NOUVELLE-CALÉDONIE : LES MENSONGES DE L’ETAT

par Michel LHOMME (rédacteur en chef de metainfos)

Un dispositif de police et de gendarmerie a été déployé autour du siège de l’Union calédonienne, à Magenta, ce mercredi matin. Photo Baptiste Gouret des Nouvelles Calédoniennes.

=============================================================================

Réouverture en journée de l’aéroport international de Nouméa et des établissements scolaires, permission de sortie jusqu’à 20H00, réouverture des écoles maternelles et primaires… Lundi, la Nouvelle-Calédonie devrait amorcer un « retour progressif à la vie normale » après un mois de violents troubles qui ont fait neuf morts. Ce sont, du moins les communiqués officiels car sur le terrain, la situation est tout autre :

  • Liberté de circulation : non rétablie.
  • Violents affrontements la nuit, comme ceux du samedi 15 au dimanche 16 juin dans la cite Les Palmiers de Dumbea et dans la nuit du mardi 18 au mercredi 19 juin à Paita.
  • Car-jackings réguliers, maisons particulières et quelques entrepôts ou bâtiments de nouveau incendiés tel un collège sur l’île de Mahé
  • 40 % seulement des écoles niveau primaire ont pu répondre à l’ouverture pour le secondaire, ce sont des rentrées d’abord des enseignants puis des élèves sans cesse reportés, faute de sécurisation des abords.
  • Un quartier le Mont-Dore totalement hors-contrôle : que font les Centaure récemment arrivés ?
  • Pas de transport public.
  • Services médicaux totalement dégradés.
  • Approvisionnement aléatoire.

Comme dans tout les Outres-mer et plus particulièrement à Mayotte, le Ministre de l’Intérieur, Gérard Darmanin ment. Marine Tondelier avec raison a dénoncé récemment l’état déplorable, le malheur et la souffrance des territoires ultramarins.

Contrôle à Mayotte


La décision de rouvrir l’aéroport a été prise en raison de « la circulation en journée rendue possible sur la RT1« , une double voie express reliant le centre de Nouméa à l’aéroport international de La Tontouta, rendue longtemps inaccessible à cause des nombreux barrages installés par les manifestants indépendantistes.

Les derniers touristes en partance doivent rejoindre l’aéroport par une navette aérienne à partir de l’aéroport local situé dans Nouméa. Mardi, ce sont 189 touristes ou résidents métropolitains qui étaient toujours bloqués sur l’île sans aucun paiement de leurs frais d’hôtel par le gouvernement.

« A partir de lundi, les passagers pourront venir par leurs propres moyens à l’aéroport qui ne sera plus gardé par les forces de l’ordre. Toutes les compagnies pourront desservir l’aéroport, il n’y aura pas de restriction, y compris concernant le kérosène« , avait  précisé le haut-commissariat.

Le Haut-commissariat a, par contre, repoussé de deux heures le début du couvre-feu – qui court jusqu’à 6H00 le lendemain – « au regard de l’amélioration de la situation et afin de faciliter le retour progressif à la vie normale« . Ce qui semble une litote. Rappelons que le couvre-feu a été instauré le 14 mai, puis l’état d’urgence le lendemain, ce dernier ayant été levé le 28 mai. L’interdiction de la vente d’alcool (exception pour les cavistes), de vente et de transport d’armes sont prolongés. Les gens la nuit se terrent et rentrent au plus tôt couvre-feu ou pas.

Selon le dernier bilan publié dimanche dernier par le haut-commissariat, les émeutes ont fait neuf morts, dont deux gendarmes, précisant que 248 policiers et gendarmes avaient été blessés et 1.187 personnes interpellés. Au total, quelque 3.500 effectifs de forces de sécurité sont déployés sur ce territoire ultra-marin du Pacifique Sud. De nombreux bâtiments ont été brûlés, des magasins pillés.


« Actuellement, nous sommes à un peu plus de 200 maisons incendiées – totalement ou partiellement – ou vandalisées, à 900 entreprises et petits commerces, et environ 600 véhicules de particuliers et d’entreprises, depuis le début de ces émeutes« , avait relevé Frédéric Jourdain, président du Comité des sociétés d’assurances (Cosoda) la semaine dernière sur Nouvelle-Calédonie La 1ère.

La peur, l’inculture politique, l’idéologie bisounours malgré les 1,5 milliard d’euros de dégâts. On croit régler le problème dans les établissements scolaires par l’envoi de coachs, psychologues spécialistes de l’empathie. Personne ainsi ne prend la mesure réelle de la situation or

« A Gaza comme en Kanaky, le temps des colonies, c’est fini ! », banderole aperçue dans les cortèges parisiens du Front Populaire.


Emmanuel Macron a demandé ce mardi 18 juin, dans une Lettre aux Calédoniens, la levée des barrages sur le Caillou, alors que comme nous le soulignons plus haut, l’ordre n’est pas rétabli sur le territoire. Dans cette missive envoyée après cinq semaines de troubles, un record dans la République et surtout à l’international, le président de la République exige « la levée ferme et définitive de tous les barrages » sur l’archipel français du Pacifique et « la condamnation des violences sans faux-semblants » ajoutant que « la situation dans laquelle la Nouvelle-Calédonie a été réduite par quelques-uns demeure inadmissible et ceux qui l’ont encouragée devront répondre de leurs actes« . Mais peut-on encore jouer les gros bras jupitériens quand sur place le laxisme prédomine : aucun responsable de la CCAT, aucun commanditaire pourtant connu des émeutes et de la politique planifiée de la terre brûlée n’a été mis sous les verrous depuis sa visite expresse sur le territoire.
[ce qui n’est plus la cas depuis notre dernière minute; voir ci-dessus ]

La vague de violences qu’a connu la Nouvelle-Calédonie n’a pas d’équivalent dans l’histoire récente de la République, ayant causé non seulement la mort de neuf personnes mais des dégâts matériels considérables, l’économie du territoire étant à terre.


La suspension du changement de code électoral a été actée par la lettre du président mais décidée parce qu’on ne pouvait faire autrement après le revers électoral subi par le camp présidentiel aux élections européennes et la crise politique née de la dissolution de l’Assemblée nationale, qui empêchait de facto le président de convoquer un Congrès pour entériner la réforme.
De qui se moque-t-on ?


Les barrages montés depuis plus d’un mois par les indépendantistes, certes plus fluides demeurent en place malgré les 3.500 effectifs de forces de l’ordre déployés en renfort, tout comme les barricades des miliciens adverses.  Dans sa lettre, le président mise sur la « constitution d’un nouveau contrat social calédonien » ajoutant dans son courrier que « ce dialogue devra naturellement porter sur la nature des liens qui seront tissés avec la France« , écrit-il puis lyrique dans sa manière grotesque : « il faut toujours plus de temps pour construire que détruire. Mais la patience est toujours la condition de l’espérance« . 

La réponse des Loyalistes, – hier « suceurs » de Macron comme on dit dans le patois local – membres du parti Renaissance et même ex-ministres n’ont pas tardé : « Nous aurions préféré le rétablissement de l’ordre à un courrier bien naïf » a ainsi répondu avec toupet leur cheffe de file, l’ancienne secrétaire d’Etat Sonia Backès.  Son groupe a dénoncé, dans un communiqué, des « évidences bienveillantes décorrélées de la situation actuelle en Nouvelle-Calédonie », une « déconnexion inquiétante ». Le député sortant Renaissance Nicolas Metzdorf qui ne se représente pas sous l’étiquette (mais reste tout de même investi par le Parti pour ses frais de campagne !), lui aussi non-indépendantiste, explique avoir répliqué au président de la République que son courrier « était inadapté compte tenu de la situation » et ajoute « j’ai rappelé que la nécessité aujourd’hui était de retrouver un État fort avec un président fort qui rétablisse l’ordre et la sécurité partout sur le territoire« .

Paroles en l’air de politiciens définitivement compromis par leurs ententes passées avec la majorité présidentielle.

Car si partout sur le territoire on parle de « renouer le dialogue« , de « paix« , de « concorde« , et même d’ « amour » ( retour indiscret de la franc-maçonnerie ou des curés de l’évangélisation coloniale ?), qu’on veuille reprendre une énième fois les accords de Nouméa, aucun ne semble comprendre que tout ceci est définitivement enterré. On ne retourne pas trente ans en arrière ! Personne ne paraît saisir ainsi la situation, l’importance du tournant opéré et surtout sa spécificité, son originalité. Seuls les kanaks en sont conscients et nous les en félicitons car les autres en restent aux pseudo-discours sur la citoyenneté calédonienne, cette citoyenneté improbable et illusoire des années 80-90 (combien de colloques ? Combien de « papiers » d’experts ?). Mais ne comprenez-vous donc pas que la jeunesse kanak n’en veut pas, refuse tout compromis, l’adhésion à ce contrat social qui a bien en son contenu des relents nauséabonds néo-coloniaux de par l’apartheid territorial que vous avez délibérément institué dans la gestion mercantile de l’autonomie accordée.

Il ne s’agit plus en effet pour la Nouvelle-Calédonie dans le moment historique où elle s’est avancée à savoir dans le rapport de force (qui est et reste du côté des indépendantistes radicaux en raison de la démission et du laxisme délibéré de l’Etat), dans ce rapport de force qu’elle vit au jour le jour et qu’elle a déclenché,

Il ne s’agit plus pour elle de faire peuple mais de faire nation.

Pourtant ce week-end, on nous dira que le camp indépendantiste n’a même pas réussi à tenir son congrès annuel tant les divisions entre jeunes radicaux et  les vieux politichiens professionnels des organismes territoriaux autonomes étaient profondes et d’ailleurs le camp indépendantiste n’a pas encore réagi au courrier présidentiel. Mais il a promis, ces derniers jours, de rester mobilisé jusqu’à ce que le projet de réforme soit définitivement enterré. Dans tout mouvement historique d’émancipation, ce sont les minorités agissantes qui ont toujours le dernier mot, pas les vieilles reliques :

MAPOU POLITICIEN CALÉDONIEN


Le collectif de la Cellule de coordination des actions de terrain (CCAT), au cœur de la révolte des indépendantistes, a répété et avec une certaine cohérence politique  rester « mobilisé tant que le projet de loi constitutionnel n’est pas définitivement enterré et ce, jusqu’à l’indépendance », prévue le 24 septembre 2025, lors de leur assemblée générale tenue jeudi et vendredi à Bourail, dans le nord de l’archipel.

Le 43e congrès annuel du Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS) avait été quant à lui particulièrement attendu à Koné, sur les terres de la tribu de Netchaot, dans le nord de l’archipel du Pacifique sud. Les délégations des différentes composantes du FLNKS étaient arrivées samedi en fin de matinée et après avoir procédé aux coutumes kanaks, les hommes « forts » des différents groupes – les présidents de l’Union calédonienne (UC), du Congrès de Nouvelle-Calédonie Roch Wamytan, du Rassemblement démocratique océanien Aloisio Sako, de l’Union progressiste en Mélanésie Victor Tutugoro et le vice-président de l’UC Gilbert Tyuienon- se sont mis à l’écart.

De longues discussions entre représentants coutumiers de la tribu et différentes composantes du front indépendantiste ont débuté et les quelques journalistes présents sur place ont dû quitter les lieux. Le Congrès a finalement été reporté en fin d’après-midi, trop de militants de la Cellule de coordination des actions de terrain (CCAT) souhaitant y participer, selon une source proche du FLNKS, alors que les organisateurs avaient décidé de limiter la participation pour chaque formation politique. Les militants de la CCAT étaient en effet particulièrement nombreux à patienter en amont de Netchaot, dans des dizaines de voitures à l’arrêt le long de la route vers Koné, espérant pouvoir intégrer le congrès.  Les questions à l’ordre du jour  étaient la question du dégel électoral et les suites à donner à la contestation, les élections législatives et la possibilité de désigner des candidats soutenus par le FLNKS. Mais aussi la reconnaissance par le FLNKS de la CCAT comme outil de mobilisation.

Le jeudi et vendredi précédents, les militants de la CCAT s’étaient réunis lors de leur première assemblée générale à Azareu, dans la commune de Bourail (centre ouest de l’archipel), afin de préparer leur participation au congrès.  La tribu d’Azareu n’avait pas été choisi au hasard : c’est un lieu symbolique où l’UC (principale composante du FLNKS) s’est positionnée pour la première fois en faveur de l’indépendance en 1977. « On est venu pour faire entendre notre voix, nous les jeunes, c’est notre lutte qui se passe, l’avenir de notre pays. On veut notre pleine souveraineté« , a expliqué Sarah, 23 ans, lors de l’AG. A ses côtés, Vanessa, 24 ans, lui emboîte le pas: « Nous les jeunes, on n’a pas de travail, on va terminer le combat de nos vieux. On s’est réveillé« .

Certes, ces propos sont ceux de militants politisés et ne reflètent sans doute pas le point de vue de toute la jeunesse calédonienne mais c’est elle qui parle, c’est elle qui s’exprime sur les barrages ou dans les meetings ! L’AG, qui comptait environ 300 personnes, a été l’occasion de mettre en place des ateliers de discussion et de réflexion pour préparer effectivement « l’indépendance de la Kanaky » (la Nouvelle-Calédonie en kanak) que la CCAT projette de déclarer le 24 septembre 2025. Une date choisie sciemment: la France a pris possession du territoire le 24 septembre 1853. La CCAT, créée en novembre 2023 et portée par Christian Tein, regroupe des représentants d’organisations syndicales, politiques ou associatives indépendantistes.

« Je demande aux gens du FLNKS: qu’avez-vous fait ? On est dans la merde aujourd’hui! » a lancé un homme lors de l’AG.

Le chemin nous semble tracé : sera-t-il  désormais acté en haut ? Tout dépendra des législatives. Contrairement à ce qu’on raconte, la France peut très bien se passer de la Nouvelle-Calédonie : le nickel est moribond, le territoire est un gouffre financier et militairement, son isolement et sa proximité avec nos alliés et l’AUKUS ne rend pas le territoire aussi vital. Nous avons bien d’autres cartes dans nos mains pour le Pacifique et une base, comme le font les Américains partout dans le monde : ça se loue !

Le camp des loyalistes bien sûr et là, l’absence de leader est criante, la compromission de leurs représentants avec l’Etat français attestée et leur l’absence d’analyse politique nous paraît proprement stupéfiante ! Quid de l’offensive ? Quid d’un appel par exemple à la population « blanche » mais aussi kanak à une marche contre la « chienlit », ce terme gaullien redevenu aujourd’hui à la mode  ? Quid d’un appel, d’une déclaration solennelle à la population silencieuse kanak qui avait forcément dans le secret de l’isoloir voté avec les loyalistes « non à l’indépendance » et qui se terre par peur de représailles ? Cette majorité silencieuse canaque n’est-elle pas à mobiliser ? Quid enfin et surtout d’une opposition et d’une critique ferme contre l’Etat et sa partialité ?

Ils doivent selon nous reconsidérer la « défaite » du projet des accords de Nouméa et prendre acte du désir unilatéral d’indépendance et en appeler immédiatement à la formation d’une assemblée constituante (par tirage au sort, conventions citoyennes dans toutes les municipalités) et ce, avec les indépendantistes.

Oui, il s’agit en ce sens de dire maintenant NON à l’Etat français et d’en tirer toutes les conséquences, de demander entre temps non pas la tutelle (encore une mentalité servile qu’on entend en ce moment partout dans les couloirs caldoches ou métropolitains !) mais de disposer du  vieux cadre juridico-politique du protectorat par exemple un protectorat économique provisoire d’un an avant l’indépendance qui actera la souveraineté néo-calédonienne, Kanak et Kaldoche, ses relations de coopération avec l’Etat français, les règles d’obtention de la nationalité calédonienne durant deux ans. (https://metainfos.com/2024/06/09/24-septembre-2025-un-nouvel-etat-a-lonu/).

N’avez-vous donc pas compris que l’Etat français ne fera rien et que pire il est votre ennemi ?

Depuis le 13 mai, la Nouvelle-Calédonie vit un déchirement inouï, provoqué par un projet de loi visant à opérer un dégel électoral. La colère est montée dans la rue, portée par les jeunes. Elle atteste de l’échec des accords de Nouméa et de la construction entreprise depuis, elle bafoue certes, il est vrai, le résultat démocratique de trois référendums mais nous le répétons avec Jacques Chirac : « Il n’y a pas de cas connu d’autonomie qui n’ait conduit à l’indépendance » ».

L’Etat français a déployé 3.500 effectifs de forces de l’ordre. Il y a eu des affrontements, des exactions, de gros dégâts, neuf morts, dont Lionel Païta. Il était de la tribu Saint-Laurent et hier, des centaines de Kanak ont arboré ou agité, dans une ambiance digne et calme, une multitude de drapeaux aux couleurs rouge, vert et jaune de la Kanaky, nom de la Nouvelle-Calédonie en kanak.

Le cercueil, fermé par les tontons maternels – les personnes les plus importantes dans le clan kanak – est porté dans la forêt dense, sous les regards emplis de larmes de la foule. Lionel Païta a été enterré dans une sépulture creusée à même la terre, au pied d’un sapin d’environ 25 mètres que son père avait planté à sa naissance avec son cordon ombilical, comme le veut la tradition.

Que peuvent les thérapies post-traumatiques contre un tel malheur sociétal ? Que viennent faire les psychologues de service dans un problème qui est celui de l’émancipation politique des uns comme des autres ?

Or, nous craignons sincèrement que la cécité politique des acteurs non indépendantistes n’augure de jours encore plus terribles face à la détermination légitime des uns et à la lâcheté de l’Etat.


En savoir plus sur METAINFOS.COM

Subscribe to get the latest posts sent to your email.