Par Marc ROUSSET

Le gazoduc russe Force de Sibérie 2 enverra à la Chine, à travers la Mongolie, les mêmes 50 milliards de m3 de gaz qui devaient alimenter Nordstream 2, à partir du gazoduc Yamal, en Europe !

Le gazoduc Force de Sibérie, inauguré le 2 décembre 2019 par Poutine et Xi Ping, qualifié « d’événement historique » par Poutine, devrait alimenter la Chine au poste-frontière de Heihe, à partir de 2024, jusqu’à concurrence de 38 milliards de m3 (contrat signé en 2014 entre Gazprom et CNPC), avec une capacité globale de 61 milliards de m3, pour satisfaire également la demande domestique russe. Deux gisements alimentent Force de Sibérie : un gisement dans l’île de Sakhaline au nord-ouest et un gisement à Kovytka, proche du lac Baïkal, à l’est. 10 milliards de m3 de gaz supplémentaires devraient alimenter le nord de la Chine avec une nouvelle route de transit à partir de Vladivostok.

Suite aux sanctions de l’UE et au sabotage de Nordstream par l’Amérique, Poutine n’a trouvé rien de mieux que d’envoyer les mêmes 50 milliards de m3 vers la Chine pour remplacer son client suicidaire Europe ! Le gazoduc Force de Sibérie 2 livrera le gaz de Yamal-Europe à la Chine, en passant par la Mongolie !

La Chine cherche cependant à diversifier ses fournisseurs, ne se tournant pas uniquement vers le Kremlin : le Turkménistan fournit à ce jour 35 milliards de mètres cubes à la Chine. Un quatrième gazoduc devrait être cependant construit avec le Turkménistan, ce qui mettrait la Chine en position de force pour discuter du prix du gaz avec tous ses fournisseurs, dont Force de Sibérie 2 avec la Russie !

Le résultat des courses, c’est que suite à la stupidité des Européens qui achètent à prix élevé du gaz de schiste liquéfié (transporté par méthaniers) aux États-Unis ainsi que de l’essence plus chère à l’Inde (à partir du pétrole russe importé), les deux grands gagnants de la sinistre plaisanterie des sanctions de l’UE envers la Russie sont en réalité : la Chine et les États-Unis, et les deux grands perdants : la Russie et l’Europe ! À quand un nouveau de Gaulle en Europe de l’Ouest, la Russie ayant déjà le sien avec Poutine ! La Grande Europe et vite !

Proposer à la Russie une alliance avec l’Europe et non avec la Chine, ce qu’elle est en train de construire par la force des choses, suite à la faute grotesque et à l’irréalisme des Européens.

La Chine est aujourd’hui le premier partenaire commercial et le premier client énergétique de la Russie, avec des échanges qui ont atteint en 2022 les 176 milliards d’euros, selon les Douanes chinoises. La Chine fournit également à la Russie les composants industriels et électroniques indispensables à son effort de guerre. L‘objectif de Poutine est de livrer à la Chine au moins 98 milliards de mètres cubes de gaz russe et 100 millions de tonnes de GNL russe d’ici 2030. L’ampleur des investissements entre les deux pays continue d’augmenter et les grands projets stratégiques progressent, selon le Premier ministre chinois Li Quiang. Sans être pour l’instant militairement alliée avec la Russie, la Chine est actuellement une véritable « amie » de Poutine.

Ryan Hass, membre du cabinet de réflexion américain Brookings Institution, lors d’une déclaration à l’AFP, en mai 2023, considère que les deux pays se sont « davantage rapprochés en raison de griefs et d’inquiétudes communes qu’en raison d’objectifs communs. Ils sont irrités et se sentent menacés par le leadership occidental dans l’actuel système international ; ils estiment que leurs pays devraient être davantage respectés sur les dossiers où leurs intérêts sont en jeu ».

Le non-rapprochement de l’Europe et de la Russie est donc une faute stratégique grotesque de la bien-pensance européenne. La guerre de l’OTAN en Ukraine et les stupides sanctions économiques suicidaires des valets européens ne font que jeter davantage encore la Russie dans les bras de la Chine. Seul le Président Trump, aux États-Unis, a compris cette faute cardinale de l’Occident, mais l’État profond a tout fait pour lui mettre des bâtons dans les roues et empêcher un début de rapprochement des États-Unis avec la Russie.

Interviewé par le Figaro, le professeur Wu Qiang de la prestigieuse université Tsinghua, mis à pied pour s’être rendu à Hong Kong afin d’analyser les manifestations démocratiques, analyse la relation en cours de la Russie avec la Chine. : « Pékin cherche à sortir de l’isolement de l’ère Covid et à préparer une victoire diplomatique sur la question de Taïwan. Il s’agit de l’enjeu stratégique suprême pour la Chine, et, pour cela, elle s’appuie sur la Russie. (…) Les deux pays sont en train de former une alliance dos à dos pour créer un espace eurasien, selon la théorie du géopoliticien Mackinder en 1912, en renforçant leurs relations avec l’Asie centrale. (…) Le nationalisme russe nie la souveraineté de l’Ukraine au nom de l’histoire, ce que veut faire également la Chine à Taïwan. En ce sens, l’occupation de la Crimée par la Russie crée un précédent utile. Accomplir la « réunification » de Taïwan reviendrait à imposer une Pax sinica, qui vise à remplacer l’ordre international bâti par les États-Unis au sortir de la Seconde Guerre mondiale, la Pax americana[1].

Marc Rousset -Auteur de « Notre Faux Ami l’Amérique/Pour une Alliance avec la Russie »-Préface de Piotr Tolstoï – 369 p – Editions Librinova – 2024.
[1] Sébastien Falleti – Wu Qiang : « La Chine est entrée dans un post-totalitarisme » – p.24 – Le Figaro du samedi 15 juillet 2023
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