par Franck BULEUX
Une des campagnes récurrentes contre Marine Le Pen est de rappeler, invariablement et inlassablement, que le Front national (FN) a été fondé, outre par Jean-Marie Le Pen (1928-2025) lui-même, mais aussi par un ancien de la division SS Charlemagne, Pierre Bousquet (1917-1991), qui a d’ailleurs démissionné du FN en 1980 accusant le Menhir, via ses comités Militant (qui donnèrent naissance au Parti nationaliste français, PNF) d’être « le jouet entre les mains des sionistes », rejetant ainsi l’arrivée de Jean-Pierre Stirbois aux côtés de Jean-Marie Le Pen en qualité de secrétaire général du Front qu’il estimait proche d’Israël. Outre Pierre Bousquet, on cite aussi à l’envi Léon Galtier (1915-1997), ancien Waffen-SS, comme co-fondateur du FN, qui sera écarté de l’entourage du natif de La Trinité dès le début des années 1980 pour le même motif. D’autres co-fondateurs du FN sont issus d’autres combats, comme celui de la Résistance, mais mon propos n’est pas là. Selon les censeurs, il ne faudrait pas voter pour le Rassemblement national (RN), qui succéda au FN, voire même éliminer ce parti (la « mort » lui a été promise il y a quelques jours sur les antennes médiatiques par une jeune excitée), notamment pour cette raison visant à cette fondation initiale de 1972.

En écrivant mon dernier essai sur Coluche (1944-1986), qui repose exclusivement sur sa pré-campagne présidentielle de 1980-1981, je me suis intéressé à l’individu, à cet humoriste dont la postérité est portée notamment par la fondation des « Restos du cœur » en 1985, mais aussi par de nombreux succès cinématographiques. Ses débuts, avec l’équipe du « Café de la gare » furent difficiles : issu d’un milieu populaire de banlieue parisienne, Michel Colucci s’est fait tout seul (comme l’on dit) grâce à l’aide de différents producteurs comme Charles Lederman. Sa filmographie démarre en 1969 pour se terminer par « Le fou de guerre » en 1985, en passant par le César du meilleur acteur décerné en 1984 pour « Tchao Pantin » (sorti en décembre 1983). Mais ses débuts furent difficiles : en 1973, Michel Colucci joue un policier (comme dans « L’inspecteur la Bavure » en 1980…) dans « Themroc ». Ce film, dépourvu de dialogues intelligibles, dans lequel les personnages communiquent par des grognements et des cris, est composé d’une distribution remarquable, notamment de l’équipe de Coluche du « Café de la gare » : Romain Bouteille, Patrick Dewaere, Miou-Miou, Henri Guybet, Sotha… C’est presque une photographie intégrale de cette troupe libertaire au début des années 1970. Michel Piccoli (1925-2020) y tient le rôle principal. « Themroc » est une œuvre de contestation radicale de la société industrielle avec le rejet de la consommation, le retour à une écologie primitive, la contestation de l’autorité patronale, de la discipline au travail… On peut y avoir une expression cinématographique de l’anarchisme libertaire et de l’esprit contestataire issu de Mai 68.
Quel rapport avec Le Pen ?

Le principal producteur (et donc financeur) de cette création pour laquelle Michel Piccoli aurait accepté de jouer gratuitement, rendant possible cette production atypique, est François Barazer de Lannurien (1926-2006), ancien volontaire français de la Waffen-SS, engagé dans la division Charlemagne dans laquelle il participa aux combats de Poméranie, puis à la bataille de Berlin du 16 avril au 2 mai 1945.
Si l’on suit les censeurs, ce lien de production cinématographique entre de Lannurien et le jeune Michel Colucci aurait dû, sine die, mettre fin à sa carrière ou, à défaut, porter un regard pour le moins négatif sur l’ensemble de toutes ses activités entre 1973 et 1986, année de son décès accidentel. Il n’en a rien été. Heureusement.
Cette analogie ne vise pas à défendre qui que ce soit ou quoi que ce soit, mais de démontrer, s’il en était besoin, que les rencontres et l’évolution des hommes sont supérieurs aux oukases proférés par des extrémistes dont la division du peuple français est le seul et unique but.

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