambassade de Chine dans son communiqué mardi. La Chine aurait dépensé plus de 21 millions de dollars pour ces projets, une somme importante dans ce pays en développement de moins de 300.000 habitants. Vanuatu est ainsi lourdement endetté auprès de la Chine avec quelque 40% de sa dette extérieure due à la banque chinoise Eximbank.
Tout ceci alimente négativement les petites conversations bourgeoises néo-coloniales du quartier Sud de Nouméa dans une Nouvelle-Calédonie aujourd’hui ruinée et à terre et espérant encore l’aide d’un autre état en faillite : la France par la quémande et la servilité (https://metainfos.com/2024/07/06/nouvelle-caledonie-detruire-et-quemander/). Rappelons que le Vanuatu, anciennement Nouvelles Hébrides est parvenu à l’indépendance en 1980, après avoir été une colonie gérée conjointement par la France et la Grande-Bretagne, sous le nom des Nouvelles-Hébrides.
Mais au fait, pourquoi pas la Chine et Noumea la pékinoise ?

Ne serait-ce pas se placer en position de force dans la reconfiguration géopolitique mondiale de la multipolarité en cours ?
Car la Chine futur hegemon de la planète a compris désormais le double jeu occidental et sa perfidie en décidant par exemple – fait nouveau d’une extrême importance – de tourner le dos aux bons du Trésor américain.
La Chine par sa présence dans toutes les conférences internationales du Sud Global (OCS et BRICS), par ses rencontres régulières avec Poutine, objet d’un mandat international d’arrestation manifeste son mécontentement.

« Les exportations chinoises de véhicules électriques, de batteries au lithium, de produits photovoltaïques, ont non seulement enrichi l’offre mondiale et atténué la pression inflationniste, mais ont également apporté de grandes contributions à la réponse mondiale au changement climatique et à la transformation verte et à faible émission de carbone », avait déclaré, le 16 avril, Xi Jinping devant le chancelier allemand Olaf Scholz en visite officielle en Chine.

Fin février, la Chine détenait 775 milliards de dollars en bons du Trésor américain, soit 22,7 milliards de moins que le mois précédent. Elle reste le deuxième plus grand détenteur étranger, derrière le Japon qui a consolidé sa place de premier acheteur en acquérant 16,4 milliards de dollars de bons en février, possédant un total de 1 168 milliards de dollars de dette américaine.

La Chine se débarrasse ainsi discrètement mais régulièrement chaque mois de ses dollars achetant en compensation de l’or à tour de bras. La Chine a ainsi remplacé en dix ans un quart des bons du trésor américain vendus par de l’or. Un phénomène qui pourrait se prolonger, soutenant d’ailleurs ainsi les cours du roi des métaux précieux, déjà largement plébiscité par les banques centrales d’autres pays émergents. En pleine suspicion d’une crise économique mondiale internationale avec la fin de l’UE voire de l’euro, l’or ne cesse de briller comme valeur refuge.

Après avoir inscrit un nouveau record historique en mai à près de 2 450 dollars l’once, le cours du roi des métaux précieux a un peu corrigé à la baisse mais reste soutenu par des vents porteurs, à l’instar de la tendance baissière observée sur les taux à long terme aux Etats-Unis. Comme l’or est libellé en dollars, une dépréciation du billet vert rend le métal jaune meilleur marché pour les acheteurs munis d’autres devises tandis que parallèlement, l’or continue de profiter de tensions géopolitiques marquées, entre l’incertitude pesant sur l’élection présidentielle américaine de novembre, les tensions entre la Chine et l’Occident (guerre commerciale et Taïwan), les conflits du Proche-Orient et en Ukraine.

De fait, la Chine continue de se dé-dollariser et d’accumuler de l’or. La Chine, grande rivale des Etats-Unis sur les plans économique et géopolitique, poursuit sa dédollarisation. Selon le Trésor des Etats-Unis, la Chine ne détenait plus à fin mars que 767 milliards de dollars de bons du trésor américain, soit 100 milliards de moins qu’un an plus tôt et 400 milliards de moins qu’il y a 10 ans. En parallèle, les avoirs en or de la PBoC (banque centrale de l’Empire du Milieu) atteignent 160 milliards de dollars, un montant en hausse de 30 milliards sur un an et de 110 milliards en 10 ans. La Chine a ainsi remplacé environ un quart des bons du trésor américain vendus en 10 ans par de l’or !

De leur côté, les banques centrales des pays émergents continuent d’acheter massivement de l’or. En avril, la Turquie (+8 tonnes), le Kazakhstan (+6 tonnes), l’Inde (+6 tonnes), la Pologne (+5 tonnes), Singapour (+4 tonnes), la Russie (+3 tonnes) et la République tchèque (+6 tonnes) ont augmenté leurs réserves, rapporte le Comptoir National de l’Or.
Le désinvestissement de 53,3 milliards de dollars de la Chine dans les bons du Trésor américain signale un changement massif des actifs en dollars qui vient s’ajouter à la fin annoncée des pétrodollars saoudiens.

En effet l’accord historique entre les USA et l’Arabie Saoudite a expiré le 9 juin et n’aurait pas été renouvelé. Il s’agit de l’accord conclu dans les années 1970 par l’extraordinaire trader en obligations de Wall Street, William Simon. Cet accord résolvait à l’époque deux problèmes à la fois – l’un pour les Etats-Unis, l’autre pour les Saoudiens. Les Etats-Unis avaient besoin d’exporter des dollars. Les Saoudiens avaient besoin d’exporter du pétrole. L’accord stipulait que si vous vouliez acheter du pétrole saoudien, vous deviez le payer en dollars. Ensuite, les Saoudiens pouvaient immédiatement les échanger contre des bons du Trésor américain.

L’autre point important dans cet accord était que les Etats-Unis assureraient la « sécurité » du gouvernement saoudien. L’accord sur les pétrodollars, formalisé après la crise pétrolière de 1973, stipulait ainsi que l’Arabie saoudite fixerait le prix de ses exportations de pétrole exclusivement en dollars américains et investirait ses recettes pétrolières excédentaires dans des bons du Trésor américain. En retour, les Etats-Unis fournissaient un soutien militaire et une protection au royaume, les Etats-Unis trouvant là une source stable de pétrole et un marché captif pour leur dette, tandis que l’Arabie saoudite assurait sa sécurité économique et générale.

L’accord était secret. Les Saoudiens ne voulaient pas que le reste du monde arabe sache à quel point ils travaillaient en étroite collaboration avec l’allié d’Israël, les Etats-Unis. C’était en partie à cause de cet accord que les Etats-Unis avaient attaqué l’Irak plutôt que l’Arabie saoudite, après le 11 septembre 2001. car les auteurs des attentats étaient presque tous des Saoudiens, et non des Irakiens. Mais l’Arabie saoudite était l’un des principaux détenteurs de la dette américaine et bénéficiait d’un statut spécial. Attention la non rénovation de l’accord n’interdit pas la vente en dollars américains, elle y met simplement un bémol et permet le recours au yuan chinois. (https://observers.france24.com/fr/moyen-orient/20240621-non-l-arabie-saoudite-n-a-pas-interdit-la-vente-de-p%C3%A9trole-en-dollars)

Le « déclin de l’Occident » qui a commencé en réalité à la fin des années 1990 est sérieusement entamé. Un exemple signifiant : en 1999, en vendant 30 actions de l’indice Dow, vous obteniez suffisamment d’argent pour acheter 41 onces d’or. Aujourd’hui, vous n’en obtiendrez que 17 ! En d’autres termes, la valeur réelle (mesurée en or) des principales entreprises américaines a été plus que divisée par deux. C’est un signe de déclin. Admettons que cela ne soit pas définitif, disons une mauvaise passe cela reste bien une indication significative.
A l’image de son président grabataire, les Etats-Unis ont perdu pied.

En 1999, les États-Unis devaient 5,6 billions de dollars. C’était déjà beaucoup d’argent mais c’était encore gérable. Aujourd’hui, leur dette s’élève à 35 000 milliards de dollars. Une grande partie de cette dette – un total de près de 100 000 milliards de dollars, publics et privés – ne peut être remboursée. Au contraire, elle représente de la richesse fictive qui disparaîtra au fur et à mesure que le cycle du crédit suivra son cours.
Ni Biden ni Trump ne réduiront les dépenses. Ni l’un ni l’autre ne voudra renoncer au titre de nation alpha mondiale. Ni l’un ni l’autre ne voudra ou ne pourra restreindre l’industrie militaire seul moyen de sauver les meubles. Mais la guerre prenant désormais une dimension totale (Ukraine, Proche-Orient, Corée et Taiwan), le territoire américain ne sera plus non plus à l’abri de frappes de missiles hypersoniques.
La chute est irrémédiable car l’opinion mondiale sur les Etats-Unis suite à Gaza et aux sanctions contre la Russie et la Chine, la violation des règles de l’OMC se dégrade de jours en jours dans un Sud Global désormais clairvoyant.La confiance internationale dans la démocratie américaine (affaire Assange, Snowden) n’existe plus.

Notons que quand on a l’arme à la main, on ne se soucie pas forcément de ce que les autres pensent de nous, on continue d’agir sans voir le feu qui a pris dans la maison mais si une nation hégémonique pouvait rester éternellement aux commandes, nous ferions peut-être encore partie de l’Empire romain, et non de l’empire américain.

Les chercheurs d’or chinois du Nigéria

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