LES ENTRETIENS DE METAINFOS : COLUCHE SOUS UN ANGLE CRITIQUE

  • A propos de Franck Buleux, Coluche ou l’éclosion du populisme politique, Paris, Atelier Fol’Fer, 2026, 23 Euros.

Couverture du livre 'Coluche ou l'éclosion du populisme politique' de Franck Buleux, avec une illustration de Coluche et un extrait de son affiche de candidature.

Invités :

  • L’Auteur Franck Buleux (qui défend la rigueur et la thèse forte de son essai)
  • Michel, politologue et contradicteur (très sceptique sur la romantisation du phénomène Coluche)

  • Bonsoir à tous. Nous recevons ce soir l’auteur d’un essai passionnant et rigoureux sur les coulisses de la présidentielle de 1981, axé sur l’irruption de Michel Colucci dans l’arène politique. Entrons tout de suite dans le vif du sujet avec la première polémique.

Une couverture de Charlie Hebdo mettant en avant l'année 1981 avec un dessin humoristique représentant des personnages aux traits exagérés, en lien avec des combats de chiens.

  • Franck, Je vais être très franc. Dans votre ouvrage, vous flirtez avec le double discours. D’un côté, vous nous vendez la candidature de Coluche comme un grand élan libertaire, hérité de mai 68. De l’autre, vous admettez noir sur blanc page 133 que cette campagne a été une formidable bouée de sauvetage financière pour Charlie Hebdo, permettant de « gonfler ses recettes commerciales ». Au fond, Coluche en 1981, ce n’était pas de la politique, c’était juste un coup marketing cynique pour vendre du papier !

Votre lecture est réductrice. Ce que cet essai met en lumière, ce n’est pas du cynisme, c’est de la lucidité historique. Opposer l’idéal politique et la réalité économique est un vieux réflexe romantique. Oui, l’équipe de Charlie Hebdo — Cavanna en tête — croyait profondément à la charge subversive de cette candidature contre le système. Mais oui, le journal était financièrement aux abois. Documenter le fait que cette campagne a relancé les ventes au numéro n’enlève rien à la sincérité du mouvement, cela montre simplement l’envers du décor d’une presse satirique indépendante qui se battait pour sa survie.


Accident de moto avec une moto endommagée et des policiers sur les lieux.

  • Justement, sur cet envers du décor, vous consacrez de longues pages au groupe clandestin « Honneur de la police » et aux menaces de mort subies par l’humoriste ? Ne frôle-t-on pas le complotisme de bas étage ! En insistant lourdement sur le plasticage de la voiture du syndicaliste Maurice Lourdez ou sur l’assassinat resté mystérieux durant quelques mois du régisseur de Coluche, René Gorlin, vous jetez un voile de suspicion sur le pouvoir de l’époque. Vous suggérez une « raison d’État » ou une officine giscardienne sans apporter de preuve formelle. N’est-ce pas dangereux d’alimenter ainsi les fantasmes ?

Le rôle de l’historien et de l’essayiste est de s’en tenir aux faits, rien qu’aux faits, et c’est précisément ce que fait ce livre. Il est établi que le groupe « Honneur de la police » existait et qu’il a revendiqué des actions violentes. Il est établi que Coluche a déposé plainte face à des menaces physiques réelles. La panique de l’appareil d’État face à un homme crédité de 15 % à 16 % des voix à quelques mois du scrutin est une réalité politique documentée. Analyser le climat de tension et l’utilisation de leviers parallèles pour asphyxier un candidat hors-norme, ce n’est pas du complotisme, c’est de l’anatomie politique.


Deux hommes en noir et blanc, avec un texte humoristique sur l'augmentation de la bêtise chaque année.

  • Venons-en au cœur de votre thèse. Vous qualifiez Coluche de figure du « populisme de gauche ». C’est une pirouette sémantique pour le rendre sympathique ! Quand on écoute ses sketchs et ses diatribes de l’époque, son discours se résume à un poujadisme très classique : le rejet brut de l’impôt (« l’hydre fiscale », page 85), la haine des fonctionnaires et le fameux « tous des cons ». Ce discours là, historiquement, il nourrit l’extrême droite, pas la gauche !

C’est là que vous commettez un contresens historique majeur, et c’est tout l’intérêt de cet essai de le corriger. Le populisme n’est pas l’apanage exclusif de la droite nationaliste. L’essai rappelle les racines du populisme, notamment les narodniki russes des années 1860-1870. Pourquoi Coluche est-il ancré à gauche ? Parce que son moteur n’est ni la xénophobie, ni l’obsession de l’immigration, ni l’insécurité. Sa cible, c’est l’élite technocratique qui oublie les exclus, les « sans-abri » et les ouvriers de Longwy ou de Denain frappés par la désindustrialisation. C’est un populisme libertaire et social, pas un national-populisme.

Affiche avec un personnage caricatural de Coluche tenant une bombe, sur fond rouge. Le texte 'COLUCHE LES PAUVRES SONT DES CONS' est visible.


Deux hommes sur un bateau, saluant la caméra, chacun portant une bouée de sauvetage. Le premier homme est torse nu et porte un chapeau, tandis que le second porte un t-shirt gris et un slip de bain. La mer et des montagnes sont visibles en arrière-plan.
  • Une dernière question pour conclure ce débat. Ne peut-on pas accuser l’héritage de Coluche d’avoir ouvert la boîte de Pandore de la politique-spectacle. En substituant la dérision au programme, le bon mot à la réflexion, Coluche a pavé la voie aux dérives médiatiques que nous connaissons aujourd’hui, de Beppe Grillo en Italie jusqu’aux influenceurs politiques actuels. Il a ringardisé le débat démocratique et détruit le respect dû aux institutions jusqu’à Zelenski qui fut d’ailleurs un pitre comme lui en début de carrière (photo ci-dessus?

C’est faire un bien mauvais procès à un thermomètre que de l’accuser d’inventer la fièvre. Coluche n’a pas créé la crise de la représentation politique, il l’a révélée avec quarante ans d’avance. Ce qui a détruit le respect des institutions, ce n’est pas l’humour de Coluche, c’est la langue de bois des appareils traditionnels, le verrouillage de la règle des 500 signatures par l’UDF et le RPR, et l’incapacité des politiques à parler aux classes populaires. Coluche a simplement montré qu’un homme en jean et en salopette, utilisant un langage de vérité brute, était plus audible que toute la technocratie parisienne. C’était un avertissement. Nous sommes simplement en train de vivre la suite de l’histoire.

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Personnage dessiné avec des lunettes et des vêtements colorés, levant un doigt sur fond violet.


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