avec Bernard PLOUVIER
- A propos de la sortie de Bernard Plouvier, Pierre Laval, l’inusable bouc-émissaire, Déterna-Synthèse nationale, Bio Collection n°12-13 (volume double), 31 euros. (A commander sur : https://francephi.com/livre/pierre-laval-linusable-bouc-emissaire)
Grand maudit de l’historiographie du XXe siècle, Pierre Laval fut le meilleur d’entre les présidents du Conseil, qui se succédèrent entre 1931 et la Seconde Guerre mondiale – conflit qu’il tenta en vain d’empêcher. Tout ce qu’il sut réaliser en cinq ans, tant en politique intérieure qu’extérieure, fut anéanti par le Front populaire. Lorsque le désastre fut patent, l’été 40, deux hommes, Philippe Pétain et Pierre Laval, tentèrent de protéger la nation meurtrie…
Questions – Réponses à propos du Livre sur Pierre Laval
Q – À quoi bon publier un livre sur le personnage le plus uniformément haï en France, depuis l’année 1940 ?
R – Peut-être parce que cette haine, effectivement partagée par la quasi-totalité des auteurs consensuels et des blogeurs du Net – souvent débiles et « blagueurs », on le reconnaît volontiers -, est véritablement absurde par ses exagérations et ses mensonges, au point de n’être devenue qu’un tic rédactionnel dans la saga de moins en moins crédible de la Seconde Guerre mondiale, envisagée du petit côté français de la lorgnette où de Gaulle est le saint, les terroristes communistes des martyrs, Pétain le vieillard vaniteux et gâteux, Laval l’ignoble traître, le truand absolu !
Or, l’on sait que les grands maudits de l’histoire offrent souvent une réalité factuelle et une vérité psychologique complexes, qui n’ont pas grand-chose de commun avec la bouillie journalistique ni même les savantes dissertations des universitaires. Après tout, on sait depuis longtemps que l’Ancien Testament est un tissu de légendes controuvées et un plagiat de textes piqués en Égypte ou en Mésopotamie, qu’Hérodote et Jules César trichaient sur leurs chiffres, que Thucydide comme Jules Michelet se sont moqués du bon peuple en mettant dans la bouche de personnages historiques des phrases qu’il n’avaient pas prononcées, mais qu’ils « auraient dû dire » !
On commence enfin à comprendre que Néron ne fut pas le fou furieux incendiaire et homicide qu’ont présenté les romanciers Suétone, Tacite et Dion Cassius ou les pieux faussaires chrétiens, des individus qui ne peuvent être considérés comme des « historiens » qu’à la façon des menteurs pathologiques communistes du XXe siècle, qui ont proposé leur prose absurde et dogmatique à l’admiration de lecteurs au cerveau déformé par le crétinisme marxiste ou gaucho-trotskiste, voire enténébré par les immondices psychanalytiques.

Q – Qui fut le véritable Pierre Laval ?
R – Un homme fort estimable, un grand travailleur qui, parti du milieu artisanal d’un petit village auvergnat, devint un avocat pénaliste fort achalandé à Paris, un militant socialiste qui défendait gratuitement les pauvres et qui était le conseil préféré des CGTistes de 1909 à 1920, avant de se lasser des querelles dogmatiques issues du Congrès de Tours où une majorité de socialistes français furent un temps éblouis par le dogme marxiste et se détournèrent du vrai socialisme, par définition populiste et réformiste, dans la lignée de Proudhon.
Devenu parlementaire, cet homme ne pratique pas l’absentéisme. Maire, il s’occupe activement des problèmes sociaux de sa ville : Aubervilliers, qui n’est nullement une cité de millionnaires !
Très jeune et brillant ministre durant les années Vingt, il se prive volontairement de ses revenus d’avocat en cessant de plaider, une fois devenu Garde des Sceaux, par délicatesse envers les magistrats. Grand connaisseur des dossiers à traiter, il réussit généralement dans des fonctions où les rhéteurs dilettantes (un Tardieu, un Herriot ou un Blum) échouent lamentablement. Il devient en 1931 le plus jeune des Présidents du Conseil des ministres de la IIIe République et, à la différence d’autres jeunots arrogants et rois de l’esbroufe, il est constamment efficace, révélant des dons de négociateur hors pair et fidèle à sa foi pacifiste, mais en étant moins naïf que son maître et ami Aristide Briand.

Q – Pourtant, il était fort discuté !
R – Oui : il fut toujours, de son enfance à sa mort, coupable du « délit de sale gueule ». Cet homme très intelligent, actif, lucide était issu du milieu Gitan (ou Rom, comme on voudra), par sa très pieuse mère.
On l’a réputé enrichi malhonnêtement et c’était une calomnie répandue par ses ennemis, notamment Léon Blum. Un chapitre du livre détaille la façon méthodique avec laquelle il est parvenu, de façon parfaitement honnête, à l’aisance.
C’était un grand travailleur, hyperactif, entreprenant, économe et frugal, menant un très petit train de vie – étant aidé en tous points par son épouse dévouée et très aimante, de mœurs irréprochables, née dans le même village que lui et presque aussi pauvre que son Pierre.
Il se renseignait beaucoup avant d’investir, grâce à ses économies ou à des prêts bancaires, et gérait de façon minutieuse les entreprises déficitaires qu’il rachetait. Contrairement à nombre de requins d’affaires, il payait bien ses ouvriers et employés, connaissait admirablement le droit fiscal et modernisait les installations pour accroître la rentabilité de ses petites entreprises, qu’il laissait administrer par des hommes efficaces, qu’il visitait souvent.
En clair : aussi bien en politique qu’en dirigeant de petites entreprises, c’était un vrai « manager »… un mot et une réalité qui commencèrent à se répandre en Occident pendant les années 1935-50. Et comme tous les grands anxieux de cette époque, il fumait énormément.

Q – Durant la Seconde Guerre mondiale, fut-il un patriote utile ou un traître « vendu » au Reich ?
R – Répondre à cette alternative est le sujet principal de ce livre.
D’abord, il fut toute sa vie un pacifiste et un antimilitariste. C’est d’ailleurs pourquoi, il fut constamment en butte au mépris, voire à la haine du maréchal Philippe Pétain et de son entourage militaire, à l’exception de deux hommes eux aussi maltraités par les historiens : l’administrateur hors pair François Darlan, l’Amiral de la Flotte, et l’anticommuniste viscéral Eugène Bridoux, un excellent cavalier qui connaissait trop bien Charles de Gaulle pour le rejoindre.
Germanophobe, alors qu’il était attiré par l’Espagne (dont il parlait la langue officielle) et par l’Italie, Pierre Laval ne fut jamais qu’un paysan viscéralement attaché à la glèbe de France, n’imaginant pas un seul instant qu’on puisse fuir son pays lors d’un désastre.
En faire un traître vendu à un pays étranger est plus qu’une accusation absurde, c’est une erreur grossière, une faute historiographique gigantesque, née des calomnies des autres politiciens qui enviaient ses succès (les Herriot, Blum, Daladier, Reynaud, Mandel-Rothschild ou Flandin), née aussi de la propagande britannique lors de la Guerre d’Éthiopie à laquelle il tenta de mettre fin par une très intelligente transaction, en décembre 1935, puis entretenue jusqu’à son assassinat juridique, née enfin du tombereau de calomnies de la propagande gaulliste, où l’élément juif fut réellement perfide… alors que Laval tenta, de 1942 à 1944, d’épargner la déportation à un maximum de Juifs citoyens français – et, sur ce point, le maréchal Pétain avait fait le même choix : s’engager pour sauver des Juifs citoyens français, sans se soucier des apatrides et des étrangers.
L’été 40, Laval est convaincu de la nécessaire domination du pouvoir exécutif sur les mille petits rois du Parlement qui cassent à plaisir les gouvernements, par simple joie de nuire, masquée – cela va sans dire – par de jolies proclamations sur Noble Dame Démocratie. La IIIe République était agonisante depuis le désastre du Front Populaire. Elle est morte de la débâcle militaire et morale des événements de mai-juin 1940.
Le projet constitutionnel, élaboré en vertu des pouvoirs constituants accordés à une écrasante majorité par les deux Assemblées, le 10 juillet 1940, fut calqué sur la Constitution des USA et fut plus tard copié par la Constitution de 1958, qui a fait naître la Ve République, après une IVe qui fut l’exact avatar, en plus médiocre et plus pourri, de la IIIe. Pierre Laval, à la différence du maréchal Pétain, ne participa guère à l’élaboration de ce projet, abouti fin 1943, mais il l’approuva, alors qu’il avait été peu enthousiasmé par la réaction paternaliste et cléricale de 1940, dite Rénovation nationale (c’était le terme que le maréchal préférait à celui de Révolution).
Écarté du Pouvoir le 13 décembre 1940 par un mouvement d’humeur du maréchal, excité par un sérail de conseillers inexperts, Laval voit son 2e successeur, une fois terminé l’intermède Flandin, reprendre sa formule, expérimentée en 1935-36 dans le Gouvernement Laval-IV, de gouvernement technocratique. François Darlan est un rigoureux administrateur entouré de grands techniciens de l’économie et des finances, toutefois trop « capitalistes » au goût du retraité Laval. Revenu au pouvoir en avril 1942, Laval conserve les principaux acquis de son prédécesseur qui offrent à la France les structures qui vont permettre l’éclosion des Trente Glorieuses (années) économiques et techniques, où la génération d’après-guerre modernisera et enrichira considérablement le pays grâce à un travail acharné.

Q – Il faut bien aborder la Collaboration !
R – C’est évident. Si les historiens n’en finissent pas d’agonir la mémoire du couple mal assorti Pétain – Laval à propos de cette Collaboration, que le maréchal préférait dénommer « Réconciliation franco-allemande » (ce qui était prématuré tant que la guerre se poursuivait), les nazis ont considéré qu’elle n’a été que faux-semblant du côté français, où l’on donnait peu pour arracher de grosses concessions au Reich – ou tenter de le faire, car les Germains ne se laissaient pas facilement duper… sauf dans les sagas résistancialistes.
De fait, Laval et son entourage estimaient que les Allemands étaient très durs et ne lâchaient pas grand-chose… après-tout, les Français victorieux des années 1805 sq. ou des années 1919-30 n’avaient pas été tendres avec les Germains vaincus.
On étudie point par point les grandes question :
- Indemnité et frais d’occupation & achats massifs en France par les Allemands (et non un « pillage », sauf pour ce qui est de la récupération des biens des déchus de la nationalité française et des biens culturels volés par les Français au cours des trois derniers siècles de guerres franco-germaniques)
- Envoi de travailleurs dans le Reich versus occupation des ouvriers, techniciens et employés en France au service de l’effort de guerre du Reich (après-tout, les Allemands étaient le seul gros partenaire commercial possible pour une France, victime d’un blocus maritime et océanique féroce exercé par la Royal Navy)
- Sort des deux millions de prisonniers de guerre (0,6 million en France et 1,4 million dans le Reich)
- Sort des Alsaciens-Mosellans annexés –
- Sort des Juifs, envisagé de façon différente chez les étrangers et apatrides & chez les citoyens français irréprochables, soit deux groupes de comportements assez différents, le couple Pétain-Laval ayant choisi de ne tenter de protéger que les Juifs citoyens non-poursuivis pour des activités de marché noir ou de résistance à l’Occupant
- Attentats terroristes ordonnés par le Tsar Rouge à compter du 22 juin 1941, après la période initiale de Collaboration presque cordiale avec le Reich, induite les 23-24 août 1939 par le Pacte germano-soviétique
- Relations conflictuelles avec Churchill et à peine moins rudes avec Roosevelt, dont l’administration refusait de s’encombrer des enfants juifs que Laval voulait envoyer aux USA
- Lutte contre le marché noir
- Désir permanent de Pierre Laval de maintenir la Nation française hors de la guerre
- Ordres de Laval de ne pas s’attaquer à la résistance non-terroriste, laissant ce souci aux forces allemandes, jusqu’à ce qu’au début de 1944, l’Occupant exige la participation d’environ 5 000 miliciens anti-communistes.
On espère qu’en refermant ce petit livre, le lecteur de bonne foi aura assez d’éléments pour émettre un avis éclairé… car, en régime non-totalitaire, nul n’est obligé de croire le dogme ressassé par les media officiels ou dominants.

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Très bon entretien. J’ai beaucoup lu sur Laval tout ce qui est sorti généralement même les livres de son gendre. L’un des meilleurs ouvrages, outre le livre de monsieur plouvier, c’est la bio de l’historien fred Kupferman parue en 1980, rééditée, très complète et très honnête me semble-t-il. Laval a commis de graves erreurs c’est certain, mais par exemple son discours aux maires d’Auvergne qu’il reçut à vichy au début 1944 je crois est extraordinaire. Il fut effectivement en 1930 un précurseur des assurances sociales. Il avait cette fibre patriote et sociale.