L’AMÉRIQUE RESPONSABLE DE LA GUERRE /2 (FIN)

Par Marc ROUSSET

Les États-Unis et l’OTAN ont signé des traités en 1999 à Istanbul et en 2010 à Astana indiquant qu’au nom du principe de « l’indivisibilité de la sécurité » qu’ils ne peuvent améliorer leur sécurité aux détriments d’autres pays. Or l’Ukraine, depuis 2014, a accru des capacités militaires hostiles à la Russie, suite aux fournitures de matériel et à la formation des militaires ukrainiens par les pays de l’OTAN. L’installation de missiles par l’Amérique en Ukraine nous ramènerait à la crise des missiles à Cuba en 1962.

Volodomyr Zelensky avait fait adopter en mars 2021 une loi qui stipulait la nécessité pour l’Ukraine, alors que la Crimée, historiquement, ethniquement et linguistiquement, n’a jamais été ukrainienne, de reconquérir la Crimée par la force. La Crimée russe a été donnée en cadeau en 1954 par Khrouchtchev à une Ukraine purement administrative dans le cadre de l’URSS, pour fêter le tricentenaire du soulèvement des cosaques zaporogues en 1654 qui ont demandé l’aide et la protection de la Russie, afin de pouvoir se débarrasser et vaincre les Polonais !

Cet accord qui scellait une alliance entre les deux pays, était dirigé contre la Russie et promettait à l’Ukraine l’entrée dans l’OTAN. C’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase ! L’homme d’État Poutine a été convaincu que la Russie devrait immédiatement attaquer avant que l’adversaire se renforce encore, soit de plus en plus fort et menaçant, voire capable de reprendre effectivement la très stratégique Crimée qui a été peuplée de Russes, dès la conquête de la Crimée en 1783 par Catherine II aux dépens de l’empire ottoman.

Ce rapport intitulé « Sur-expansion et déséquilibrage de la Russie, évaluation des impacts des options imposant des coûts » est très explicite. Il envisage comme tactique possible pour les États-Unis de « fournir une aide létale à l’Ukraine » afin « d’exploiter le plus grand point de vulnérabilité externe de la Russie ».

Selon l’article 51 de la Charte des Nations Unies, suite à l’expansion sans fin de l’OTAN à l’Est, suite à l’armement, la formation et à la réorganisation de l’armée ukrainienne par l’Amérique, ce que montraient les gigantesques derniers envois d’armes américains prévus par une loi-bail pour un montant de 40 milliards de dollars, suite à la menace d’implantation de missiles stratégiques, et suite à l’attaque ukrainienne du 16 février 2022 dans le Donbass, la Russie était en droit d’invoquer la légitime défense.

L’Ukraine attaque en fait non seulement les séparatistes du Donbass, mais aussi potentiellement directement la Russie, suite à un armement de plus en plus lourd et important, suite à l’envoi de missiles et drones sur le territoire russe, suite à une campagne médiatique farouchement anti-russe, suite à son souhait officiel de vouloir intégrer l’UE et l’OTAN, avec possibilités d’installer des missiles trop proches de Moscou, tels des serpents venimeux à sonnettes potentiellement mortels pour la Russie.

La guerre de l’Amérique est aussi idéologique et mortelle à terme pour la Russie car le modèle ukrainien de démocratie occidentale décadente, individualiste, hédoniste et matérialiste, est destructeur à terme pour la Russie. La Russie, pour survivre, a besoin au contraire d’un État régalien fort, d’une Armée forte et d’une démocratie autoritaire, face à tous les dangers qui l’entourent (OTAN à l’ouest, Caucase et Turquie au Sud, 4 250 km de frontières communes avec la Chine, danger islamique de l’Asie centrale). Introduire la démocratie occidentale en Russie, c’est la condamner à une mort certaine, l’Occident étant lui – même en décadence. La Russie, suite à des pressions du gouvernement ukrainien, a déjà subi la sécession de l’Église orthodoxe ukrainienne qui s’est affranchie de la tutelle du Patriarcat de Moscou pour se tourner vers Constantinople

La Russie se sent menacée et encerclée par l’OTAN. La Suède et la Finlande n’étaient, de leur côté, menacées en rien par la Russie ; elles étaient, de plus, déjà protégées en tant que membres de l’UE ! Ce que souhaite Poutine, c’est pouvoir seulement réunifier d’une façon légitime et historique, suite à l’éclatement abracadabrantesque non pensé et réfléchi de l’URSS en 1991, les Slaves russes ukrainiens de Novorossia et de l’Est du Dniepr, ainsi que les Slaves russes de Biélorussie, du Kazakhstan et de Transnistrie. Poutine n’a aucune intention de s’attaquer à l’Europe, à la Pologne, à la Finlande, à la Suède ! Pour quoi faire ? Quel serait son intérêt ? La Russie cherche au contraire à coopérer avec l’Europe. Elle a mieux à faire dans son immense espace et n’a pas les moyens humains pour occuper tous ces pays. C’est donc bien l’Amérique qui, une fois de plus, agresse la Russie, en voulant faire des pays neutres des membres actifs de l’OTAN qui soi-disant défend, mais en fait passe le plus clair de son temps à agresser pour le compte de l’Amérique : en Serbie, en Afghanistan, en Irak, en Libye et demain en Asie si les Européens se laissent entraîner par l’infernale et impérialiste Amérique avec ses bases militaires répandues dans le monde entier !

Le but ultime de l’Amérique est de « briser le dos de la Russie », de la diviser, de renverser Poutine, de s’emparer des ressources énergétiques et en matières premières, comme cela a failli être le cas avec et après Eltsine, de prendre une place importante en Asie centrale, d’écraser donc d’abord la Russie, avant de s’attaquer à la Chine expansionniste qui souhaite récupérer Taiwan. L’enjeu géopolitique pour l’Amérique, c’est l’américanisation et la perte de puissance économique, militaire de l’Europe, l’établissement définitif du protectorat de l’OTAN sur l’Europe, la disparition de son adversaire géopolitique, la Russie, politique qui a toujours été celle de l’Angleterre, face à la puissance continentale russe.

« L’Occident a déclenché la guerre totale » a pu dire Serguei Lavrov, le ministre des affaires étrangères de Poutine. La confiscation des avoirs, soit 300 milliards de dollars et d’euros, de la Banque centrale de Russie en Europe et aux États-Unis, n’est rien d’autre qu’un acte hallucinant de gangstérisme, une première dans l’histoire du monde. La Russie a été exclue subitement, sans préavis, du système international de règlement interbancaire Swift. Quant à la politique des sanctions économiques et commerciales envers la Russie, elle a échoué, suite aux positions dominantes de la Russie pour l’énergie et les matières premières, et elle s’est retournée, comme un boomerang, contre l’Occident (inflation, perte de compétitivité, et pénurie)

L’Amérique utilise les Ukrainiens comme « chair à canon » en les incitant à se battre jusqu’au dernier homme, mais comme l’a souligné Henri Guaino « nous marchons en fait vers la guerre nucléaire comme des somnambules » si l’on se réfère aux débuts de la guerre de 1914, aux bombes de Hiroshima et de Nagasaki, aux quelques centaines de conseillers américains au Vietnam en 1961 qui ont très vite laissé la place à un demi-million d’hommes, à des bombardements massifs au napalm, à des massacres de villages entiers, suite à l’engrenage incontrôlé des événements. Ce que nous vivons actuellement en Europe est dû uniquement à l’agression depuis plus de 30 ans de la Russie par l’Amérique, à la folie soudaine et irréfléchie des va-t-en-guerre de l’UE, petit caniche de l’OTAN et des États-Unis.

L’intérêt stratégique de l’Europe, comme l’avait très bien compris le visionnaire de Gaulle, c’est de construire au contraire une Europe libre des nations européenne, en lieu et place de l’UE, Europe fédérale soumise à l’Amérique, de se débarrasser de l’OTAN, de renvoyer l’Amérique à Wall Street, de se rapprocher progressivement et de plus en plus de la Russie pour constituer une Grande Europe forteresse de Brest à Vladivostok, de mettre en place un OTAN européen où la Russie européenne remplacerait à long terme purement et simplement l’Amérique ! C’est ce que souhaitaient Gorbatchev en 1989 et Poutine en 2001 qui ont tous deux demandé la mise en place d’une « Maison commune Europe », la peur bleue de l’Amérique ! Washington souhaite au contraire faire de la Russie un ennemi pour diviser les Européens et justifier son protectorat militaire impérialiste, ses ventes d’armement, son gaz de schiste, son blé, sa domination sur l’Europe, d’où la guerre stratégique de l’Amérique contre la Russie qui est diamétralement opposée aux intérêts fondamentaux d’une Europe gaullienne, libre, puissante et européenne !

  • Marc Rousset, Auteur de « Notre Faux Ami l’Amérique/ Pour une Alliance avec la Russie » -Préface de Piotr Tolstoï – Librinova – 2024

Le dossier d’Eléments « Mourir pour Kiev » : la France, combien de divisions ?

Emmanuel Macron, c’est le Matamore de la commedia dell’arte. Il n’en finit pas de bander ses muscles « photoshopés » et de défier Poutine. « Tu vas voir ce que tu vas voir ! » Chaque jour, il va plus loin dans la surenchère belliciste. Aujourd’hui, il va envoyer des Mirage en Ukraine. Une folie, qui fait dire à Marine Le Pen : « On a le sentiment qu’Emmanuel Macron a envie d’une guerre. » Qu’importe si celle-ci risque de se transformer en Troisième Guerre mondiale, où la France serait balayée. Celui qui veut la paix prépare la guerre. Mais Macron ne l’a pas préparée. En 2017, il humiliait publiquement le général Pierre de Villiers pour avoir osé pointer la faiblesse de nos budgets militaires. La vérité, c’est que l’Armée française, hors quelques unités d’élite, est nue. Pas assez d’hommes, pas assez de matériel. État des lieux (il n’est pas glorieux). À retrouver également dans le dossier « Mourir pour Kiev » en une du dernier « Éléments », disponible en kiosques ou sur notre site.

En kiosque actuellement Éléments :


En savoir plus sur METAINFOS.COM

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Un commentaire

Les commentaires sont fermés.