par Michel LHOMME
Il n’y a pas qu’à Nouméa que l’aéroport soit fermé, c’est le cas aussi du Nigéria et dans la capitale Abuja, de longues files d’attente se sont formées devant les portes verrouillées de l’aéroport de la ville. Tous les vols intérieurs ont été annulés.

Ecoles fermées, pannes d’électricité, entreprises à l’arrêt… Le Nigeria n’en peut plus et une grève illimitée a démarré ce lundi 3 juin à l’appel des syndicats après l’échec des négociations avec le gouvernement pour un nouveau salaire minimum, dans un contexte de grave crise économique.
Depuis son arrivée au pouvoir il y a un an, le 19 mai 2023, le président Bola Tinubu a en effet mis fin à la subvention des carburants et au contrôle des devises, ce qui a entraîné une hausse du coût de la vie, le triplement par exemple des prix de l’essence et de l’alimentation. Dans une enseigne de restauration rapide, un plat de spaghettis vendu 1 300 naïras [85 centimes d’euros] quelques semaines auparavant en coûte désormais 2 100 [1,37 euro], soit une hausse de près de 70 %.

Le Nigeria, le géant africain est aux prises avec les pires turbulences économiques de ces dernières années. Au cours des douze derniers mois, la monnaie a perdu au moins la moitié de sa valeur face au dollar. Une fois investi, le 29 mai 2023, le président milliardaire Bola Tinubu avait bien annoncé au pays deux ans d’austérité et de souffrance et appelé à la patience pour permettre à ses réformes d’assainissement des finances de porter leurs fruits, affirmant qu’elles contribueraient à attirer les investissements étrangers. Mais un an après on attend toujours ces investissements et l’amélioration promise. Pire, on constate plutôt le départ et le retrait des projets internationaux ! La mesure a en tout cas fait flamber le coût de la production dans l’ensemble des secteurs, plongeant l’économie dans la tourmente et empêchant surtout bon nombre de Nigérians d’accéder aux produits de première nécessité et aux transports en commun :

En janvier 2024, le taux d’inflation brut du pays a ainsi atteint 29,9 %, du jamais-vu depuis près de trente ans. Ces derniers mois, Le coût de la nourriture, premier poste de dépenses dans le budget de la plupart des ménages, et celui des transports (deuxième poste) a grimpé en flèche. L’inflation alimentaire s’est établie à 35,4 %, montant jusqu’à 40 % dans certains États, selon le Bureau national des statistiques.
La détermination de Tinubu à poursuivre la dérégulation de l’économie en supprimant les subventions sur le carburant et en laissant flotter le naïra aura eu pour l’instant comme seul effet d’exposer au grand jour les failles macroéconomiques du pays. Des problèmes structurels comme l’insécurité dans le Nord-Est et le Sud-Est (Boko Haram et le retour de sa scission Ansaru, séparatisme igbo, fondamentalisme musulman) ainsi que le fléau des enlèvements qui commencent à toucher maintenant Lagos ont contribué à faire flamber les prix, à l’heure où les agriculteurs et d’autres, notamment les maillons des chaînes d’approvisionnement dans les campagnes, sont touchés de plein fouet. Le Nigéria a faim. Le recrutement de membres perpétuant l’insurrection ou le grand banditisme ne cessera pas tant que le gouvernement fédéral n’aura pas relevé des défis majeurs tels que la réduction de la pauvreté, la création d’emplois, le développement de nouvelles infrastructures et l’alphabétisation.

La situation est pratiquement préoccupante pour la jeunesse étudiante qui se trouve forcé de réduire ses repas à un par jour mais surtout qui ne parvient plus du tout à payer son transport quotidien pour pouvoir se rendre en cours.

A la recherche souvent de stages pour pouvoir valider leurs diplômes, face à la montée du chômage, les étudiants se retrouvent sans validation après des années de sacrifice devenues vaines. La colère et le désespoir (envie de suicide) augmente comme le banditisme criminel des aera boys, les voyous de Lagos.

Les principaux syndicats, le Congrès du travail du Nigeria (NLC) et le Congrès des syndicats (TUC), ont exhorté les travailleurs à ne pas aller au travail ce mardi après que le gouvernement a refusé d’augmenter le salaire minimum au-delà de 60 000 nairas (près de 40 euros) par mois, selon les médias locaux. « Les travailleurs nigérians restent chez eux. Oui ! Pour un salaire décent. Non ! A un salaire de misère », ont déclaré les syndicats dans un communiqué commun. Les syndicats protestent également contre une hausse des prix de l’électricité. Le syndicat de la société de transmission d’électricité au Nigeria a déclaré avoir coupé le réseau national d’électricité au cours de la soirée de dimanche et lundi, engendrant des pannes dans tout le pays.

A Abuja, la présence de soldats et de personnel de sécurité a été renforcée dans les rues. Déjà en février dernier, des milliers de Nigérians s’étaient mobilisés contre la hausse du coût de la vie à l’appel des syndicats sans résultat, ni amélioration.
Dans une population marquée par l’insécurité, le seul moyen pour que le Nigeria revienne sur la voie de la paix et du développement dans ce contexte de crise de la dette croissante (près de 200 milliards de dollars), d’inflation galopante , et d’extrême pauvreté (taux de chômage à 33%, 133 millions de pauvres) est de partager, de lutter contre la corruption endémique et d’opérer une politique inclusive de redistribution des richesses. Pour inverser ces tendances, le nouveau gouvernement doit affronter les intérêts partisans, définir de grands projets d’infrastructure, entreprendre l’assainissement économique, des réformes constitutionnelles et vraiment tenter de pacifier le Nord du pays, dans le but de solutionner enfin la question musulmane locale, une tâche qui paraît presque impossible en dehors d’un retour à la décentralisation originaire du pays. Mettre fin aux inégalités et à la corruption, tenir tête au djihadisme de Boko Haram et à la criminalité des campagnes et des villes, tels sont les défis du grand homme d’affaires Tinubu, nouveau président du Nigeria, depuis février 2024 dans un pays toujours sur la corde raide.
En savoir plus sur METAINFOS.COM
Subscribe to get the latest posts sent to your email.
