NOUVELLE-CALÉDONIE : MACRON EST REPARTI !

par Michel LHOMME

Finalement, Macron ne sera resté qu’une seule journée en Nouvelle-Calédonie et donc sera rentré à temps de Nouméa pour repartir vers Berlin, où il rencontrera son homologue Frank-Walter Steinmeier ainsi que le chancelier Scholz, avec lequel les relations sont loin d’être au beau fixe. Règles budgétaires non appliquées par la France, marché de l’électricité, défense (la proposition d’envoi de troupes en Ukraine), les sujets qui fâchent sont nombreux. C’est une visite d’Etat qui doit avoir lieu du 26 au 28 mai et qui ne pouvait pas être compromise puisqu’elle avait déjà été annulée et remise à des jours meilleurs, pour cause d’émeutes en France au début de l’été dernier. Pouvait-on dès lors imaginer négliger nos amis d’outre-Rhin une fois de plus pour causes d’émeutes touchant cette fois-ci un territoire « néo-colonial » ultra-marin à l’autre bout-du-monde ?

L’insurrection kanak ne se calme pas malgré les apparences. Les délégations du FLNKS ont mis plus d’une journée à répondre à la proposition du Président de la République pour rétablir le dialogue de lever les barrages. Ils ne le sont pas toujours et pire, un certain chantage continue puisque le principal responsable des troubles, Monsieur Tein du CCAT exige maintenant la levée des assignations à résidence. Celles-ci paraissent pourtant très peu contrôlées puisque les principaux leaders extrémistes paradent dans des interventions télévisées en pleine rue.

Or les troubles continuent : magasins, écoles, entrepôt bâtiments publics incendiés dont le dernier en date l’Institut Agronomique Calédonien (l’IAC), tirs et explosions s’entendent la nuit dans le grand Nouméa. On déplore un septième mort, d’origine kanak lors d’un contrôle de police à Dumbea. Un groupe de jeunes délinquants d’une cité voisine connue pour le trafic de stupéfiants – il y a peu comme en métropole on y affichait sur les murs les prix de la marchandise ! – s’est ruée sur une voiture de police qui passait par là.

L’approvisionnement demeure aléatoire et problématique, les pénuries touchent les denrées de première nécessité tandis que l’inflation est galopante (un commerçant même en situation de crise reste un commerçant obéissant à la loi de l’offre et de la demande).

A ce propos, personne n’évoque le fait que le pouvoir depuis des années à fermer les yeux sur le trafic de drogues (essentiellement du cannabis mais on trouve aussi facilement de la cocaïne sur l’île dans la jet-set). En effet, toute une économie parallèle que ce soit au Nord comme au Sud du territoire s’y est développée et a prospéré avec la complicité des responsables politiques et policiers de l’île. Certains, les bisounours aujourd’hui de la bienveillance parlent ici d’échec de l’éducation mais que transmettre à des jeunes qui a sept heures du matin ont déjà les petits yeux rouges du joint et de la défonce.

Fait nouveau et inquiétant amorçant peut-être un troisième plan de l’insurrection dont on parle dans certains états-majors, des maisons de particuliers ont été incendiés forçant leurs habitants à les évacuer et à envisager maintenant sérieusement de quitter l’île puisqu’ayant tout perdu. On verra lors de l’ouverture de l’aéroport le nombre de candidats au départ mais c’est précisément l’objectif du FLKS, produire le départ d’un maximum de « blancs », de « rapatriés » pour pouvoir accepter une réforme limitée du gel électoral par exemple à quatre ou six ans afin de stopper le fait qu’ils devenaient effectivement minoritaires sur l’île.

On salue en tout cas cette défense d’un peuple premier devenu minoritaire à défendre sa terre. Il devrait normalement donner exemple à d’autres peuples en train de le devenir ailleurs sur son propre sol. Ne voyez-vous ce que je veux dire après le projet de loi avorté sur l’immigration et l’échec de l’opération Wuambushu à Mayotte ?

Sept morts et Nouméa dévasté : le haut-commissaire surnommé désormais Bourvil sur les réseaux-sociaux ne dort plus mais se prend maintenant à rêver de reconstruction !

Ce qui nous étonne dans les deux parties, c’est que tout se passe comme si on en était resté sur l’île aux accords de Matignon (1988) quand fut reconnu le fait colonial et acté le principe de l’autodétermination dans le respect d’une double légitimité : celle des Kanaks et celle des Caldoches, descendants des bagnards et victimes de l’histoire pour la majorité d’entre eux. Or beaucoup de choses n’ont-elles pas changé depuis trente-six ans ?

Les indépendantistes sont à la tête du gouvernement, du Congrès et de deux des trois provinces et le territoire ne peut plus juridiquement être considéré comme un territoire colonial puisque jouissant d’une autonomie sans précédent, sans commune mesure avec les autres territoires ( la Polynésie française en rêve maintenant !). Si de fortes disparités demeurent, elles résultent en grande partie de la politique économique menée par les indépendantistes qui ont tout fait par exemple pour saboter l’industrie du Nickel au Nord, pratiquant une gestion qui était celle des municipalités communistes en France dans les années 60-70 à savoir laisser partout des poches de pauvreté pour s’assurer d’un socle électoral aux prochains scrutins.

Des milliers de kanaks vivent aujourd’hui dans la capitale, Nouméa-la blanche qui l’est dans sa banlieue de moins en moins. De plus, ce n’est pas toute la jeunesse kanak qui est dans la manifestation même si par réflexe identitaire, on peut regretter que celle qui justement qui est raisonnable et souhaite poursuivre ses études (très souvent d’ailleurs dans l’armée ou les forces de l’ordre !) se taisent. Avec 15 % de mariages mixtes, la Nouvelle-Calédonie était en train de devenir une terre de métissage.

Soyons clair : en encourageant la jeunesse kanak dans une lecture décoloniale et identitaire, en imposant par exemple un programme obligatoire à tous les échelons de la scolarité jusqu’en terminale comme l’EFCK (enseignement des fondamentaux de la culture kanak) que des professeurs Kanaks eux-mêmes refusaient de faire et qui comble de l’hypocrisie était dévolu (nous en fûmes nous-mêmes scandaleusement l’objet) à des mis à disposition arrivés tout frais de métropole, en encourageant une telle lecture nous ne pensons pas du tout que cela fasse progresser l’archipel vers un destin commun, ou en tout cas vers la définition d’une citoyenneté néo-calédonienne qui ne soit pas ethnique et populiste.

Si la crise n’était si tragique, on s’amuserait de toutes ses contorsions pédagogiques qui refusent toutes d’avoir un caractère politique alors qu’elles l’étaient, le sont et le seront toujours puisqu’elles visent à nourrir les racines anti-colonialistes et poser des présupposés raciaux à la lutte légitime d’un peuple premier, d’un peuple fier de lutter contre son « grand remplacement » , terme pourtant banni et vomi par ces mêmes professeurs démocrates sur d’autres terres et sous d’autres horizons.

Préparez vos valises ou battez-vous !


En savoir plus sur METAINFOS.COM

Subscribe to get the latest posts sent to your email.